Rubriques : | Cinéma | Jeux vidéo | Livres | Musique | Théâtre |
Cyril, à vélo, court éperdument après son père. Il a 12 ans. C’est un hérisson, une boule de nerfs. Le gamin au vélo, placé temporairement dans une maison d’accueil, a une seule obsession : retrouver son géniteur disparu sans laisser d’adresse. Samantha (Cécile de France) croise sa trajectoire impétueuse dans la salle d’attente d’un médecin. Cyril s’agrippe à elle pour ne pas suivre ses éducateurs. "Ne serre pas si fort", murmure Samantha. A cet instant, la modeste coiffeuse de Seraing adopte inconditionnellement le fils perdu. Elle l’aide à pister le père. Celui-ci a commencé une nouvelle vie, où Cyril est déprogrammé. Il n’ose pas lui dire en face. "Je ne peux pas m’occuper de lui. C’est trop.", lâche-t-il à Samantha. Le cœur de la jeune femme n’hésite plus malgré les frasques parfois violentes de son protégé. Elle largue son petit copain et devient mère à plein temps.
Les frères Dardenne continuent à enraciner leur cinéma à Seraing, dans leur terreau local, mélange de misère sociale et d’espoir. Ils exigent énormément du spectateur comme de leurs acteurs. Ne cherchez pas à comprendre les motivations maternelles de Samantha, ni pourquoi Cyril suit une petite frappe dans la délinquance. Les dialogues sont réduits à l’essentiel. Le sens, la compréhension des personnages résident dans des images fugaces (l’ombre du père fuyant derrière une vitre) ou dans des métaphores symboliques (l’eau qui coule à la place des larmes de Cyril).
Jean-Pierre et Luc fixent l’objectif sur la nuque, en plans séquences, au plus près des corps qui en disent plus long que la parole, dans une austérité de moyens récurrente au fil de l’œuvre fraternelle. Une fois encore, ils révèlent un jeune talent. Thomas Doret domine la distribution et son rôle avec l’assurance d’un pro. Leur gamin au vélo laisse (enfin) filtrer un rayon de soleil dans un mouvement généralement pessimiste. Amour inconditionnel et pardon engendrent l’apaisement et une relative sérénité. Grande première chez les frères, quatre ponctuations musicales, du Beethoven, marquent l’itinéraire échevelé de Cyril, entre le bois, la cité et la station-service.
La dernière création des Dardenne a été bien accueillie à Cannes. Elle s’inscrit dans le droit fil des précédentes. La Promesse, Le Fils, L'Enfant répètent la même question : quelle filiation, quelle parentalité ? Les frères donnent le mot de la fin.
Luc : "Nous sommes tous des 'fils de" et des "filles de'…"
Jean-Pierre : "Nos sociétés starifient l’individu. Peut-être est-ce en réaction à cela que nous revenons toujours sur l’idée du lien. Même si ce dernier n’est pas toujours biologique, la preuve entre Samantha et Cyril."
Comparé à Terence Malick, les Dardenne sont des rapides (un film tous les trois ans). L’arbre de vie (The Tree of Life) a mûri 30 ans dans la tête d’un réalisateur qui a accouché de cinq films seulement sur un demi-siècle. Terence Malick cultive le culte du secret. Il a d’ailleurs esquivé la presse après la projection cannoise. Il était peut-être échaudé par les huées d’une partie de la salle. Sa dernière œuvre est déroutante mais ne mérite nullement d’être conspuée. Le père des Moissons du ciel et de La Ligne rougea le culot monstred’exprimer un poème symphonique, ode à l’amour, à l’espoir et au pardon, aux accents sacrés. Le cinéaste texan nous emmène dans un voyage cosmique, des origines de la vie au-delà de l’existence terrestre. Entre la préhistoire et l’éternité, la décomposition insidieuse d’une famille du Midwest dans les années '50 sert de lien entre l’infiniment grand et la minuscule aventure humaine.Jack est l’aîné de trois enfants. Il ne sait à qui s’identifier : à sa mère, pleine de grâce et d’amour ou à son père (Brad Pitt), intransigeant et déterminé à inculquer à ses fils les vertus de la réussite américaine : volonté et âpreté. La mère, qui ne dit mot, ne consent pas, réprouve son mari d'un regard de plus en plus violent et désemparé. La vie n’oscille-t-elle pas entre deux pôles ; la douceur féminine et la rudesse masculine ? Jack (Sean Penn) adulte se souvient de son enfance en opposition crâneuse au père. Il cherche le sens de cet antagonisme profond ; il interroge aussi le sens de sa vie dans un monde régi par l’avidité. "Le monde est fichu. Je vais dans le mur". Jack cherche la lumière. Les façades vitrées de gratte-ciels géants renvoient les rayons du soleil et l’azur céruléen. La lumière se heurte aux tours de verre et d’acier tandis qu’elle diffuse à travers la ramure d’arbres déployés vers la lumière divine.
L’approche mystique et l’ambition cosmogonique détourneront certains spectateurs. Plusieurs taxeront la démarche de prétentieuse, voire pompeuse. N’empêche, quelle lumière, quel son, quel montage virtuose ! Les vagues d’images entraînent la réflexion, la maturation après la projection. Malick construit un puzzle dont l’agencement échappe au premier regard. En cela, il sollicite plus l’intellect que l’affect. Les références sont légion : Kubrick, van Dormael, Magritte, les peintres symbolistes. Alexandre Desplat signe la partition originale, les musiques complémentaires étant puisées dans les chants religieux, Berlioz, Smetana, Cassidy…
Une respiration familière après ces deux géants cinématographiques, la quête de la fontaine de Jouvence avec Jack Sparrow, célèbre Pirate des Caraïbes. N’étant pas un inconditionnel de la série (4e épisode déjà), je suis ravi d’écrire que je me suis bien amusé, surtout dans la deuxième moitié. Le chant des sirènes vampires est envoûtant, Barbe-Noire est très méchant, Angelica revient sous les traits de Penelope Cruz et Johnny Depp cabotine avec brio, toujours aussi charmeur, imprévisible, manipulateur. Un vaisseau lance-flamme et un sabre magique épicent la croisière, terriblement alambiquée. La fin du film paraît sous-entendre que Sparrow pourrait prendre sa retraite. Démenti : Johnny Depp teste déjà de nouvelles facettes de son personnage auprès de ses enfants.
Visions de presse simultanées aujourd’hui à Bruxelles, Paris, Cannes et Amsterdam pour La conquête. Le film de Xavier Durringer sort ce mercredi sur nos écrans. Le distributeur français a tardé à montrer le film parce qu’il craignait que l’Elysée en empêche la sortie.Le récit corsé de l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence française est attendu avec curiosité. Le scénariste Patrick Rotman, fin connaisseur du landerneau politique a mêlé passages inventés et scènes authentiques. Denis Podalydès a relayé François Cluzet démissionnaire dans la peau du petit Nicolas. Entretemps, la présidence a fait savoir qu’elle respectera la liberté de création. Mais Nicolas et Carla ne verront pas le film, a déclaré le président à Télérama : "Mieux vaut une bonne psychanalyse pour accepter son image que voir son intimité mise en scène, non ? Pour protéger ma santé mentale aussi. Le narcissisme n’est jamais la bonne solution et trop de narcissisme rend fou". Je vous dis la semaine prochaine si Nicolas a eu raison de faire l’impasse.
Tomboy, Hanna, I wish I knew : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.