Le Ligueur et mon bébé Les petites annonces La Ligue des familles Partenaires

Les coups de cœur du Ligueur

Rubriques : | Cinéma | Jeux vidéo | Livres | Musique | Théâtre |

Coeur Coeur Coeur

Tomboy, Hanna, I wish I knew.

Tomboy, Hanna, I wish I knew.

- Vérité : Comment tu t’appelles ?
- Action : Michaël.
Laure répond à Lisa, une fille qui la prend pour un garçon. Un mensonge plausible dans la bouche de cet enfant androgyne. Nouvelle venue dans le quartier, Laure/Michaël s’emploie à consolider son nouveau genre à 10 ans. Elle apprend à cracher comme les garçons, se fabrique un pénis en pâte à modeler et s’enfonce dans les taillis pour faire pipi. Lisa tombe amoureuse de Michaël. Elle le déguise en fille et la maquille. "Ça te va bien, dit-elle, un peu troublée." Combien de temps Laure va-t-elle donner le change sans être démasquée ? Sa petite sœur est la première à comprendre la supercherie. La cadette marche à fond, contente d’avoir un grand frère pour la protéger.

Trouble, hésitation, confusion, Céline Sciamma orchestre habilement une identité sexuelle expérimentale dans son deuxième film Tomboy (Garçon manqué). Michaël cherche son genre dans le regard des autres ; il est clair à l’extérieur (le garçon) et il doute à l’intérieur (la fille).

Le sexe biologique assigné à la naissance ne suffit pas, note Véronique Rouyer, psychologue spécialisée en développement de l’enfant. On devient femme ou homme par le jeu de la socialisation. La personnalité se forge entre biologie et socialisation, entre l’inné et l’acquis. Une troisième dimension psychologique, souvent oubliée, intervient dans la construction de l’identité : c’est la part personnelle de l’enfant, la façon dont "il s’approprie les normes socioculturelles relatives aux rôles de sexe- assigné biologiquement- tout en développant son identité sexuée subjective, c’est-à-dire le sentiment d’être un garçon ou une fille."

Tomboy épouse justement cette valse-hésitation, ce moment où tout peut basculer. Laure est indéterminée, elle teste une identité sociale et subjective l’espace d’un été ou peut-être plus longtemps encore. La réalisatrice de La Naissance des pieuvres paraît sans parti pris. Elle surligne toutefois le rôle de l’autorité maternelle qui renvoie à la réalité biologique dans un affichage vestimentaire qui ne résout rien : Laure garde sa tête de garçon. Un propos sous-jacent suggère la liberté de choisir une autre loi que celle du genre normé par la société. L’air de rien, la cinéaste adopte un point de vue engagé. Est dupe qui voudra. A l’inverse du dramatique Boys don’t cry (1999, avec Hilary Swank) sur le même thème, Céline Sciamma signe un film léger, à hauteur d’enfants, tourné avec un appareil photo-caméra, très approprié pour capter le jeu parfois trop scénarisé des enfants.

 

Le festival de Cannes réduit la vague des sorties. Parlons donc un peu de la Croisette, très belge francophone cette année. Le gamin au vélo des frères Dardenne roule en compétition officielle et sort sur nos écrans dès le 18 mai. Cinq autres films sont présentés dans diverses sections, notamment Les géants, le petit dernier de Bouli Lanners, à la Quinzaine des réalisateurs. Incompréhensiblement, Pourquoi tu pleures, un navet de première, clôt la semaine de la critique. Sûr que Robert De Niro, président du Jury sera plus exigeant sur la qualité.

Je n’ai pas vu Hanna (dont la sortie a, par ailleurs, été repoussée au 6 juillet), qui pourrait être un petit bijou, à lire le scénario et le nom du réalisateur, Joe Wright (Orgueil et préjugés, Reviens-moi). Une fille des bois retrouve la civilisation, dans une famille british très guindée. Hanna apprend qu’elle a été programmée pour tuer dans son enfance, plus tôt donc que Jason Bourne ou XIII. La CIA est responsable de ce conditionnement de mineur. Principes de base : savoir s’adapter ou mourir et garder son sang-froid, même dans le sommeil. L’action (décoiffante) se déroule en Allemagne et au Maroc sur une partition inspirée des Chemical Brothers.

Beaucoup plus calme et dépaysant : I Wish I Knew, 2 heures d’histoire sur la Chine de Shanghai. Une vingtaine de témoins racontent leurs souvenirs ou ceux de leurs parents. Les témoignages sont entrecoupés d’images actuelles, d’archives et d’extrait de films. Jia Zhang-Ke dénoue trois fils conducteurs pour tisser une toile cosmopolite. Il s’appuie sur l’histoire, le cinéma et la mémoire de narrateurs le plus souvent aisés, qui ont quitté Shanghai. Le documentaire charrie nostalgie et modernité. Les images tracent un portrait chinois pétri d’abnégation, de nationalisme et de labeur. Le cinéaste distille un subtil désenchantement à l’égard d’un pays devenu la première puissance économique mondiale. La Chine grandit à l’extérieur mais rien ne change pour les locaux moins nantis. Le fleuve sépare toujours la vieille ville de la cité moderne, plantée de tours orgueilleuses, tel le centre financier haut de 100 étages sur 474 mètres. Au-delà des eaux, immuables, les ruelles avec les échoppes, le linge pendu aux fenêtres et les Anciens qui jouent au Mah-Jong.

Patrice Gilly

The Company Men, Le puzzle, Norwegian Wood, De l’eau pour les éléphants : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

 

Autres coups de cœur pour cette rubrique

 

Haute Ecole de la Province de Namur
 Collège de Godinne-Burnot
Les choix du ligueur
Concours de la semaine
Les favoris du ligueur
Donnez-nous votre avis...


Copyright © 2002-2012 Ligue des Familles | Droits d'utilisation | Politique de confidentialité | Site réalisé par Create2.be