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La guerre est déclarée, Tu seras mon fils, Beginners, All good children

La guerre est déclarée, Tu seras mon fils, Beginners, All good children

Cette chronique de rentrée décline la transmission en quatre temps.

1/Transmission d’un formidable optimisme face à la terrible maladie d’un enfant dans La guerre est déclarée. Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm portent à l’écran (et interprètent) leur combat uni(que) contre le cancer de leur petit Adam. Une belle histoire d’amour qui ose les symboles en prénommant les parents Roméo et Juliette et le fils, l’origine du monde. Prédestinés au coup de foudre, Juliette et Roméo filent le parfait amour, insouciants jusqu’au coup du sort : leur enfant souffre d’une maladie dite incurable. Le père vacille, la mère assure. Ils décident de délester le mauvais pour ne garder que le bon. Juliette a la foi : leur couple est capable de surmonter l’épreuve que la vie leur destine.

Le film de Valérie et Jérémie est largement autobiographique. Ils parlent d’eux, de leur seul point de vue, l’enfant apparaît peu. Le parti pris est revendiqué ; les enfants ne sont pas des extensions de nous-mêmes, mais des individus avec leur propre vécu, explique la réalisatrice. Alors, ce couple s’efforce de faire face, de faire bonne figure, de vivre au jour le jour, de ne pas se projeter dans l’avenir, "sinon ce serait morbide". À 5 ans, après plusieurs opérations, Adam a 10% de chances de survie. À 8 ans, avec l’aide d’une formidable équipe médicale, Adam est toujours là, les parents ont maintenu le cap au service de l’enfant.

Super pour Adam, mortel pour le couple qui ne survit pas à ces longues années de galère. Les jeunes parents se séparent détruits mais solides, grandis par ce parcours extraordinaire de détermination et d’espoir. Paradoxal ? Pas tant que ça, me dit une amie. Chaque couple a un capital d’amour, Jérémie et Valérie ont épuisé leur réserve pour sauver leur enfant, pense-t-elle. Ce sujet grave n’empêche pas de se questionner sur la forme, parfois exaspérante à mes yeux : voix off inutiles, déclaration d’amour en clip et en taxi, musique mal placée, défauts mineurs devant le message combatif face à la maladie impitoyable. Pour Valérie, le cancer est vivant, "une forme d’alien que nous fabriquons d’une certaine manière puisque c’est une cellule qui se met à débloquer sans que l’on sache pourquoi. Personne n’est à l’abri".

 

2/Transmission d’un patrimoine, en l’occurrence, un vignoble du Haut-Médoc, dans Tu seras mon fils.Au fils biologique, Paul (Niels Arestrup) préfère le fils adoubé, qu’il veut adopter, tant il méprise Martin (Lorànt Deutsch), aussi fluet que le père est massif, écrasant, despote. Martin courbe l’échine, subit humiliation sur vexation, jusqu’à provoquer un réel malaise chez le spectateur. Comment un père peut-il être aussi odieux ? Parce qu’il veut céder son savoir-faire à un successeur digne de lui. Martin a beau connaître quatre langues et s’occuper de l’exportation, il n’a ni le palais, ni le nez, indispensables à un grand viticulteur. Qualités que possède Philippe, le fils de Paul, le régisseur du domaine frappé d’un cancer. Philippe supervise les vendanges avec brio, supplante Martin. Il est prêt à trahir son père, manipulé par le maître des lieux et ébloui par les 30 millions d’euros du Clos de l’Abbé. Paul (Patrick Chesnais) rétablira l’ordre des choses à sa manière, en remettant chacun à sa place. Gilles Legrand (No et moi) livre un bon cru, à la fois documentaire et drame familial viticole. Il tourne en amoureux de la vigne : viticulture rime avec rigueur, excellence et passion. Autant de qualités difficiles à perpétuer de génération en génération, dans un métier lui aussi menacé par la mondialisation. Niels Arestrup est impressionnant de puissance à l’opposé de Patrick Chesnais, tout en regards et non-dits.

3/Transmission d’un père à un fils dans Beginners. "Ne gaspille pas le temps qui t’est donné", dit Hal, comme il l’a fait en avouant à 75 ans son penchant homosexuel. Avant cet aveu qui abasourdit son fils Oliver, papa a vécu un mariage paisible en renonçant aussi à sa judaïté. Être homo et juif était mal vu dans les années 1950 aux Etats-Unis. Hal a donc aimé les hommes dans sa tête durant 44 ans. À la mort de sa femme, le père affiche ouvertement ses penchants et plonge dans le combat gay. Oliver est sidéré, surtout lorsque son père continue à vivre comme si de rien n’était après avoir appris que le cancer lui laissait peur de temps.

Oliver accompagne son père dans la maladie. De nature dépressive, Oliver a peur de s’engager affectivement. Il se laisse néanmoins séduire par Anna, actrice de passage, habituée des hôtels sans lendemain. Leur rencontre est savoureuse, dans une soirée costumée, lui en Freud, elle en acteur du muet. Plusieurs scènes délicieuses parsèment une chronique baignée de mélancolie. Oliver se souvient de papa en triant ses affaires après son décès. Les flash-back soulignent des relations père/fils en peine de communication. Beginners séduit par sa palette à la fois inventive, burlesque, tendre et douce. Il y a du Woody Allen, du Michel Deville chez Mike Mills qui a écrit le film cinq mois après la mort de son père. "Il faut tout écrire. Tout ce qui vous fait peur. Tout ce que vous n’avez pas fait. Tout ce que vous n’avez pas entrepris. Je ne sais pas si j’aurais été capable d’écrire Beginners si je n’avais pas été en deuil. Pour moi, le chagrin, c’est courir dans une forêt obscure, courir à toute allure, pour tenter de rattraper quelque chose. J’espère que le film sait rendre ça, cette folle envie de s’accrocher à la vie". Cet état d’âme transparaît constamment, dans le moindre détail, porté avec inspiration par Ewan McGregor, Christopher Plummer et Mélanie Laurent.

4/Non transmission de parents à enfants dans All Good Children. Une tante française accueille Dara et Eoin, deux frères irlandais de 11 et 12 ans orphelins de leur mère. Le père les confie à sa sœur et s’empresse de repartir. Dara fragile et ténébreux se consume pour Bella, la belle voisine fantasque. Alicia Duffy noie les émois adolescents dans un moi de cinéaste incertain, oscillant entre les images lourdement symboliques, le spectacle d’une nature frémissante et mystérieuse, et un penchant morbide. Ennuyeux, prétentieux, confus.

Transmission de charge papale le vendredi 2 septembre avec l’avant-première de Habemus Papam, à 20h. Le magazine L’Appel, le cinéma Caméo-Namur et Média Animation proposent le film de Nanni Moretti en avant-première, suivie d’un échange avec le public autour de Frédéric Antoine, rédacteur en chef de L’Appel, Philippe van Meerbeeck, neuropsychiatre et psychanalyste et d’Arnaud Join-Lambert, théologien. Chronique du film la semaine prochaine.

Patrice Gilly

 

 

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