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Les coups de cœur cinéma palpiteront irrégulièrement cet été. Dans cette chronique, la revue de juillet. Le 3 août, le programme du mois avant la rentrée. Si l’actualité le commande, nous rallumerons exceptionnellement les projecteurs.
Je commence par les gros spectacles bien "merchandisés" à l’américaine. Les Bruxellois et les navetteurs auront certainement remarqué l’Autobot Bumblebee de 8 mètres de haut surgissant d’un panneau publicitaire, bd Général Jacques. Cette sculpture en 3D annonce le retour des Transformers 3, ce mercredi. Ils nous reviennent de la face cachée de la lune dans un affrontement impitoyable entre les gentils Autobots, alliés des humains, et les méchants Decepticons (de ces petits c…).
Michael Bay repasse intelligemment les plats en ancrant ce troisième long épisode (2h35) dans l’histoire et l’actualité. Vous saurez pourquoi les Etats-Unis ont arrêté la conquête de l’espace après avoir marché sur la lune. Vous verrez que les capitalistes cupides mènent le monde à sa perte. Vous aurez une idée de ce que l’on éprouve en sautant dans le vide comme l’ont fait les victimes des attentats contre les tours jumelles de New-York. On nous cache aussi des choses sur Tchernobyl. La charge contre le système est à la fois subtile et flagrante dans les deux premiers tiers de ce blockbuster de qualité. Subtil : une voiture explose un panneau indiquant la sortie Business sur l’autoroute de Chicago. Enorme : Sam, deux fois sauveur de l’humanité, mais au chômage, s’indigne du cadeau fait à son amoureuse, une Mercedes de 200 000 $, soit 53 ans de salaire. Le donateur est un riche homme d’affaires, playboy et copain des mauvais robots de Cybertron. Plus fort encore, "Les capitalistes sont tous des salauds, non ? Bon, d’accord, j’en profite moi aussi", dit un expert en Transformers. L’insolence s’arrête là. La production cesse brusquement de tirer une balle dans la patte aux œufs d’or.
La dernière partie est plus conventionnelle. Un combat de fin du monde où le pire est à craindre. Les effets 3D meublent agréablement. Il y a tellement à regarder, les yeux écarquillés, ravis que les bons (Sam et Carly, une poignée de soldats d’élite et une escouade d’Autobots) triomphent, car on a eu peur pour de bon. La fin est rassurante : le drapeau américain, même troué, flottera toujours au service du monde. Shia LeBeouf a une nouvelle partenaire, le mannequin Rosie Huntington-Whiteley, porte-drapeau d’une célèbre marque de lingerie. John Malkovich, John Turturro et Frances McDormand cabotinent joyeusement. Cerise sur le robot : les transformations d’objets (écrans, photocopieuses, bibelots), les clins d’œil à Docteur Folamour, Chinatown (le sparadrap sur le nez de Malkovich), Top Gun...
Comparé à cette mécanique bien huilée, Cars 2 (6 juillet) tourne carré, malgré une incroyable audace : Martin la dépanneuse vole la vedette à Flash McQueen. Le vieux pote du bolide rouge s’évade dans une histoire d’espionnage internationale, menée à la James Bond. Les studios Pixar jouent sur deux, voire trois, tableaux. Il y a bien un Grand Prix mondial, mais l’essentiel est ailleurs, dans un tour du monde des circuits et un complot du lobby pétrolier. Cette touche écologique a énervé le parti républicain, Disney a dû démentir une quelconque notation politique. Les décors sont extras (Tokyo, Monaco, Londres), l’animation anthropomorphique réussie, mais on dirait que la bande à Lasseter ne croit plus au projet, se sentant obligée de multiplier les péripéties annexes et les longs tunnels bavards pour rester dans la course.
Le 13 juillet, succès mondial assuré pour l’ultime aventure du sorcier le plus connu de la planète : Harry Potter et les reliques de la mort (partie 2). Cette fois, le face-à-face avec Voldemort est inévitable. L’action se déroule (en 3D) à Poudlard. Emma Thompson a réintégré la troupe pour ce dernier acte haletant. Le secret est bien gardé, mais je peux vous dire qu’enfin Ron et Hermione échangent un premier baiser. La scène fut difficile pour ces deux acteurs qui se connaissent depuis l’âge de 10 ans et se considèrent comme frère et sœur. Une première dans une salle de sport à Paris est complète (8 000 personnes). Des places ont été vendues aux enchères sur Internet.
Dernière production à effets très spéciaux de juillet (le 27), le Troll Hunter (Le chasseur de troll), un prétendu docu-fiction norvégien. Le troll est un géant poilu, doté d’une force phénoménale. Il vit dans la montagne et ne fréquente pas les humains, sauf si…
Pour le jeune public
Le 29 juin, Le Parc Distribution propose Capelito, le champignon magique en sortie nationale. 8 petits films à voir à partir de 3 ans. 42 minutes d’animation de figurines en plasticine, d’une incroyable expressivité. Capelito possède un nez amovible, qui lui joue parfois des tours. Le tarin magique fait pousser les cheveux, les fleurs et les chapeaux. Les personnages sont suffisamment parlants pour se passer de dialogues.
Dispositif minimum également pour Les Contes de la nuit, le nouveau joyau de Michel Ocelot (Azur et Asmar, Kirikou). "Pas de frou-frou, juste une ligne élégante" dit un personnage. Des pantins en ombre chinoise, des décors épurés à l’extrême se fondent harmonieusement dans les 3 dimensions. Les couleurs chaudes accentuées surmontent l’estompement habituel des lunettes 3D. Un des plus anciens animateurs au monde feuillette un recueil dans la grande tradition du récit oral. Une jument chante, un cheval parle, une princesse ment, une ville d’or, nous voilà repartis en enfance, lorsque des contes racontés assis sur les genoux de papa ou maman nous berçaient avant de dormir. Loin des effets spéciaux, Michel Ocelot excite l’imaginaire en osant les arrière-plans stylisés, augmentés d’illustrations d’époque présentées en exergue de chaque conte. Les gravures préliminaires reviennent en tête et animent les décors selon la culture et l’imagination de chacun. Du grand art indémodable. Pour tous les âges.
Les 12 ans suivront avec plaisir le vol de Nicostratos le pélican (29 juin). Le plus grand pélican blanc d’Europe n’est que prétexte au rapprochement entre un fils et son père, incarné par le très renfrogné Emir Kusturica. Elevé en cachette pour échapper aux foudres paternelles, le volatile devient une vedette malgré la discrétion de Yannis.
En bref
Depuis quelques années, se rendant compte que le public est disponible, le cinéma ne ménage pas les sorties estivales. Petit survol arbitraire.
Drei et Pourquoi tu pleures ? (29 juin)sondent le couple et l’institution du mariage. Tom Tykwer expérimente l’union à Drei (3), mari et femme tombant amoureux du même… homme. Le réalisateur allemand voit un parallèle entre les cellules qui se divisent et se réorganisent et l’évolution du couple. Urgence primordiale : échapper à la routine. "Ce besoin d’harmonie est morbide", estime Simon, quadra en mal de mère et de notoriété. Cette configuration triangulaire résolument assumée, manque de finesse et de nuances. Le trio est la résultante d’un non choix, d’une indécision typique de l’époque.
Benjamin Biolay incarne l’indécision personnifiée. Un doute obsédant le taraude à trois jours de son hymen. Idem pour la future épouse, disparue de la circulation et qui réapparaît in extremis rayonnante et confiante : "Maintenant, je suis sûre. Tu m’en veux ?" Non, il ne lui en veut pas. Elle pourrait lui en vouloir, car le futur marié a noué une liaison torride avec une fille connue au vol. Pourquoi tu pleures ? m’a agacé du début à la fin. La fin est désespérante à bien des points de vue. Je m’inquiète pour la génération 30-40 ans intellos égocentrés. Un premier film de l’actrice Katia Lewkowicz, 38 ans.
Le 6 juillet, retour au conventionnel, pétri de naïveté gentille, avec Larry Crowne (Il n'est jamais trop tard), tourné et incarné par Tom Hanks. Le brave Larry est viré après des années de bons et loyaux services dans une grande surface. Il reprend des études universitaires et tombe amoureux de son professeur. Normal, c’est Julia Roberts. Il n’est jamais trop tard pour égratigner les employeurs inhumains, Twitter et Facebook, l’enseignement supérieur. A 50 ans, il est encore possible de séduire une jeune étudiante en scooter. Pas de panique, Tom préfère les femmes de son âge.
Le 13 juillet, l’adaptation d’un classique du roman gothique Le Moine, de Matthew G. Lewis. Le jeune Matthew a écrit cette histoire iconoclaste pour le 18e siècle pour égayer sa mère. Moi, pas tellement. Vincent Cassel, en prieur succombant (à répétition) au péché de la chair, est convaincant, nettement plus que la réalisation tape à l’œil et creuse de Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien).
Au rayon polar, je préfère Switch, de Frédéric Schoendoerffer (Agents secrets, Scènes de crime), avec Eric Cantona (13 juillet). Le switch concerne un échange d’appartement par Internet. Vu de Montréal, ce duplex à Paris paraît extra. Coup de froid, quand Sophie ouvre l’œil sur un corps décapité à son chevet.
Visa également pour The son of no One (20 juillet), une plongée bien documentée dans le Queens, quartier de New York où la vie d’un moins que rien ne compte pour personne. Dito Montiel est issu de ces quartiers pauvres, gangrenés par la drogue et la violence. Avec Al Pacino, en flic vachement pourri.
Je n’ai pas vu Case Départ (20 juillet), une comédie sur le racisme, sur l’esclavage et la vie des Français d’origine immigrée en France. Avec Fabrice Eboué et Thomas Ngijol.
Vous n’aimez pas les salles obscures ? Une toile sous les étoiles voyage à Bruxelles et en Wallonie. Une excellente sélection des meilleurs films de l’année à voir en plein air jusqu’au 3 septembre. Programme complet sur cinéfilms.be. Tél. 02/ 762 08 98.
Du 1er au 14 juillet, Cinematek présente une vingtaine de films remarqués dans les grands festivals. La quinzaine Age d’or- Cinédécouverte a l’art de dénicher des talents prometteurs qui trouvent un distributeur belge grâce à deux aides de 5 000 et 10 000 €.
Et classique des classiques, Ecran Total, du 29 juin au 13 septembre, au cinéma Arenberg. 14 longs-métrages inédits, 9 reprises, dont Winter’s bone, très mal diffusé en Wallonie, 18 classiques, avec en tête d’affiche, la version longue (3h40) des Portes du paradis, de Michael Cimino. Au total, 78 œuvres mémorables, partiellement décentralisées cette année au Plaza, à Mons. Le cinéma Arenberg a besoin du soutien des amateurs de cinéma Art et Essai. La survie de la célèbre salle est menacée. Son propriétaire, les Galeries Royales Saint Hubert, refuse de renouveler le bail. Pétition de soutien sur www.arenberg.be.
Patrice Gilly
L'élève Ducobu, Brighton Rock, Pater : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.