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Et maintenant on va où ? Douze sorties cette semaine et rien vraiment au-dessus du lot. Alors, je maintiens la question posée par Nadine Labaki (Caramel) en tête de revue hebdomadaire. Malgré ses faiblesses et sa candeur, j’ai de la tendresse pour cette fable œcuménique qui a pour décor un petit village (probablement) libanais isolé, entouré de mines. Grâce à la gent féminine, les communautés musulmanes et chrétiennes vivent en bon voisinage. Dans la magnifique scène d’entame, ces femmes forment un seul corps : un cortège ondoyant au rythme lancinant d’une danse funèbre vers le cimetière où reposent les morts des deux confessions. Elles ont perdu un homme ou un enfant dans les guerres fratricides. Elles veillent désormais au grain et filtrent soigneusement les nouvelles du monde pour éviter que les mâles au sang chaud ne prennent les armes. Bon, ils se tapent dessus de temps en temps, mais les mères, épouses et sœurs multiplient les stratagèmes (miracle, danseuses blondes ukrainiennes) pour désamorcer les conflits. Jusqu’au jour où un drame compromet la paix fragile. Une fois encore, les militantes pacifiques imagineront une solution géniale pour apaiser les haines latentes, en poussant la logique jusqu’à l’absurde.
On chante et on danse dans le film de Nadine Labaki. On rit, on pleure aussi. Le passage systématique du drame à la comédie et de la comédie au drame peut déconcerter. La cinéaste libanaise se défend de tenir un propos politique. Les bouffées musicales sont là, dit-elle, pour donner une atmosphère de conte et de fable. La morale de l’histoire serait : la paix envers et contre tout. En inventant un ultime stratagème pour rétablir le calme dans les esprits, les femmes ont gagné une bataille. Mais l’avenir reste incertain. Et maintenant on va où ? Question sans réponse pour longtemps encore.
Question encore, Un amour de jeunesse est-il le premier et seul véritable amour ? Camille, amoureuse et lâchée à 15 ans, pense que oui à 23 ans. Elle se croyait immunisée contre ce premier élan. Camille se reconstruit dans une union avec son professeur d’architecture, de vingt ans son aîné. Sullivan l’a larguée en 1999. Camille recroise son premier émoi en 2007. À l’époque, Sullivan avait été clair : il voulait vivre des expériences pour enrichir leur amour. Et de partir un an en Amérique du Sud, laissant Camille éplorée. Huit ans après, ça repart comme au premier jour. Enfin, peut-être pas, car Sullivan est toujours aussi soucieux d’indépendance et aussi immature. Il fuit, louvoie et agace (L’acteur est très mal choisi, avec une voix pleurnicharde). Camille horripile un tantinet aussi. Elle a envie d’un enfant avec Lorenz tout en revoyant Sullivan. Faudrait savoir… Mia Hansen Love souffle l’air du temps, mélange de peur de l’engagement et d’incertitude sur la profondeur des sentiments. Une génération en manque de repères cherche ses marques. Camille les trouve dans l’architecture, construire une maison étant la seule chose sur laquelle elle a prise. Lorenz lui montre la voie dans une magistrale leçon sur la lumière, le plus beau moment (ils sont rares) du film. Pour atteindre la lumière, il faut repartir de l’intérieur, attendre la lueur et la suivre. Un amour de jeunesse ne m’a pas particulièrement allumé.
Dream House non plus, un gâchis monstrueux de Jim Sheridan qui s’essaie au film fantastique. Le cinéaste irlandais nous avait habitués à mieux avec Brothers et Au nom du père. Pourtant, il a réuni une distribution de rêve avec Daniel Craig, Naomi Watts et Rachel Weisz. Mais son scénario est bancal. Sheridan louche sur Shutter Island, le dernier Scorcese. Il mêle schizophrénie et maison des esprits dans un enchaînement abracadabrant. Spectateurs sensibles s’abstenir.
Le Roi lion sort en 3D. Le plus grand succès d’animation de tous les temps ne gagne rien à ce surdimensionnement en post-production, 17 ans après la naissance de Simba. Mieux vaut revoir cette belle légende en 2D, avec la clarté des premières couleurs, sacrément estompées avec les lunettes 3D.
La suite de Twilight, c’est pour le 16 novembre. En attendant, Taylor Lautner (le loup-garou amoureux de Bella) déploie sa musculature à la recherche de son Identité secrète (Abduction). Encore un scénario mal ficelé. Les scènes d’action assez réussies ne compensent pas la mièvrerie de l’intrigue sentimentale. Taylor le baraqué devrait couper la musculation et prendre un bon prof d’art dramatique.
(S)ex List est une Xième comédie romantiqueà la sauce guimauve américaine. Anna Faris (Super blonde) cherche l’âme sœur en pistant ses ex. Pour renouveler le genre, la production mise sur un langage cru et une franchise sexuelle absolue, inhabituelle chez des jeunes filles bien éduquées de la high society. Raté.
Dans la cohorte des films que je n’ai pas vus, je pointe Le Skylab de Julie Delpy, la balade des gens heureux l’espace d’un été et d’une grande réunion de famille. J’ai l’impression que c’est mieux que Les petits mouchoirs
Les belles toiles cette semaine sont et étaient au FIFF de Namur. Ma sélection pour les trois derniers jours : La source des femmes, De bon matin, De leur vivant, Mon pire cauchemar… Mon coup de cœur : Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, d’une finesse et d’une humanité rares. Rendez-vous la semaine prochaine pour savoir si l’instituteur anachronique figure au palmarès des Bayards. Le film sort en tous les cas, le 12 janvier.