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Confiance, la base d’une bonne relation familiale. A la fin de Trust, un père en pleurs demande à sa fille de lui pardonner de n’avoir pas su préserver la belle confiance qu’elle avait en elle et dans le monde. Annie et ses parents sortent d’un cauchemar. La jolie fille de 14 ans a été violée, dupée et souillée pour la vie. Un cyber-prédateur l’a embobinée et avilie avec une habileté perverse. David Schwimmer (Ross dans Friends) a peaufiné son projet 7 ans avant de tourner en 29 jours un film volontairement et justement démonstratif sur cette nouvelle criminalité qui sévit sur Internet. Le jeune réalisateur a longtemps soutenu une association de Santa Monica épaulant 40 000 personnes violées, enfants et adultes. Trust est inspiré du témoignage d’un père dont la fille a vécu l’enfer orchestré par un prédateur sexuel, une espèce en nombre croissant sur le web. Trust n’a pour seule ambition que d’inciter parents et enfants à dialoguer à propos de leur vie sur la Toile, tentaculaire trompe-l’œil. Etrangement, le film peine à trouver salles de projection et presse intéressées. Voilà pourquoi, j’insiste sur les qualités d’une œuvre de salut public, à projeter dans les classes à partir de la 4e secondaire*, à voir en famille, toutes affaires cessantes.
Trust décrit l’approche du prédateur et le traumatisme subi par la victime et sa famille. Beaucoup de filles se reconnaîtront dans Annie, l’aînée de trois enfants. A 14 ans, elle désespère de plaire à quelqu’un, fût-ce son père, noyé dans son boulot de publicitaire. Annie est mal dans son corps. Elle voudrait séduire les garçons, dans une école où il faut "coucher" pour être dans le coup. Elle veut sa place dans le club des délurées, celles qui donnent le ton. Annie cherche sa personnalité et se dévoile progressivement (dans tous les sens du terme) à Charlie, son confident sur Internet. Il a 16 ans et lui donne de bons conseils pour être sélectionnée dans l’équipe de volley du collège. Charlie comprend parfaitement Annie, romantique et troublée par sa sexualité naissante. Il est toujours là dans les moments durs. Lorsque Charlie envoie sa photo, Annie est profondément déçue. Son correspondant a plutôt 20 ans que 16 et puis avoue 25 ans. Annie est triste, elle réprouve le mensonge, mais continue à clavarder avec celui qui la connaît si bien, qui l’enivre avec des mots doux et tendres. Elle devient accro, converse jour et nuit, sur PC et Smartphone, pendant et entre les repas.
Les parents essaient timidement de modérer les connections, mais le sujet devient épineux et ils préfèrent éluder le problème. Car, il y a problème. Lors d’un premier rendez-vous IRL (in the real life), c’est le choc. Annie, terriblement sexy en mini-jupe, réalise que Charlie lui a encore menti. Elle est en face d’elle un homme d’âge mûr et non d’un étudiant. Elle pleure, questionne : pourquoi mens-tu tout le temps? Et une fois encore, son envie d’exister pour un autre balaye ses appréhensions. Charlie prononce la formule magique : je t’aime. Annie continue sa romance factice et accepte d’essayer les dessous chics, cadeau de Charlie, dans une chambre d’hôtel. Elle perd sa virginité, comme si elle était une autre, dit-elle, inconsciente d’être violée. Heureusement, une amie l’aperçoit avec Charlie et avertit l’école. La police débarque en plein cours, Annie est emmenée sous escorte et sous les objectifs de dizaines de GSM voyeurs.
Le FBI entre en piste, retranscrit les conversations brûlantes entre Annie et Charlie enregistrées sur Internet. La lecture des textes, volés par un père furax, le rend fou de rage et de douleur. "Ma fille est une reine du porno". Will ne comprend pas comment sa fille a pu accepter de suivre un inconnu dans une chambre. Et surtout, une image l’obsède, celle de sa fille étreinte par des mains salaces. Il étouffe de rage impuissante, d’autant qu’Annie défend Charlie : "Il est drôle, gentil, compréhensif. Il ne juge pas et il m’encourage. Il m’aime. Je veux vivre avec lui". Annie ne veut pas admettre qu’elle a été dupée, manipulée, violée. Trust (confiance) encore et toujours. Sa maman l’entoure de tout son amour, la soutient, sans la juger, tout en étant incapable d’aider psychologiquement Annie. Une thérapeute spécialisée gagnera patiemment la confiance de l’adolescente et réussira à modifier l’image idéalisée de Charlie aux yeux d’Annie. Celle-ci perd toutes ses illusions en découvrant la vidéo du viol largement diffusée sur Internet. Annie se sent sale, détruite à vie, jusqu’à recouvrer un peu d’estime d’elle-même lorsque son père en pleurs la prend dans ses bras et lui demande pardon.
Les cybercrimes sexuels restent largement impunis. Les cyber-prédateurs sont habiles. Des milliers d’enfants subissent leur emprise (Lire Un enfant à la fois, une enquête de Julian Sher, parue aux Editions de l’Homme) à un moment de leur vie où ils sont fragiles (adolescence, séparation des parents, deuil). La solution n’est pas de surprotéger ses enfants. En grandissant, l’enfant nous échappe, couve ses secrets, vit ses propres expériences. A nous de lui dire que les dangers potentiels de la vie courante existent également sur Internet. Le web n’est jamais que la transposition virtuelle du monde réel. La même vigilance s’impose sur Facebook ou MSN que dans la rue. Curieusement les précautions d’usage dans le monde physique s’évaporent dès l’écran allumé. Il est donc nécessaire de répéter les messages de prudence. Non en regardant au-dessus de l’épaule de l’internaute (il déteste), mais en témoignant un réel intérêt à sa vie sociale en ligne, en étant ouvert aux questions et aux inquiétudes légitimes d’une génération qui découvre très vite le monde sur le grand réseau. Internet à la maison rassure les parents parce que l‘enfant connecté reste à portée de voix. Raison de plus pour parler de son passe-temps favori. Trust souligne l’indispensable solidarité de l’entourage en cas de coup dur. Amour, écoute, bienveillance sont des valeurs sûres à la bourse familiale.
Liana Liberato interprète Annie avec une maturité exceptionnelle. Elle a l’âge de son personnage et rend ce témoignage crédible aux côtés de Clive Owen, Catherine Keener et Viola Davis (la psy).
* Le cinéma Caméo à Namur (081/22 26 19) a inscrit Trust au programme des matinées scolaires d’Ecran large sur tableau noir. Six projections en février 2012, les 2/3/8/9/13/14, en partenariat avec le Centre local de Promotion de la Santé de Namur et de Child Focus.
Nanni Moretti ménage l’Eglise et fustige la psychanalyse dans Habemus Papam. Le réalisateur, palmé à Cannes pour La chambre du fils en 2001, s’attache plus à une réflexion sur la responsabilité du pouvoir qu’à une critique des pompes et des secrets du Vatican. Elu pape par défaut, Michel Piccoli craque au moment de bénir la foule massée sur la place St Pierre. Il doute de ses capacités, de sa foi. Il cherche un sens à sa vie en se mêlant à la foule, en allant au théâtre, vocation première étouffée dans l’œuf. Le cardinal Melville qualifie sa pathologie de "sinusite psychique". Nanni Moretti, le psy appelé à la rescousse, prend le pouvoir à la Curie et entraîne les hommes en pourpre dans un tournoi de volley. Le chargé de la communication pontificale est aux abois, il a perdu le pape dans les vias romaines et déploie des trésors d’imagination pour masquer la défaillance de l’institution. Humour et dérision dominent, plus que charge politique. Le souverain pontife et ses affidés sont des hommes comme les autres, avec leurs forces et faiblesses, ces dernières dominantes en fin de vie. L’Eglise catholique a furieusement besoin d’une cure de jouvence.
Viva Riva, genre policier congolais, étale complaisamment la vénalité, la corruption, la violence et la dépravation qui gangrènent Kinshasa. Sans recul et sans aucune profondeur humaine. J’ai rarement vu un film aussi… noir et aussi creux.
Comme chaque année, le Wolubilis accueille le Brussels Movie Days, du 8 au 11 septembre. Une dizaine d’avant-premières au programme, dont Omar m’a tuer et Présumé coupable, deux vies ruinées par une erreur judiciaire. Sorties et chronique mercredi prochain.
Vous verrez le rail différemment après avoir vu Cheminots, sortie exclusive du Cinéma Le parc à Liège, le 14 septembre. Une avant-première a lieu le 12 septembre, en présence du réalisateur Sébastien Jousse et de Gérard Gelmini, président de la CGSP cheminots. Le 22/09, après la séance de 20h, Gérard Mordillat, romancier et cinéaste engagé, évoquera les menaces de privatisation sur un service public qui transporte des millions de personnes.
Patrice Gilly
La guerre est déclarée, Tu seras mon fils, Beginners, All good children : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.