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Mais comment font les femmes ? We need to talk about Kevin, Polisse, Contagion, Le Criquet

Mais comment font les femmes ? We need to talk about Kevin, Polisse, Contagion, Le Criquet

La gravité du sujet impose une comédie américaine conventionnelle en tête de cette chronique. Les mamans cinéphiles qui jouent les équilibristes entre famille et boulot m’en voudraient de ne pas leur demander : Mais comment font les femmes ? Douglas Mc Grath pose la question, admiratif devant Kate, mère de deux enfants, écartelée entre son homme (très occupé), ses deux gosses adorables (assez frustrés) et son patron (très content d’elle). Kate réussit des prodiges. Elle habille les enfants en un tour de main le matin, elle jongle avec les indices boursiers tard la journée et à la nuit tombée, elle s’applique à répondre au désir de son mari. Généralement, Kate ronfle avant que Richard ait fini de se brosser les dents. Ça se complique lorsqu’elle hérite d’un gros dossier, la contraignant à des séjours réguliers hors foyer. La femme orchestre verra en outre sa loyauté conjugale mise à rude épreuve, son nouveau partenaire professionnel étant le séduisant Pierce Brosnan.

"Pour une femme, essayer d’être un homme, c’est du temps perdu", philosophe Kate en bout de course. Autant être soi-même et assurer. L’abattage de Sarah Jessica Parker (Sex in the city) rend la potion bien-pensante avalable. L’hommage appuyé à l’executive maman ne bouscule pas l’ordre établi et a souvent un goût de guimauve. N’empêche, beaucoup de femmes se reconnaîtront dans Kate, surtout la nuit, quand elles ruminent la liste des tâches du lendemain.

 

Eva a renoncé à ses ambitions artistiques pour enfanter Kevin. Était-elle vraiment prête à devenir mère ? Probablement pas. N’empêche, l’enfant est bien là, boule de cris et de pleurs. Eva regarde son bébé comme un étranger. Elle pousse machinalement le landau, soulagée de s’arrêter près d’un marteau-piqueur qui couvre les hurlements de Kevin. La scène est horrible à l’image de l’incommunicabilité grandissante entre l’enfant et sa génitrice. Ces deux êtres normalement si proches ne se parlent quasiment pas, ne se touchent pas. Eva s’efforce d’aller vers Kevin mais sans allant, service minimum et froideur garantis. Kevin harcèle sa mère, porte encore des langes à 6 ans. Eva se tourne vers le père : We need to talk about Kevin (Nous devons parler de Kevin). Franklin minimise l’hostilité de son fils à l’égard de sa mère, puis de sa sœur. Kevin est charmant avec son père, mais son sourire narquois contredit sa gentillesse apparente. Kevin méprise le père comme il condamne le modèle familial fondé sur le déni. Il commettra l’irréparable, expression de sa haine envers la société et lui-même, marqué à vie par un manque d’amour ressenti dès le ventre maternel. 

Lynne Ramsay autopsie cette non-relation dramatique avec force flash-back, bribes éparses du passé, rassemblées par une femme mise au ban de la communauté pour avoir mal "élevé" son rejeton. Eva est absente du présent. Elle se perd en rêveries, souvenirs et histoires réécrites dans une re(dé)construction tarabiscotée, succession de séquences éthérées, plombées d’une symbolique pesante, à dominante rouge. Un film glaçant et désespérant, remarquable par la prestation de Tilda Swinton, en mère malgré tout.

L’enfance ravagée est au cœur de Polisse, reportage vibrant de Maïwenn sur l’abnégation de la Brigade de protection des mineurs. Je dis reportage parce que la jeune réalisatrice (prix du jury à Cannes) aligne les séquences "prises sur le vif", sans autre fil conducteur que l’urgence et l’outrance des cas dénoués par une escouade de policiers aussi fragiles - leur vie affective est sinistrée - que les victimes secourues ou délivrées de parents nocifs, de pédophiles, de déviants sexuels. Le catalogue des personnalités désaxées est plus gros que celui des 3Suisses. Maïwenn ne nous épargne rien, dans un style frôlant l’hystérie. Effectivement, difficile de rester indifférent face à la laideur de la perversité humaine. On se dit que la brigade devrait bénéficier d’un suivi psychologique pour intervenir avec un minimum de recul. La réalisatrice n’en prend aucun, au point d’incarner une photographe, censée donner un regard extérieur sur la vie de ces urgentistes, déconsidérés dans la hiérarchie des services judiciaires. Son idylle avec Fred (Joey Starr) ruine cette louable intention. Dommage, car Polisse a le mérite de la générosité, de quelques scènes fortes (la rafle dans un campement de Roms, l’enfant mort-né…) et d’esquisser l’émergence d’une criminalité liée à Internet et au GSM. Inutile de préciser que la nature du sujet et la crudité des dialogues exigent un accompagnement du spectateur mineur.

Les problèmes environnementaux sont passés en dixième position dans les préoccupations des Belges. Pourtant le réchauffement climatique a des conséquences insoupçonnées sur la faune. Des espèces migrent et importent des virus inconnus et terriblement dangereux pour l’homme. La mondialisation et ses incessants déplacements en avion favorisent aussi les pandémies, que l’on songe à la grippe asiatique, à la grippe aviaire, au virus H1N1. La concentration urbaine, dans des mégacités comme Tokyo, Hong-Kong, Mexico, Londres ou Chicago constitue un terrain propice à la Contagion, titre du dernier Steven Soderbergh (The Informant, Traffic). Il a le grand art de multiplier les points de vue pour explorer un phénomène sous toutes ses facettes, y compris l’effet démultiplicateur d’Internet. Un trublion anarchiste fustige en ligne la puissance du conglomérat politico-industriel. L’échelle choisie est celle de personnages ordinaires amenés à réagir à des situations extraordinaires. Le virus est foudroyant. L’incubation courte débouche sur une encéphalite mortelle. La panique est mondiale. Les nations collaborent maladroitement pour enrayer le fléau. Les firmes pharmaceutiques gardent le secret sur la fabrication d’un vaccin efficace. Les hauts responsables informés du danger, préservent leurs proches au détriment de la collectivité.

Bassesse et grandeur humaine, lucre et désintéressement, lâcheté et courage, autant de binômes que de personnages qui nous font vivre intensément la pandémie. Soderbergh excelle dans l’art de la progression. Le début, très classique, fait croire à un énième film catastrophe. Et puis, par petites touches, les cellules d’une oppressante mésaventure humaine mutent en une organisation implacable, bien servie par une distribution virulente (Gwyneth Paltrow, Kate Winslet, Marion Cotillard, Matt Damon, Jude Law, Laurence Fishburne). En prenant le train après la projection, comprimé entre d’autres navetteurs, j’ai espéré qu’aucun ne soit porteur d’une vilaine infection.

 La semaine dernière, j’ai anticipé l’envol du Criquet, sept historiettes animées pour les tout-petits. 40 minutes de bonheur, en musique et en nature. Le moyen-métrage de Zdenek Miler, le papa de La Taupe, sort aujourd’hui. Détails ici.

Patrice Gilly

 

 

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