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Low Cost, Un baiser papillon, Une séparation, Le voyage du directeur des ressources humaines

Low Cost, Un baiser papillon, Une séparation, Le voyage du directeur des ressources humaines

Ne loupez pas le vol Djerba-Beauvais, départ prévu à 17h, assuré par la compagnie Lobud Jet. Sauf que l’opérateur de vol bon marché n’assure rien. Huit heures plus tard, l’avion est toujours immobilisé sur le tarmac tunisien. La tension est à son comble à bord. Le voyagiste est en faillite. Les passagers décident "d’occuper" l’avion. Dagobert (Jean-Paul Rouve) réveille l’âme de leader qui sommeillait en lui. Ce névrosé, espion industriel, se sublime pour gagner le cœur de Nuance (Judith Godrèche), hôtesse de l’air, l’air de rien, érudite et complexée, citant Lacan, Freud et Jules Renard.

Maurice Barthélémy joue à fond la carte du loufoque en embarquant sur Low Cost un condensé du Français moyen grande gueule. Vous avez l’avocat odieux, la hippie sur le retour, le chirurgien militaire gauchiste et son épouse dépressive, le parano, le CRS en vacances, grand amateur de crapette et l’ado gothique timoré. Sans oublier Jean-Claude (Gérard Darmon), pilote nostalgique à la retraite, qui reprend du service, à son corps (peu) défendant. J’allais oublier le nain avec son rat Compiègne.

Le cinéma français renoue avec la verve et l’allant du Père Noël est une ordure. Voilà un bon film comique, parfois lourd en l’air, mais qui tient la distance. On rit de bon cœur à suivre ce satellite de Y a-t-il un pilote dans l’avion. Le vol commence doucement, par la perte de contrôle de la programmation musicale, pour culminer dans le dérèglement total des commandes et des humeurs. Les apartés entre Dagobert et Nuance sont succulents ; le duo CRS/passeur de drogue est hallucinant. Les occasions de rire sont rares, bouclez vos ceintures, lâchez vos zygomatiques.

 

J’aurais bien aimé donner Un baiser papillon sans réserve. Je me contenterai d’un petit bisou au premier long-métrage de Karine Silla. La compagne de Vincent Perez à la ville comme au cinéma place la barre très haut, en osant le film choral sur des thèmes aussi vastes que la vie, l’amour, le cancer, les secrets de famille, la maternité tardive, le mensonge. Ses personnages, trempés dans une belle distribution (Cécile de France, Valéria Golino, Elsa Zylberstein, Vincent Perez…) s’avèrent bons solistes, mais peinent à chanter en choeur, faute de partition bien écrite. L’air "soyons légers, vivons l’instant présent" ou "je préfère souffrir en aimant que de ne pas aimer" ne quitte pas le registre de la chansonnette. Paris est belle la nuit, les chambres d’enfants baignent dans le jaune chaud, les hommes n’assurent pas, les femmes sont fortes, on se croirait en train de lire le magazine Psychologies. Ce baiser, agréable par instant, est aussi léger qu’un éphémère papillon. Claude Lelouch peut dormir tranquille sur ses bobines.

Une séparation anéantit tous nos préjugés sur l’Iran, une société moins monolithique qu’elle n’y paraît. Asghar Farhadi a obtenu l’Ours d’or au dernier festival de Berlin pour cette chronique très nuancée d’un divorce apparent, véritable déchirement pour l’enfant du couple. Prenez patience lors de vingt premières minutes déconcertantes et plongez ensuite dans les arcanes judiciaires et religieux d’un pays traversé de tradition et de modernité.

Sinni et Nader sont d’un milieu aisé. Sinni est décidée à partir aux Etats-Unis. Nader ne la suit pas. Son épouse absente, il engage une garde-malade pour s’occuper de son père souffrant de la maladie d’Alzheimer. La femme, d’un quartier pauvre et enceinte (cela ne se voit pas), accepte du bout des lèvres parce que son mari est endetté. Elle doit faire un long trajet et sa religion lui interdit de voir un homme déshabillé. Un incident avec Nader les amènent devant le juge. Le mari de la garde-malade, instable et violent, récuse une justice de classe.

Fasghar Farhadi ne juge pas. Il montre deux mondes juxtaposés, avec leurs travers respectifs, soit liés à la nature humaine, soit inhérents à un système de pensées figé. Chacun est enfermé dans ses codes. La garde-malade subit la religion et un mari caractériel. Nader ne veut pas perdre la face. Sinni incarne une volonté émancipatrice oscillante. Terneh, leur fille adolescente, est victime d’un père manipulateur qui l’oblige moralement à mentir pour le disculper d’une accusation grave. La mise en scène veille au moindre détail symbolique. Voile évanescent chez Sinni, tchador serré pour la garde-malade. Après avoir vu Une séparation, les discussions vont bon train, animées, tordant nos convictions trop ancrées sur des apparences à l’égard d’une nation phare musulmane.

Deuxième chance pour Le voyage du directeur des ressources humaines, sorti confidentiellement au début de l’année. Les curieux accompagneront cetétrange périple, de Jérusalem au fin fond de la Roumanie. Le directeur d’une boulangerie industrielle organise le rapatriement de la dépouille d’une employée. Eran Riklis (La fiancée syrienne, Les citronniers) signe son œuvre la moins forte, farce tragico-comique, à la fois procès du cynisme et mise en garde sur le mirage de l’exil. Le blindé corbillard vaut le déplacement à lui seul.

Patrice Gilly

X-Men, le commencement, Monsieur Papa, Get low, Ou va la nuit, La mort de Robert Mitchum : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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