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La planète des singes, les origines ; Les schtroumpfs ; Melancholia ; Les impardonnables ; Mes meill

La planète des singes, les origines ; Les schtroumpfs ; Melancholia ; Les impardonnables ; Mes meill

L’été continue au rythme d’une superproduction par semaine sur nos grands écrans réfractaires aux vacances. Rien qu’en août : Les Schtroumpfs et Green Lantern (03/08), Conan le barbare et Captain America (17/08), Cow-boys et Aliens (24/08). Une vague impressionnante alors que Cars 2, Kung Fu Panda 2 et Harry Potter 7 campent toujours sur le rivage.

Le budget familial n’est pas extensible, je recommande donc vivement Super 8 dont j’ai parlé la semaine dernière (retrouvez la chronique ici). Et je n’ai pas encore cité La planète des singes : les origines (10/08) - la "prequel" de la série mythique en 5 épisodes de 1967 à 1973 -, gardant le meilleur pour le début.

40 ans après, nous savons enfin pourquoi les chimpanzés ont relayé une civilisation humaine disparue pour des raisons alors obscures. L’homme a causé sa propre perte en exagérant les manipulations génétiques. Will est chercheur dans une firme pharmaceutique mondiale. Il a presque mis au point un médicament contre la maladie d’Alzheimer, mal dont souffre son père. Cette substance révèle des effets secondaires inattendus, finalement mortels pour l’homme, tandis que le prototype développe des facultés cérébrales fulgurantes chez les chimpanzés, traités comme des rats de laboratoire. Les singes devenus subitement très agressifs, le labo met fin au programme, en exterminant les sujets d’expérience. Tous meurent, sauf, un nouveau-né que Will va élever en secret chez lui, en soignant son père avec le médicament expérimental. César a l’air de s’adapter, il apprend le langage des signes ; il accepte de ne jamais sortir au grand jour. Toutefois, la découverte des séquoias du parc de San Francisco change sa vie. Au faîte du géant des forêts, César domine la baie de San Francisco et le fameux Golden Gate, à la fois proche et inaccessible. C’est une des scènes-clefs du film, redoublée à la fin de l’histoire, lorsque César aura conduit la révolte des siens et compris que la nature est son véritable foyer. C’est ce qu’il chuchote à l’oreille de Will, en abandonnant sa posture courbée de plantigrade, se dressant à l’égal de l’humain, une scène intense parmi d’autres, comme celle de l’évasion des chimpanzés d’une prison immonde. On pense à Spartacus libérant les esclaves

Le point de vue adopté est celui de César, être doué de réflexion d’émotion, très attachant grâce à la technique de performance capture peaufinée sur Avatar. Andy Serkis, déjà interprète du Gollum du Seigneur des anneaux et de King Kong, réussit à humaniser complètement César en transmettant à la combinaison et au casque de capture des mouvements, chaque petit mouvement musculaire, chaque nuance, chaque inspiration. Cette interprétation captée par la caméra, se retrouve dans le chimpanzé virtuel, la gestuelle éloquente palliant le langage encore fragmentaire de l’animal. Et surtout, Rupert Wyatt (Ultime évasion) a eu l’idée géniale de mêler images de performance capture et prises de vues réelles avec les acteurs dans de vrais décors. Les acteurs jouaient en interaction et non dans le vide habituel (fond vert ou blue key) meublé ensuite en studio. Primauté au jeu humain avant le jeu binaire des effets spéciaux. A l’arrivée, cela donne un film passionnant, interpellant sur des questions aussi fondamentales que les manipulations génétiques, la course aveugle au profit et la domination imbécile de l’homme sur les espèces animales et végétales. La pensée humaine n’évolue pas au rythme du progrès technologique. La plupart continue à considérer le singe comme un crétin, alors qu’un rien nous sépare de notre prédécesseur dans l’évolution. Une réussite intégrale. Pourvu que les studios en restent là et n’inventent pas des origines à répétition.

 

Comparé aux grands singes, Les Schtroumpfs (03/08) manquent de coffre. Ils sortent d’une boîte à New York et côtoient de vrais acteurs dans la Grosse Pomme. Des Belges en Amérique, pourrait-on dire, puisque notre Peyo a créé les petits hommes bleus en 1958. Les Schtroumpfs et Tintin en octobre, la BD belge s’exporte bien. Pour l’occasion, la tribu du grand Schtroumpf accueille trois nouveaux : Schtroumpf Paniqué, Schtroumpf Dingo et Schtroumpf Courageux. Une majorité de plans ont été tournés en 3 D. Du rêve pour les plus petits.

Le cinéma puise allègrement dans la BD pour nourrir la pellicule et agiter les pixels. DC Comics s’est associée aux studios Warner pour sortir Superman et Batman des cases. Green Lantern (03/08) policier extraterrestre rejoint ses aînés. Il tire son pouvoir d’un anneau vert. Lanterne verte envie Iron Man, son quasi homologue des concurrents Marvel. Cet autre grand éditeur de Comics lance Captain America (17/08) dans la bagarre. Ce First Avenger (The Avengers sort en avril 2012) renvoie aux premières années Marvel. Le frêle et timide Steve Rogers se transforme en super soldat affrontant le terrible Red Skull. Joe Johnston, responsable des effets spéciaux sur La Guerre des étoiles est un habitué des grosses prods (Jurassic Park 3 et Wolfman).

Côté intimiste, de grands cinéastes offrent une alternative au grand spectacle. Lars von Trier renonce à la provocation et mise sur une esthétique symboliste et romantique dans le splendide Melancholia (10/08) pour décrire une fin du monde sans lendemain. Dans une première partie où la caméra bouge à saturation (mise au point dans le plan, recadrage, raccords brutaux), le cinéaste danois ébranle les piliers classiques de la société : mariage, famille, boulot. Les mâles sont également malmenés : époux inconsistant, père inexistant, beau-frère lâche. Normal que Justine soit étrangement absente à elle-même et à l’entourage le jour de ses noces. Elle prête plus attention à Antarès, une planète rougeoyante qui en masque une autre, Melancholia.

Dans la deuxième partie, la mélancolie submerge le monde, surtout Claire, qui a un enfant et beaucoup à perdre. Justine, sa sœur, au contraire ne tient plus à rien, sinon à la collision inéluctable de Melancholia avec la terre. La mélancolie est une maladie étrange caractérisée par une lucidité aiguë, elle-même cause de souffrance psychologique. Von Trier annonce clairement la couleur (sombre) dans un prologue éblouissant, sur fond de Tristan et Isolde, de Wagner. La beauté fatale des images éclate dans un final grandiose, montrant la fragilité humaine face aux forces cosmiques. Impressionnant. Kirsten Dunst (Justine) a obtenu le prix d’interprétation à Cannes. Elle a puisé dans une dépression personnelle antérieure un abandon total à la résignation mélancolique.

Le dernier Almodovar, La piel que habito (17/08) est inspiré d’un roman de Thierry Jonquet, auteur de romans noirs. Un chirurgien colle une nouvelle peau à une femme brûlée dans un accident de voiture. Il remodèle sa patiente à l’image de sa femme décédée.

Inspiration littéraire aussi pour André Téchiné (La fille du RER, Les égarés) qui adapte Djian en logeant ses Impardonnables, à Venise, photographiée magnifiquement depuis l’île de San Erasmo. La photogénie de la cité aux mille canaux est admirablement rendue dans une lumière souvent vespérale. C’est le principal atout d’un film qui manque cruellement de point de vue, l’intrigue s’éparpillant sur trop de personnages peu étoffés. Carole Bouquet est très bien avec des cheveux courts. André Dussollier vieillit avec charme. Les lecteurs de Djian reconnaîtront la patte de l’écrivain obsédé par le sexe, la vieillesse et le fossé entre générations.

Christophe Honoré et Alex Beaupain reconstituent le duo gagnant des Chansons d’amour (2007) en signant un méli-mélo amoureux traversant les époques, de 1960 à aujourd’hui, rythmés par des séquences chantées, autant de références à Jacques Demy, surtout quand Catherine Deneuve pousse la chansonnette avec sa fille Chiara. Les Bien-aimés (24/08) détonnent dans la partition du cinéma actuel. Les nostalgiques des Parapluies de Cherbourg apprécieront 2h15 sur le temps qui passe, sur les liens entre personnages d’une époque à l’autre. Ludivine Sagnier, Louis Garrel et Michel Delpech complètent une affiche flamboyante.

Et si vous avez envie de rire, là, tout de suite, suivez Mes meilleures amies, Bridesmaids (03/08), basé sur les souvenirs turbulents d’une demoiselle d’honneur. Les actrices pétulantes font partie de la même troupe d’improvisation. L’abattage de Kristen Wiig, en organisatrice de mariage occasionnelle, est époustouflant. Loufoque et iconoclaste, très vache à l’égard des amitiés féminines. Dernière apparition de Jill Clayburgh, prix d’interprétation à Cannes pour Une femme libre et mère possessive dans La Luna de Bertolucci. Salut à l’actrice engagée.

Patrice Gilly

 

 

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