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Si tu vas à Rio, n’oublie pas ton ara bleu dans la samba du carnaval. Le réalisateur de L’Age de glace 2 et 3 retourne à son Brésil natal. Carlos Saldanha nous entraîne dans une aventure emplumée au pays du football et de la baie du Pain de sucre. Le célèbre Christ qui domine la métropole vaut le vol en 3D. Mais Blu ne sait pas voler. Sa valeur tient à sa rareté, dernier mâle des perroquets bleus, destiné à s’accoupler à Jewel, dernière femelle de son espèce, éprise de liberté. Très tôt déporté au Minnesota, Blu n’a connu que la librairie de sa chère Linda qui l’a élevé comme un coq en pâte. Jewel et Blu, le feu et l’eau. Ces deux tempéraments opposés affrontent une bande de braconniers dans un Rio reconstitué avec minutie. Blu force sa nature domestiquée et vole au secours de sa belle. Heureusement, l’amour donne des ailes. La parade des oiseaux dans la jungle amazonienne, la baston avec les singes chapardeurs et The girl from Ipanema revisitée donne un cachet enjoué à ce xième film d’animation en attendant les cloches de Pâques.
Morning Glory constitue une excellente surprise, avec deux grandes stars sur le retour. Diane Keaton et Harrison Ford se crêpent le micro en présentant une émission de télé matinale en chute libre. Becky est engagée pour remonter l’audience. Survoltée, tenace, accro au GSM, la productrice persuade Mike, une icône de l’info de coprésenter un programme d’infotainment (info + divertissement). Mike est odieux, en parangon du journalisme pur et dur, sans concession. Il livre une bataille d’ego homérique avec la présentatrice attitrée fidèle au poste depuis le début de l’émission. Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill) réussit une comédie savoureuse, décrivant les coulisses des programmes matinaux regardés par des millions d’Américains. Les joutes oratoires entre Becky et Mike tracent les contours d’un débat éditorial : info classique ou info spectacle. L’ambiance d’une rédaction est très bien rendue, groupuscule levé aux aurores, donnant une famille à ces drogués du boulot, condamnés à la solitude au crépuscule de leur carrière. Rachel Mc Adams est parfaite en productrice à la fois forte et fragile, Patrick Wilson et Jeff Goldblum complètent une distribution 5 étoiles.
Deux films à thème composent encore la toile géante de la semaine. The Rabbit hole (le trou du lapin) aborde pudiquement la relance difficile d’un couple après le décès de leur fils. La communication est quasiment morte entre Becca et Howie. Ils voient l’avenir différemment. Becca veut oublier le passé et ne garder aucune trace visible de l’enfant défunt. Howie passe des heures à regarder des vidéos cultivant le souvenir du disparu. Becca est fermée à toute émotion. Elle prend ses distances avec sa famille, notamment avec sa mère, également orpheline d’un fils. Le couple tangue. John Cameron Mitchell s’appuie sur Nicole Kidman et Aaron Eckhart pour adapter à l’écran une pièce de théâtre très prisée à New-York. Comment survivre à la perte d’un enfant ? Personne n’a de recette miracle. Le deuil est affaire personnelle. Le couple grandira à travers les épreuves, si les partenaires se font confiance et s’épaulent tout en respectant le cheminement de chacun.
In a better world (Revenge) disserte sur l’écrasante présence de la violence sous toutes les latitudes. Deux garçons préadolescents tirent le fil rouge d’une démonstration sur les pulsions destructrices. Les pères défaillants, parce qu’absents, semblent porter une part de responsabilité. Leurs deux fils mènent une vendetta contre un quidam qui a insulté Anton, le papa d’Elias. Christian a pris la défense d’Elias à l’école. Il ne supporte pas non plus de voir Anton se laisser humilier. Le décès de la mère de Christian l’a empli d’une douleur rentrée en colère. Comme Christian, Anton, médecin humanitaire, sent la violence poindre face à la barbarie d’un chef de clan au Darfour. La spirale de la violence est une vis sans fin.
Susanne Bier (After the wedding, Brothers) nous avait habitués à plus de subtilité et de chaleur dans ses films précédents. La mise en scène est précise, les acteurs jouent juste. Et pourtant, l’émotion ne perce pas, peut-être parce que l’on éprouve difficilement de l’empathie pour les protagonistes, simples pions d’un film à thèse.
La réalisatrice de Twilight dépoussière Le Chaperon rouge. Catherine Hardwickeplace un loup garou sur le chemin de Valérie, jeune vierge pure. Elle est la seule à parler au loup, en quête d’une apprentie pour lui transmettre le don. Les trois nuits de la lune rousse, (tous les 13 ans), le monstre recrute un successeur. Le jour, le monstre reprend forme humaine. Mais Valérie a plongé dans le regard de la bête. Elle scrute maintenant les visages amis et se méfie de tous. Classe, style et tension incitent à la promenade au fond de la sombre forêt. Julie Christie tient le rôle de la grand-mère. Amanda Seyfried est sa petite-fille.
Après Bébel, Dupontel. La relève de Jean-Paul Belmondo, acteur cascadeur est assurée. Dans La Proie, Albert (Dupontel) slalome (court) à contresens sur une voie rapide, saute sur un train en marche, froisse de la tôle dans une poursuite homérique. Les scènes d’action sont très réussies. Albert cherche encore un physique. Ses cheveux sont tantôt ondulés, tantôt gominés à la Giraudeau dans Rue barbare ou à la Delon dans Borsalino. Le prisonnier en cavale a la rage, gros yeux et regard implacable. Ses partenaires de carambole sont aussi inexpressifs. Un polar radical et extrême, déjà vu 100 fois. 101 peut-être pour les cascades.
Ghostface réapparaît dix ans après. Wes Craven est toujours aux commandes d’une série culte du film d’horreur. Scream 4 perpétue la tradition du film d’épouvante léché des années '90. Effets spéciaux s’abstenir. Et ça fonctionne ! A 72 ans, Wes connaît la montée du frisson, lui qui est aussi le père de Freddy. Une découverte pour ceux qui n’ont pas vu les trois premiers. Nostalgie pour les habitués (le premier volet est sorti en... 1996 !). Neve Campbell et David Arquette ont juste un peu grossi.
Une mention aussi pour cet autre pilier des plateaux de cinéma. A 102 ans, Manoel de Oliveira signe L’étrange affaire Angelica, une œuvre intemporelle, tournée à l’ancienne, dans des décors minimalistes. Le fleuve sépare la ville de la campagne, délimite passé et présent. La chambre d’Isaac est coupée en deux, par le fil sur lequel il fait sécher ses photos au soleil. Le photographe amateur immortalise les ouvriers de la vigne, qui travaillent manuellement une terre dure et aride. Une nuit, Isaac est appelé pour tirer un ultime portrait d’une jeune fille morte juste après son mariage. Il en tombe éperdument amoureux. Le visage d’Angelica hante ses jours et ses rêves. Isaac aimerait tant rejoindre son ange. Le vénérable cinéaste portugais invite à quitter l’ordinaire pour l’imaginaire : "Dansez !/ ô étoiles, qui suivez constantes, d’immobiles vertiges mathématiques !/ Délirez et fuyez pour quelques instants la trajectoire à laquelle vous êtes enchaînées."