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La série X-Men remonte le temps. Au lieu d’un quatrième épisode de la saga entamée en 2000, les studios de la Fox osent la série à rebours. X-Men, le commencement explique la genèse de la rivalité entre le Professeur X et Magneto. En 1961, Charles Xavier et Erik Lehnsherr découvrent leurs pouvoirs de mutants : télépathie, contrôle des champs magnétiques, polymorphisme, téléportation… Ils unissent leurs dons pour empêcher une guerre nucléaire entre les Etats-Unis et la Russie. La guerre froide culmine. Le monde regarde à la télé Kennedy et Kroutchev armer leurs missiles. Heureusement, des gentils mutants veillent au grain. Ils collaborent avec la CIA pour déjouer le sombre dessein d’un sociopathe capable de canaliser l’énergie pour la muter en force surhumaine. Ce mutant surpuissant rêve d’éradiquer les humains et d’installer son espèce au pouvoir. Il s’appuie sur son bras droit, Emma Frost, femme fatale dans la lignée des Catwoman et Elektra, fleurons des comics Marvel. Cette blonde sexy est dotée d’un épiderme en diamants indestructibles. Les diamants ont éternels, clin d’œil à James Bond, très présent dans les ambiances voulues par Matthew Vaughn, réalisateur au palmarès quasiment vierge.
X-men, le commencement dépense des liasses de dollars considérables. Il y a de quoi écarquiller les yeux devant plusieurs scènes d’action énormes, notamment celle où le sous-marin atomique du méchant Shaw est extirpé des flots. Mais l’essentiel est ailleurs, dans le souci d’étoffer psychologiquement des personnages marginaux parce que différents, voués à la solitude parce la société refuse d’intégrer ces êtres bizarres à la peau bleu écaille. Les futurs Magnéto et Professeur X ont des opinions inverses sur les humains. Erik n’a aucune confiance en eux et veut les détruire, Charles espère protéger ces terriens qui les craignent. Réalisme ou angélisme, tolérance ou rejet, tels sont les prémisses d’une lutte à mort amplifiée dans les X-Men précédents. L’arrière-plan historique, l’apogée du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, donne du relief aux questions existentielles que se posent ces héros maudits. Les grosses productions intelligentes sont rares, soyez mutants et fiers.
Petits moyens et grand cœur pour Monsieur Papa, incarné et réalisé par Kad Merad. L’acteur comique a eu envie de raconter une belle histoire sentimentale, en épinglant au passage l’inhumanité d’une société bâtie sur la réussite et l’argent. La démarche est touchante, même si Kad n’a pas l’étoffe d’un grand réalisateur. Il ignore l’ellipse et le scénario est parfois bancal. Qu’importe, on se pique au jeu. Marie (Michèle Laroque), chef d’entreprise très prise, ment à son fils de 12 ans depuis sa naissance. Elle présente le père absent comme un aventurier constamment en voyage. Marius déprime, ses résultats scolaires chutent, il veut son papa. Marie sent le danger. Elle paye un comptable au chômage et maître ès repassage pour casser l’image d’un père idéalisé. Comme le spectateur, Marius joue le jeu, append le rugby multiethnique avec les gamins du quartier chinois de Paris. Robert Pique aide aussi « son fils » en maths. Une amitié paternelle naît entre le gosse de riche et le Saint Bernard de l'HLM. Quiproquos, sourire, tendresse, critique sociale en pointillés, allez, va pour ce Monsieur Papa parents et enfants admis.
À 80 ans, Robert Duvall signe une prestation impressionnante dans Get Low, joyau brut du cinéma indépendant américain. Bill Murray, Sissy Spacek et le très sobre Luca Black complètent une distribution qui grandit cette œuvre crépusculaire. Le film est inspiré de l’histoire vraie de Félix Bush. Ce vieil ermite tire sur tout ce qui approche sa propriété. Il vit avec sa vieille mule, plus têtue que lui. Ils déclinent ensemble. En fin de vie, Félix veut savoir ce que les gens pensent de lui. Il convie les habitants de sa petite ville du Tennessee à sa fête de funérailles. Pour attirer ceux qu’il méprise et qui le lui rendent bien, il organise une loterie avec son immense propriété pour enjeu. Seule condition de participation au tirage : raconter une histoire sur Félix. Lui aussi, en a une à lâcher, qui le ronge depuis des années. Le misanthrope excentrique refuse d’être en paix avec lui-même et avec Dieu, comme l’exigent les pasteurs successifs pressentis pour son enterrement. Robert Duvall est minéral, roc impénétrable, dans cette comédie plus amère que douce. Aaron Schneider rend hommage à une génération d’acteurs sexagénaires et salue une époque où les arbres poussaient libres et sauvages avant d’être déracinés par les villes champignons (beau plan large de Félix et Mattie, un amour de jeunesse, minuscules dans une forêt clairsemée). Chapeau les artistes.
Après Le petit Nicolas, Titeuf, L’élève Ducobu (22 juin sur les écrans), Le Chat du Rabbin glisse vers le grand écran. En janvier 2002, Dargaud publie le premier tome de cette BD atypique, entre esprit voltairien et chronique de la culture juive d’Algérie. Le Chat du rabbin s’est vendu à plus de 900 000 exemplaires. Son créateur, Joann Sfar (réalisateur de Gainsbourg, vie héroïque) s’est décidé à réaliser lui- même l’animation cinématographique, obstiné à dédramatiser les conflits entre les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans.
Deux grands acteurs belges portent deux films d’auteur. Dans Où va la nuit, Yolande Moreau continue sa collaboration avec Martin Provost entamée avec Séraphine, qui lui avait valu un César. Robert Mitchum est mort inspire Olivier Gourmet dans un rôle d’acteur dépressif. Une odyssée « mélancomique », que je n’ai pas suivie, pas plus que la recherche de la nuit.
Une date et une semaine à retenir : le 5 juin, à 10h45, au Cinéma Arenberg, à Bruxelles, le coup de cœur de CinéFemme s’est porté sur Une séparation, film iranien d’Asghar Farhadi. La confrontation de deux visions du couple suscitera certainement le débat. Une plongée dans la société d’un pays méconnu, écartelé entre tradition et modernisme.
Du 8 au 14 juin, nouvelle édition de Millenium, Festival International du film documentaire à Bruxelles. Une cinquantaine de films de cinéastes indépendants donnent une vision créative, sensible et authentique du monde. Le gala d’ouverture a lieu le 8 juin au Flagey avec la projection de Todos Vós Sodes Capitáns (Vous êtes tous des capitaines) du réalisateur espagnol Oliver Laxe, primé en 2010 à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. La chronique d’un film tourné avec les enfants d’un centre social à Tanger.