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Super 8, Le voleur de lumière, The Hunter, Tropa de Elite 2

Super 8, Le voleur de lumière, The Hunter, Tropa de Elite 2

Juillet pluvieux, nous sommes nombreux à nous abriter dans les salles obscures. La météo maussade m’incite à rallumer les projecteurs dans un format inhabituel, cher à et J.J. Abrams et Steven Spielberg.

Les deux compères signent un jubilatoire Super 8, retour en enfance lorsqu’ils découvraient le cinéma en tournant sur un support aujourd’hui disparu. Si vous n’allez qu’une fois au cinéma cet été, ne loupez pas cette superproduction familiale, source de plaisir et d’émotion rares dans le cinéma hollywoodien. La même émotion ressentie dans les années 80 lorsqu’on regardait en famille des bobines muettes de 3 minutes tournées à l’occasion des vacances ou d’une fête d’anniversaire. Émotion semblable à celle de Joe qui regarde avec Alice un petit film de sa mère décédée en 1979. Ces deux ados en peine de mère et mal avec leurs pères tombent amoureux et mûrissent en tournant un film de zombies avec des copains (restez jusqu’au générique final, pour regarder le produit fini réalisé et interprété par la bande des 5).

Grâce au cinéma, les deux amoureux vivent une aventure exceptionnelle, confrontés à un extraterrestre (E.T.) en pétard contre les militaires bornés qui l’ont séquestré. La réalisation a le chic de préserver le mystère jusqu’au bout, en dévoilant tardivement l’extra-terrestre vengeur. Les habitants de Lilian, américains bien tranquilles, vivent des phénomènes étranges : chiens apeurés, coupures de courant et de téléphone, automobiles démontées. Les parents paniquent, mais rien n’arrête les cinéastes en herbe, témoins d’une catastrophe ferroviaire majeure, immortalisée dans la caméra super 8. Ce moment de grand cinéma d’effets spéciaux consommé, la dimension initiatique prend le pas sur le spectaculaire. Joe ne parvient pas à faire le deuil de sa maman. Il ne se sépare jamais de son portrait en médaillon. Il finit par lâcher son talisman dans une scène d’anthologie. Face au monstre, Joe surmonte sa peur et dit, pour lui-même et à la créature : "De mauvaises choses arrivent, mais tout le monde n’est pas mauvais, la vie continue". Regardez bien l’effet de ces paroles libératrices sur l’E.T., surtout son regard. Du beau cinéma.

J.J Abrams (Mission impossible 3, Star Trek) a monté les films amateurs de Spielberg (E.T., Indiana Jones, Jurassic Park). Les deux copains avaient envie de raconter l’histoire d’ados tournant un film, en souvenir de leur propre enfance. Le duo a réussi un grand film d’auteur, grand public, revenant aux sources du cinéma, réactivant le bonheur de filmer à tout prix, parfois avec des bouts de ficelle (voir les maquettes dans la chambre de Joe, spécialiste des effets spéciaux. C’est lui qui maquille le visage d’Alice en zombie, grand moment d’émoi pour l’amoureux transi). Magie et nostalgie de l’esprit des pionniers du 7e Art.

 

Kok-Moinok, à mille lieues de l’Ohio. Le petit village, situé au milieu de nulle part, est balayé par les vents, soufflants des montagnes chinoises vers les plaines du Kirghizstan. Le voleur de lumière (The Light thief) s’ingénie à réparer les pannes de courant dans d’humbles masures où la bassine tient lieu de salle de bains. Néanmoins les gens sont heureux, surtout lorsque l’électricien facétieux fait tourner les compteurs à l’envers chez les plus démunis. Cette justice distributive lui coûte sa place. Robin des Bois croit s’en sortir en suivant des politiciens véreux dans une embrouille qui le dépasse. Le Kirghizstan est une ancienne république de l’URSS sur un territoire grand comme huit fois la Belgique. C’est un des pays les plus corrompus au monde. L’indépendance acquise en 1991 a privé les 5,2 millions d’habitants de tous débouchés. Le chômage est endémique. Aktan Arym Kubat a du métier. Sa réalisation témoigne d’une grammaire innée du cinéma. À la technique, il ajoute intuition, humour et poésie. Il n’hésite pas à faire un plan séquence en plongée sur le voleur de lumière et le maire en train de deviser au bord de la rivière lumineuse. L’amitié, l’amour et les rêves effacent bien des peines. Le courant passe entre les êtres. L’esprit du voleur de lumière illumine les chaumières et continuer à animer les mini-éoliennes au-delà de la vie ici-bas. Bravo à Imagine qui élargit nos horizons cinématographiques.

Le distributeur sort aussi The Hunter (le chasseur), un "western" contemporain iranien. Rafi Pitts réalise et interprète Ali, à la recherche de sa femme et de sa fille disparues à Téhéran. La première partie nous montre une capitale tentaculaire, bruyante et écrasante, agitée par les émeutes lors des élections présidentielles de 2009. Le chasseur est le dernier film à avoir été tourné avant que le régime d’Ahmadinejab ne reprenne en mains l’industrie du cinéma proche du mouvement vert (opposé au pouvoir). La piste politique esquissée s’égare ensuite dans un huis clos à ciel ouvert entre Ali et les deux policiers à sa poursuite. Le Chasseur ne vaut pas Une séparation ou des Chats persans, dignes résistantsd’un cinéma debout malgré la censure.

Un petit tour en Amérique latine en final de cette chronique très exotique. Tropa de Elite 2 reprend treize ans plus tard le combat du capitaine Nacimento contre les gangs des favelas de Rio. L’officier incorruptible perd le commandement du groupe d’intervention d’élite de la police urbaine. José Padilha dénonce la collusion entre politiciens, groupes paramilitaires et trafiquants de drogue. La description d’un système mafieux constitue le seul intérêt d’une mise en scène terriblement violente, baignée d’une tension permanente.

Violence encore en Colombie. Cataleya voit ses parents tués sous ses yeux. Orpheline à 10 ans, tueuse en série à 25, la redoutable tigresse est décidée à trucider l’assassin, un baron de la drogue protégé par la CIA. Cataleya ressemble à Nikita. Ce n’est pas avec Colombiana que Luc Besson (producteur et scénariste) renflouera son studio Europacorp.

Je parie sur le retour du beau temps propice au cinéma à ciel ouvert. Ce soir, à 22h, projection gratuite de Black Swan à Wolubilis. Les meilleurs films de la saison tous les mercredis à Woluwe-St-Lambert jusqu'au 31 août. Mercredi prochain, Illégal, d’Olivier Masset-Depasse, couronné dans plusieurs festivals.

À Liège, le centre culturel Les Grignoux à Liège aère gratuitement aussi ses bonnes toiles durant l’été, tous les samedis, dans la cour de la brasserie du nouveau complexe Sauvenière. Les projections ont lieu simultanément à 22h30 en extérieur et à l’intérieur de la taverne. Samedi 30 juillet, Good Bye Lenin, comédie burlesque post-communiste, l’année de la chute du mur de Berlin.

Patrice Gilly

P.S : Ne manquez pas Les Contes de la nuit, de Michel Ocelot, sorti la semaine dernière, dont je vous parlais ici. Un merveilleux florilège des mythes et légendes du monde, au charme désuet, à savourer toutes générations confondues.

 

 

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