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Source code, La fille du puisatier, Planet Plastic, Route Irish

Source code, La fille du puisatier, Planet Plastic, Route Irish

Source Code nous embarque dans un voyage cérébro-temporel. Le spectateur n’a aucun répit à bord d’un train lancé vers Chicago et un attentat certain. A moins qu’un passager ne réussisse à démasquer le poseur de bombe. Le soldat Colter Stevens est chargé d’une mission quasiment impossible : se projeter dans le corps d’un voyageur et revivre les 8 minutes précédant l’explosion du convoi. Personne ne sait combien de fois Colter peut retourner dans le passé, mais chaque expédition réduit les chances de succès. Entre les retours en arrière, Colter se retrouve dans un caisson, en liaison via écran avec une capitaine psychologue (dénommée Goodwill = bonne volonté), qui l’aiguille dans son enquête. Le programme expérimental Source Code réaffecte le temps, ne modifie pas le passé, peut changer l’avenir.

Je n’en dis pas plus pour préserver le grand plaisir d’un film de science-fiction complètement abouti. Avec de petits moyens et un minimum d’effets spéciaux, Duncan Jones tient en haleine du début à la fin. Sa caméra a du style, du rythme et de la profondeur. Son histoire sans fin titille notre perception de la réalité. La répétition des scènes dans le train amène de nouveaux angles, attire l’œil sur de nouveaux détails. Quelle réalité percevons-nous vraiment ? Les images initiales (croisements de fleuves, de trains et de routes) figurent les connexions infinies du cerveau. Un formidable organe aux capacités insoupçonnées. Pour tout public.

  La fille du puisatier prolonge l’histoire d’amour entre Daniel Auteuil et Marcel Pagnol. En 1986, Jean de Florette et Manon des sources propulsaient l’acteur français vers les César. La famille de l’écrivain a proposé à Auteuil de tourner une nouvelle version du roman de leur aïeul 70 ans après que Marcel Pagnol ait porté lui-même son œuvre à l’écran, avec Fernandel et Raimu dans les rôles-titres. Celui qui incarna un pathétique Ugolin a eu le coup de foudre pour ce drame qui finit bien. Il signe un film de facture classique qui souffle le Mistral et sonne bien l’accent provençal. La langue chantante de Pagnol dit des choses graves avec des mots au grand cœur.

Le puisatier répudie sa fille perdue. Patricia (18 ans) a eu l’enfant du péché avec un fils de la haute. Jacques part à la guerre au lendemain d’une folle nuit à la pleine lune. Il ignore que Patricia porte son enfant. Ses parents taisent l’état de la fille du puisatier, indigne de leur fils. Felipe, bon et un peu couillon, épouserait bien la jeune mère, mais celle-ci ne l’aime pas, à la grande déception du puisatier. Daniel Auteuil, Kad Merad, Jean-Pierre Darroussin, Sabine Azéma représentent chaudement la vieille garde. Astrid Bergès-Frisbey et Nicolas Duvauchelle forment un couple contrasté. Les acteurs, le texte, les propos à la fois drôles et profonds, légers et tristes emportent l’adhésion et gomment le manque de métier d’Auteuil réalisateur.

Plastic Planet est finalement une affaire de famille. Le grand-père de Werner Booter travaillait dans le plastique. Son petit-fils sillonne le monde pour connaître la composition d’une matière omniprésente dans notre quotidien (jumelles, biberon, voiture, jouets, seins en silicone…). Le documentariste trouve souvent langue de bois et porte close chez les producteurs. Il ne réussit pas à obtenir la formule du précieux mélange, dérivé du pétrole. Mais il accumule une foule d’informations à charge d’un produit insidieusement nocif à la santé. Le plastique nous entoure d’une carapace invisible. Il flotte à la surface des océans et nourrit les poissons qui prennent le plastique corrodé pour du plancton. La matière chimique met 200 à 500 ans à se décomposer. Une fois l’an, les habitants d’une île japonaise en face de la Corée nettoient les rivages jonchés de bouteilles et de sacs venus d’on ne sait où. En deux jours, les volontaires remplissent 120 camions. Les multinationales de la chimie (Bayer, Dow Chemical, Shell Oil, Mitsubishi) ferment les yeux sur les risques sanitaires de leurs fabrications. En 1999, ils affirmaient l’innocuité du bisphénol, présent dans les tétines et les biberons. L’inverse a été prouvé récemment. La dégradation du plastic génère des toxines qui pénètrent dans le corps. Les phtalates altèrent les cellules, perturbent le système endocrinien.

Le plastique ne tue pas, mais nuit à la santé. CQFD sur un ton sarcastique et dans une démarche à la Michaël Moore. Nous buvons, mangeons, respirons du plastique. L’alternative ? Le bioplastique, à base d’huile végétale, de canne à sucre ou de maïs. Actuellement, le plastique vert ne prend que 0,5 % du marché des 260 millions de tonnes produites par an dans le monde. Autre solution, consommer moins de plastique. Remplacer le plastique qui prend un aspect laiteux en se dégradant par des récipients en terre cuite ou en faïence. Werner Boote se met en scène et pose les bonnes questions. Le film est décliné dans un livre publié chez Actes Sud : Plastic Planet, la face cachée des matières synthétiques.

Route Irish finit dans une impasse. Ken Loach dénonce lourdement la privatisation de la guerre en Irak. Des sociétés engagent d’anciens militaires comme agents de sécurité. L’un d’entre eux meurt dans des circonstances mystérieuses. Son ami de toujours, revenu à Liverpool, mène l’enquête et sombre dans la démence et la culpabilité. L’histoire personnelle prend le pas sur la dénonciation d’un système très lucratif. Violence et désespoir assombrissent pesamment une mise en scène en pénurie de contexte politique.

Patrice Gilly

 

 

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