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Le complexe du castor, Le secret de Shanda, La conquête, La défense Lincoln.

Le complexe du castor, Le secret de Shanda, La conquête, La défense Lincoln.

Coïncidence ou air du temps, plusieurs films présentés au Festival de Cannes traitaient de la dépression ou de ses dérivés comme la mélancolie. Kirsten Dunst a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation féminine en incarnant une jeune femme prise d’un coup de folie le jour de son mariage dans le film Melancholia de Lars von Trier.

Le complexe du castor, projeté hors compétition, aborde frontalement la maladie du siècle. La sociologue et psychologue Nicole Aubert attribue cette pathologie "à l’exigence socio-économique d’accélération permanente et d’immédiateté toujours plus poussée". La pathologie a évolué. Le ralentissement psychomoteur et l’inhibition ont supplanté la tristesse et la douleur morale comme symptômes principaux. Le déprimé marque son impuissance à vivre, il n’a plus d’élan vital. C’est précisément le cas de Walter Black (Mel Gibson). Ce père de deux enfants, patron d’une entreprise florissante, est au tréfonds du gouffre. Sa femme (Jodie Foster) l’a congédié. Il entasse quelques effets dans le coffre de sa voiture et s’empresse aussitôt de les jeter dans un conteneur pour caser les bouteilles de whisky qu’il compte siffler en solitaire. Au dernier moment, il garde une marionnette en peluche, un castor au large sourire. Réflexe salutaire. Quelques heures après, Castor retient Walter de se lancer dans le vide du 10e étage de son hôtel. La poupée hurle : "T’es dingue ou quoi ?" et Walter coupe son élan dans le vide.

Vous avez bien lu, le castor a verbalisé l’inconscient de Walter. Ce grand dépressif tient enfin son grand remède, mieux que les thérapies, les médocs et la pensée positive : la marionnette médicale. Les interlocuteurs de Walter sont désormais priés de s’adresser au castor. Walter installe ainsi une distance entre lui et son mal. Enfilé sur une main, Castor ne le quitte plus, jour et nuit, sous la douche ou au lit. Grâce à Castor, Walter renoue avec Meredith, redresse son entreprise et reparle à son plus jeune fils. L’aîné n’accroche pas. Pour lui, son père est fou. Tout va assez bien jusqu’au jour où Walter réalise qu’il ne peut pas vivre éternellement par castor interposé.

Jodie Foster dirige son ami Mel Gibson dans une réalisation sobre et émouvante. Pour l’acteur australien, c’est le film de la rédemption après une phase de turbulences alcooliques et violentes. Son personnage hyper dépressif résonne à l’écho d’un passé douloureux. L’actrice-réalisatrice développe en parallèle une intrigue attachante autour du fils aîné de Walter, amoureux d’une fille culpabilisée par la mort d’un frère. Le complexe du castor est encore très contemporain également lorsqu’il souligne les difficultés de communication dans une famille vouée à la haine de père en père. Jodie Foster ose de grosses ficelles pour nouer un film émouvant, à l’unisson d’une époque qui manque cruellement de repères.

 

Chanda n’a pas le choix de déprimer. Sa sœur est morte en bas âge. Sa mère a le sida. Son beau-père est alcoolique et absent. Le township proche de Johannesburg bannit cette famille source de malédiction. Pas de pitié pour les sidéens. La mère est poussée à fuir. Chanda part à sa recherche, du haut de ses 12 ans, dans une attitude de résilience extraordinaire. Le secret de Chanda (Life above all) repeint la réalité sud-africaine. La majorité de la population est pauvre et vit dans la détresse morale et sanitaire. Charlatans et superstitions ont toujours pignon sur rue. Oliver Schmitz évite le mélo intégral. L’héroïsme de Chanda est récompensé. Elle le mérite. La fillette ne se laisse pas abattre par le sort. Elle s’efforce d’aller à l’école malgré tout. Chanda a peur de finir comme son amie Esther, chair fraîche pour les routiers du coin. Bravo à BrunBro Films, distributeur confidentiel qui sort ce très beau film un an après sa présentation à Cannes dans la section Un certain regard.

Présenté hors compétition à Cannes et déjà sur nos écrans, La Conquête n’étiolera guère la réputation et l’image de Nicolas Sarkozy. "Le gesticulateur précoce", selon le mot de Jacques Chirac, paraît même attachant. En aller et retour entre le 6 mai 2007 et 2002, Xavier Durringer balaie l’improbable ascension de l’actuel premier des Français. La réussite d’un exercice périlleux (évoquer un président en exercice) tient à la prestation inspirée de Denis Podalydes et au travail documentaire minutieux de Patrick Rotman. L’acteur parvient à donner corps à un animal politique ressemblant à Sarkozy, avec juste assez de distance pour composer l’archétype du jeune fauve ambitieux. Car, la politique, c’est pas fait pour les mauviettes.

Les joutes musclées succèdent aux phrases assassines, les coups bas aux fausses rumeurs dans la presse. Les face-à- face entre Chirac et Sarkozy sont véridiques ainsi que les colères rabiques de Dominique de Villepin. Théâtre et politique se confondent. Les politiciens sont perpétuellement en représentation surtout depuis la "transparence" suggérée par Cécilia, ex-épouse de Nicolas. "Tu dois paraître jeune, dynamique, travailleur, un Français comme les autres". Et son petit homme de se piquer au jeu : "Je veux être là où on ne m’attend pas. On va ouvrir huit chantiers en même temps. Ils ne vont rien comprendre. Je vais être le ministre de l’actualité."

Pari gagné...au prix de la solitude. Le 6 mai, Nicolas zappe, seul, devant la télé. Sa femme l’a lâché dans la course effrénée aux honneurs. Écœurée, elle ne votera pas au deuxième tour. Nicolas trahit sa fragilité, privé d’âme sœur pour partager ses peines et ses joies. L’amour est la seule réalité capable de défier le temps et les épreuves. Le pouvoir occulte radicalement cette vérité première (voir DSK). Florence Pernel (Cécilia), Bernard Le Coq (Chirac) et Samuel Labarthe (de Villepin) sont étonnants de mimétisme physique avec leurs modèles.

A un mois des vacances, les films simplement distrayants pointent le bout de la bobine (tant que c’est de la pellicule). La défense Lincoln (The Lincoln Lawyer) est inspiré d’un roman de Michael Connelly, un des maîtres du polar américain. Matthew McConaughey a déjà interprété des avocats, notamment dans Le droit de tuer, adaptation du best-seller de John Grisham. Cette fois, le plaideur vit à la petite semaine, en défendant des malfrats de bas étage pour des sommes rondelettes. Un poil à la dérive, il a élu domicile et cabinet dans sa Lincoln. Un retour aux sources pour le beau blond qui a déjà 20 ans de carrière en dents de scie. Matthew a vécu dans une caravane pendant deux ans. "J'aime les petits espaces, j'adore les agencer pour en tirer le meilleur parti possible… Quand votre bureau est votre voiture, il faut être pragmatique et fonctionnel." J’avoue un faiblepour cet acteur capable du meilleur et du pire.

Patrice Gilly
 
Le gamin au vélo, Le pirate des Caraïbes 4, L’arbre de vie : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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