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Un heureux événement, Rondo, La fée, L’affaire Rachel Singer, Les hommes libres

Un heureux événement, Rondo, La fée, L’affaire Rachel Singer, Les hommes libres

Le premier jour obsède Rémi Bezançon. Après Le premier jour du reste de ma vie, Un Heureux événement tient la chronique d’une naissance voulue par «amour, désir, inconscience». Barbara et Nicolas jouent allegrissimo la partition de l’amour à deux et puis déchantent dans le ménage à trois. Ça prend beaucoup de place un bébé, dans le ventre de maman et après dans ce qui est devenu une famille. Barbara rédige une thèse de philo. Elle cherche le sens de l’existence dans des manuels très conceptuels. La vie tarabuste les constructions théoriques. Accoucher, être mère, rester sujet de désir, s’apprend sur le tas. Les belles-mères y vont de leurs petites phrases assassines. L’une féministe, soixante-huitarde attardée (Josiane Balasko) n’a pas la fibre maternelle. Son homologue, bourgeoise, bon chic, bon genre, est très attachée à son «petit» Nicolas qu’elle a allaité pendant cinq ans… Barbara doute, déprime, rage, pleure, se révolte : «Je ne suis pas qu’un utérus». La scène de l’accouchement est longue et épique, réaliste et comique à la fois. Barbara souffre, perd le contrôle, réclame une péridurale. Le futur père est ridicule et dépassé. Enfin, bébé est là. Il n’y a plus qu’à s’en occuper et à trouver un nouvel équilibre dans le couple. Un programme démentiel

Je passe sur les grands-mères caricaturales, sur le catalogue chargé des mauvais côtés de la maternité pour ne retenir que le ressenti féminin inédit, dans sa vérité crue, d’une mise au monde parsemée d’obstacles généralement minimisés ou noyés dans le futur bonheur d’être mère. Justement, naît-on maman ou le devient-on ? Barbara répond avec courage et lucidité. Elle passe de l'insouciance à la responsabilité, de la légèreté à la gravité. L’amoureuse devient femme et mère, héroïquement, par elle-même, en observant la mutation de l’intérieur. «L’enfant me déchire, me disloque, me change, mais la vie efface toutes les emmerdes». Le film épouse largement le livre éponyme écrit en 2005 par Eliette Abecassis. A l’époque, la philosophe rompait le discours lénifiant sur la maternité. Aujourd’hui, le cinéma exprime les interrogations d’une génération sur l’art d’être mère, qui n’est décrit dans aucun traité. Louise Bourgoin prend son rôle à bras le corps.

Le burlesque est un genre difficile. Après Jacques Tati et Pierre Etaix, le trio belgo-français Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy a renoué avec un comique décalé et poétique. La Fée suit L’iceberg et Rumba. Dom, veilleur de nuit et cycliste, a des airs de Buster Keaton. Il est à peine éberlué lorsqu’une fée aux pieds nus débarque dans son hôtel. Elle lui propose de réaliser trois vœux. Très peu de paroles, du langage corporel et de la danse pour emballer un conte, où chaque détail en dit long sur l’état d’esprit des auteurs : l’hôtel est situé rue des Amoureux, qui se donnent rendez-vous au café l’Amour flou. Les vingt premières minutes sont formidables, le tonus baisse ensuite, prisonnier des plans longs et fixes et d’une mécanique manquant de ressort scénaristique. Les gags gagneraient à être approfondis. Burlesque ne dispense pas de fil conducteur. Heureusement, une belle galerie de personnages secondaires, un touriste britannique, une infirmière et une équipe féminine de rugby, élargissent le champ comique d’un coup de baguette magique. Cela «fée» du bien.

Trois films nous projettent dans la 2e Guerre mondiale. Dix ans après un premier jet, Olivier van Malderghem concrétise Rondo, une première œuvremâtinée de religion et d’histoire. Simon raconte à la première personne trois années de sa vie, de 1942 à 1945. Son père est déporté après une rafle à Anvers. Sa mère Esther se cache tandis que son fils rejoint son grand-père, juif orthodoxe, érudit et implacable. Rentré à Bruxelles à la Libération, Simon tient des propos désabusés sur Dieu. Il se souvient de son exil dans la campagne londonienne et des difficultés de communication avec Abraham, le père de sa mère. Ce dernier ne pardonne pas à sa fille d’avoir épousé un goy (non croyant). Le courant passe mal entre les générations. Tout savant qu’il est, l’aïeul nie les camps de concentration. Lorsqu’il découvre la sombre réalité, Abraham maudit Dieu et considère enfin son petit-fils. Le jeune réalisateur alterne flashbacks et présent dans un dispositif très conventionnel. Des images d’archives nous montrent la Belgique occupée et le zoo d’Anvers. Julien Frison campe un Simon un poil trop docte pour son âge, Jean- Pierre Marielle joue sobrement, même quand il provoque les rabbins à la synagogue.  

Les Hommes Libres tournent une page d’histoire méconnue de la Seconde Guerre mondiale. En 1942 encore, dans Paris occupée par les Allemands, Si Kaddour Ben Ghabrit, directeur de la Mosquée, résiste à sa façon. Il fournit des faux papiers aux juifs arabes, il cache des résistants, des indépendantistes d’Afrique du Nord. Une importante communauté maghrébine vivait dans la capitale française, venue travailler en usine avant la guerre. Paris comptait de nombreux cabarets arabes et même un cimetière musulman. Beaucoup d’Algériens combattaient l’occupant aux côtés des Français, prémices de la lutte contre la colonisation. Tahar Rahim (Un prophète) incarne Younes, petit trafiquant, qui évolue à travers les personnages engagés qu’il rencontre, notamment la toujours juste Lubna Azabal, dans un rôle trop court. Michael Lonsdale complète la distribution d’un travail académique, hommage d’Ismaël Ferroukhi aux combattants de l’ombre. 

Tragédie humaine et drame sentimental tissent le destin de trois agents (1 femme et 2 hommes) du Mossad, les services secrets israéliens, chargés de capturer en Allemagne le «chirurgien de Birkenau» pour le ramener à Tel-Aviv en 1965. L’expédition tourne mal, l’échec est masqué dans un mensonge qui rejaillira 32 ans plus tard. L’affaire Rachel Singer (Debt) passionne sur plusieurs plans : l’opiniâtreté du Mossad, la relation ambigüe entre les geôliers et le monstre, la rivalité amoureuse entre Stephan et David se disputant les faveurs de Rachel (Helen Mirren). Voués à écrire une page d’histoire, les trois agents laissent leur histoire personnelle gripper les plans les mieux établis. John Madden (Capitaine Corelli, Shakespeare in love) resserre le récit dans un tempo dense et tendu. Attention à plusieurs scènes et propos assez durs.

J’ai déjà évoqué La nouvelle guerre de boutons déclarée le 14 septembre.

CinéFemme a un coup de cœur pour The Artist, de Michel Hazanavicius, projeté dimanche 2 octobre à 10h45 au Cinéma Arenberg (Bruxelles). Jean Dujardin a obtenu le prix d’interprétation à Cannes pour sa prestation en star déchue du cinéma muet, réfractaire au parlant. Ce long-métrage culotté, en noir et blanc, sans paroles, est un bijou. Je vous en parlerais longuement lors de sa sortie, le 12 octobre prochain. Si vous êtes trop impatient, ralliez ces dames cinéphiles dimanche.

A lire régulièrement cette chronique cinéma, la caméra vous démange ? Média Animation vous invite à crier «Action !» à l’occasion du 7e Concours de créativité contre le racisme. Vous avez le choix entre des courts métrages (moins de 6 min) et des très courts-métrages (moins de 1 min). Choix du support également puisque les films sont réalisables à la caméra, à partir d’un GSM ou d’un appareil photo numérique. Inscription au concours pour le 16 janvier 2012. La remise des œuvres est fixée au 17 février 2012. Le dépliant explicatif, ainsi que le règlement sont téléchargeables ici. Contact  : Stephan Grawez, Média Animation, 100, avenue E. Mounier 1200 Bruxelles (02/256 72 45).

Patrice Gilly

 

 

 

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