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Fighter, Les yeux de sa mère, Hop, Chez Gino, Ne me quitte jamais, Sucker Punch, Requiem pour un

Fighter, Les yeux de sa mère, Hop, Chez Gino, Ne me quitte jamais, Sucker Punch, Requiem pour un

Pour Micky, la famille c’est tout, et la boxe c’est tout ce qu’il sait faire. Dicky, son coach et demi-frère, a connu son heure de gloire en terrassant le champion des années 1975, Sugar Ray Leonard. Ce dernier a réussi sa reconversion dans les affaires tandis que Dicky sert de fil rouge (à son insu) à un documentaire sur les effets de la drogue. Micky vit dans l’ombre de l’aîné. Leur style de vie et de combat diffèrent. Micky colle au corps de son adversaire et rentre les épaules dans la vie ; Dicky tourne autour de sa proie et joue les grandes gueules. C’est aussi le chéri de maman, éternelle amoureuse, mère de 6 filles et 2 garçons. Une smala truculente qui ne loupe aucun combat de Micky, souvent perdant, faute d’ambition et mal conseillé dans le choix de ses combats. La famille a besoin d’argent et le lance contre des boxeurs de catégorie supérieure. Mais grâce à Charlène, le "petit" tient sa famille à distance et se rapproche du titre suprême. Sa stratégie est simple : il encaisse sur le ring comme il déguste dans l’existence et au dernier moment, il lâche un uppercut décisif qui déstabilise son rival.

Fighter raconte l’histoire de deux cogneurs encore vivants. David O. Russell amplifie le versant familial pour tracer le portrait de frérots définitivement inséparables, héros d’une famille des quartiers pauvres du Massachussetts. Le réalisateur des Rois du désert dépeint en quelques inserts (pom-pom girl, hommes d’affaires avec gros cigares, visages tuméfiés) la décadence d’un art plus noble du tout. Pour Dicky et Micky, ce fut toutefois la seule manière d’éclaircir le quotidien en vivant une gloire éphémère. Fighter alterne moments drôles et scènes pathétiques, comme celle où Dicky découvre en prison le documentaire qu’il croyait tourné à sa gloire. Christian Bale (Dicky) et Melissa (la mère) ont obtenu l’Oscar du meilleur second rôle. Mark Wahlberg (Micky) est à leur diapason.

Famille toujours, trois figures maternelles, Catherine Deneuve, Géraldine Pailhas et Marina Foïs dans le troisième long-métrage de Thierry Klifa, Les yeux de sa mère. Lelouch a probablement trouvé son successeur en cet ancien critique de Studio Magazine. Comme Claude, Thierry a un penchant prononcé pour la romance et les stars. Ses deux films précédents (Une vie à t’attendre, Le héros de la famille) réunissaient Nathalie Baye, Emmanuelle Béart, Miou-Miou, Danielle Darrieux, Patrick Bruel et Gérard Lanvin. Les yeux de sa mère sont ceux de Catherine Deneuve, présentatrice du 20h sur une chaîne publique. Lena a sacrifié sa vie de famille à son métier. Elle ignore que sa fille a eu un enfant à 16 ans. Maria est partie vivre en Espagne après avoir confié son enfant à des parents adoptifs. Un écrivaillon fouille-merde (Nicolas Duvauchelle) les rapproche indirectement. Il écrit une biographie non autorisée sur les deux femmes avant de retrouver le fils adopté en Bretagne.

Le scénario tient du roman-photo. Les acteurs tirent leur épingle du jeu mais sont noyés dans la surcharge de ressorts dramatiques artificiels. En dévidant trois destins en parallèle, Klifa perd un peu le fil de l’histoire et du coup, ses personnages restent superficiels. Les rebondissements multiples servent surtout à épaissir l’intrigue. N’empêche, la grande Catherine est indulgente. "Ce romanesque, cette sensibilité, cette manière d’exacerber les sentiments et les émotions, cette forme de romantisme, c’est lui. Et c’est ce qui est touchant justement. Et puis, il aime beaucoup les actrices et les acteurs". Pas vous ?

Famille encore pour voir ensemble Hop. Tim Hill mêle des prises de vues réelles et peluches animées. Une technique que le cinéaste maîtrise pour l'avoir éprouvée sur Garfield 2 et Alvin et les Chipmunks. Robbie, lapin adolescent, dont le père dirige une chocolaterie secrète, veut être batteur. Cette rupture de la tradition provoque un séisme dans cette famille qui prépare les cloches et œufs de Pâques depuis 4 000 ans. Robbie part à Hollywood et rencontre Fred, un célibataire de 30 ans. Notre chaud lapin pourrit la vie de Fred tandis qu’un méchant convoite l’entreprise familiale. Du cousu main pour une après-midi cinéma en famille. J’avoue un faible pour les lapins en peluche.

José Garcia chez Samuel Benchetrit (J’ai toujours rêvé d'être un gangster), c’est totalement inattendu. L’acteur comique est poilant en patron de pizzeria bruxelloise obligé d’endosser le profil d’un parrain de la mafia pour toucher la d’héritage d’un oncle, honorablement connu dans le milieu. Gino se prend au jeu au point d’inquiéter un vrai truand (Sergi Lopez). L’hommage à la comédie italienne est évident, avec un rythme soutenu et des personnages chaleureux. On rit de bon cœur Chez Gino. On a l’esprit de famille aussi. Anna Mouglalis gagne son brevet comique.

Moins marrant si vous apprenez que votre corps n’est qu’un stock de pièces détachées ? Pourtant, Kathy, Ruth et Tommy acceptent docilement leur vie de clones voués à disparaître après trois ou quatre dons d’organes. Les donneurs réellement amoureux bénéficient d’un sursis avant de passer sur la table d’opération. Avec Never let me go, Mark Romanek porte à l’écran un roman de Kazuo Ishiguro. Les tonalités de la campagne anglaise sont moroses comme l’humeur résignée des trois jeunes donneurs suivis sur une vingtaine d’années. Une œuvre académique qui pose la question de l’identité dans un monde uniformisé. L’ancienne directrice d’école (Charlotte Rampling) des pensionnaires de Hailsham (l’établissement a été fermé à cause de son éthique des dons) conseille ses élèves devenus grands et curieux de leur avenir : vous devez savoir ce que vous êtes, dit Miss Emily, c’est la seule façon de mener une vie décente. Avec Carey Mulligan (Wall Street 2), Keira Knightley (Last Night) et Andrew Garfield (Le réseau social) très justes dans des rôles atones.

Pas grand-chose à dire de Requiem pour une tueuse, un policier qui louche sur Nikita et l’Américain. Mélanie Laurent, en Lucrèce cantatrice empoisonneuse et Clovis Cornillac lancé à ses trousses sont inexpressifs dans ce premier film de Jérôme Le Gris, au scénario abracadabrant. Sucker Punch ne vaut pas mieux. Le dernier de Zack Snyder était très attendu. Cette fois, le réalisateur de 300 et des Gardiens écrit, tourne produit lui-même un jeu vidéo géant, répétitif, creux, abrutissant et inutilement violent dans ses épisodes non "rêvés". La bande sonore, à fond les manettes, composée de chansons, est censée exhumer les sentiments enfouis au fond des héros. Héroïnes, en l’occurrence, quatre bimbos, légères et court vêtues (style soubrette) même quand elles nettoient les couloirs de l’asile où elles sont enfermées. Snyder prétend bousculer le cinéma conventionnel à l’image de ce temple shinto anéantit par un samouraï d’un Xe type. Les notes de production détaillent les ambitions esthétiques du réalisateur. Dont acte. Seulement le montage est tellement rapide que l’on rate les références à la peinture religieuse du 16e siècle. Désolé Zack. Espérons que ton Superman attendu en décembre 2012 sera plus inventif.

Tambien La Lluvia (Même la pluie), le coup de cœur mensuel de Cinéfemme nous réconcilie avec le cinéma, le 3 avril à 10h45 à l’Arenberg, Galerie de la Reine, à Bruxelles. Iciar Bollain propose trois films en un, sur fond de révolte populaire contre la privatisation de l’eau en Bolivie en 2000.

Je vous avais promis un mot sur L’Agence, avec Matt Damon et Emily Blunt. Curieusement, elle n’est pas encore ouverte près de chez moi. Mes confrères de la presse cinéma et des spectateurs témoins n’en disent que du bien. Faites-leur confiance.

Patrice Gilly

Sound of Noise, Ma part de gateau, Barney's Version, Une pure affaire : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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