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Winnie l’Ourson, Titeuf, Argent facile, Sans limites, Même la pluie, La nostra vita

Winnie l’Ourson, Titeuf, Argent facile, Sans limites, Même la pluie, La nostra vita

Walt Disney a ressorti ses bons vieux crayons et dessine manuellement les aventures de Winnie l’Ourson, 35 ans après sa dernière apparition à l’écran. Avec Winnie, la vie est aussi douce que du miel. Il n’en a jamais assez, son ventre gargouille souvent. Son ami Porcinet l’aide à piller une ruche, toute une aventure. Mais il y a plus grave, Bourriquet, l’ânon a perdu sa queue. Winnie et sa bande, Coco Lapin, Tigrou, maman Gourou et petit Gourou se mobilisent pour chercher l’organe manquant.

Le 51e film d’animation des studios Disney convient parfaitement aux enfants de 3 à 6 ans. L’histoire est bouclée en une heure dans l’univers familier des livres de contes lus aux enfants avant de dormir. Le récit va et vient entre un album cartonné et le plein écran. Winnie dérape sur les lettres d’un paragraphe longuet et se tire d’un mauvais pas grâce à une échelle de lettres. De gentilles chansonnettes agrémentent un spectacle parfait pour familiariser vos plus petits avec le cinéma.

 

 Zep, le père de Titeuf, sort sur grand écran son enfant cantonné depuis près de 20 ans dans les cases dessinées. Le garçon à la mèche en forme d’œuf, d’où son nom Titeuf, emmène son petit monde au cinéma. Pôpa et Môman aussi. Justement, Môman en a marre de la vie de couple. Elle s’en va prendre du recul chez Mémé. Titeuf n’y comprend que dalle : les adultes sont tellement compliqués. Ça se complique aussi pour le fils, "pô" invité à l’anniversaire de Nadia. On sait que les filles, ça ne sert à rien. Mais Nadia, c’est "elle que je veux me marier avec", marmonne Titeuf.

Copie conforme de la BD, tous les plans sont tracés sans image de synthèse. Plusieurs moments savoureux sont très marrants. Les parents apprécieront la musique, signée Jean-Jacques Goldman, avec une chanson de Zep, chantée avec Bénabar, Souchon et Cabrel. Cerise sur la bande sonore, Johnny Hallyday en guest star dans une séquence où il joue un aventurier sur le retour. À partir de 8 ans, mais 10 ans, c’est mieux, car Titeuf pose beaucoup de questions : comment se faire des amis ? C’est quoi un psy ? Une famille recomposée, pourquoi ? La 3D est dispensable.

Les amateurs de polars sont gâtés cette semaine. D’abord, la 5e édition festival du film policier de Liège, du 7 au 10 avril. Une centaine de projections sont prévues, dont cinq avant-premières. Au cinéma Palace, 5 euros la séance seulement, 22 euros le pass. Les 10 000 spectateurs attendus goûteront aux différentes sections : focus américain, crimes contre nature, panorama… cette dernière présentant une sélection de films encore inconnus en Belgique.

Snabba Cash (Easy money) quitte les sentiers battus du thriller classique. Ce suspense nerveux et ambitieux nous vient de Suède, pays de Millenium et de l’inspecteur Wallander. Daniel Espinosa adapte le premier roman d’une trilogie intitulée Stockholm noir. L’auteur, Jens Lapidus, ancien avocat, connaît parfaitement la pègre suédoise. Le crime organisé s’est implanté dans les années 1990 et représente une menace systémique pour la société. Ces néo malfrats sont organisés en réseaux ethniques. Ils brassent des montagnes de billets mais ne savent qu’en faire. JW, étudiant en économie et arriviste, conseille un de ces clans. JW a besoin de cash pour fréquenter la société friquée de son cours. Il héberge un trafiquant de drogue en cavale et se frotte à un gangster serbe en rupture de ban.

Montage nerveux, temporalité éclatée, Snabba Cash innove par un style sombre, brut et parfois inutilement tape-à-l’œil (assez violent). On sent l’influence d’un Michael Mann, coutumier des face-à-face entre caïds à la peau dure. Sauf que JW est fragile, que le trafiquant a une sœur enceinte et que le gangster veut protéger sa fille. Les trois ont un point faible, tandis que la police est étrangement absente. La Suède est-elle à ce point dépourvue face à la mondialisation du crime ?

 

Sans limites (Limitless) clôt le cycle polar de la semaine. La tonalité policière est noyée dans un mélange de genres : humour, tension, zeste de gore. Surnage finalement un portrait speedé de l’homme hypermoderne condamné aux artifices pour sortir du lot. Un médicament expérimental tire Eddie de sa torpeur d’écrivain raté et centuple ses facultés intellectuelles. Il écrit son bouquin en quatre jours, apprend le piano en trois et boursicote à coup d’algorithmes gagnants. Il passe gourou financier. Le pied, s’il n’y avait pas les effets secondaires du médoc performant : perte de la notion du temps, dédoublements de personnalité. Neil Burger (L’illusionniste) capte des références littéraires dans American psycho ou Le bûcher des vanités pour distiller quelques piques sur ce monde inhumain, infesté de tricheurs, de méchants, de faux-semblants. Le jeune loup (Bradley Cooper) terrasse le chef de meute (Robert De Niro). Un film roublard et un tantinet racoleur.

Tambien la lluvia (Même la pluie) ose un film politique de gaucheen articulant trois récits convergents vers une évidence : rien n’a vraiment changé sous le soleil. Le tournage d’un film d’époque met en parallèle l’oppression des indiens par Christophe Colomb au XVe siècle et la guerre de l’eau à Cochabamba en 2000. Sebastian et son producteur tournent en Bolivie parce que les figurants sont bon marché. La résistance des indiens pauvres aux multinationales de l’eau interpelle la conscience de l’équipe du film. Le cinéma est-il vraiment plus important qu’une lutte sociale ? Faut-il aider la modernité à triompher du "victimisme", credo du maire de Cochabamba, partisan de la privatisation de l’eau et dépendant des investissements internationaux. La réalisatrice espagnole Iciar Bollain, surligne son message militant en insistant sur la confrontation entre la colonisation de Colomb et l’exploitation des figurants. On ferme les yeux sur ce défaut et on ouvre son cœur pour ne retenir que la maestria esthétique et narrative, notamment les scènes dans la forêt amazonienne et un final haletant sur fond d’émeutes urbaines. Paul Laverty, complice attitré de Ken Loach, signe un scénario habile.

La nostra vita plonge dans l’Italie du labeur, dans la famille aux rêves inassouvis et si banaux : un voyage en Sardaigne, un appartement à soi. Au décès de sa femme, morte en couches du troisième, Claudio néglige ses enfants et n’a pas un regard pour le nouveau-né. Fou de douleur, il se lance à corps perdu dans la consommation et le travail. Il sombre. Heureusement, la solidarité familiale triomphe des créanciers et l’amour reprend le dessus sur la mort. Daniele Luchetti brasse trop de sujets : matérialisme, travail au noir, liens du sang, deuil inaccompli. La construction du récit flotte, mais l’interprétation d’Elio Germano, emporte l’adhésion et les failles de réalisation. La caméra subjective donne un relief documentaire à un drame social éclairant sur l’Italie de Berlusconi.

Le 29e Festival International du Film Fantastique de Bruxelles sonde les pathologies de l’esprit, du 7 au 19 avril. Douze jours de schizophrénie, d’aliénation et de psychologies déviantes. Les organisateurs du BIFF ont visionné 600 films et en ont retenu 66, la plupart projetés dans une salle géante de 1 200 sièges pourvue d’un écran de 6m x 16m, sur le site de Tour & Taxis, à Bruxelles. Très attendu, The Ward, le retour de John Carpenter après dix ans d’absence (The Thing, Le Village des damnés, Escape from New York).  

Patrice Gilly
 
Fighter, Les yeux de sa mère, Hop, Chez Gino, Ne me quitte jamais, Sucker Punch, Requiem pour une tueuse : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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