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Sound of noise (le bruit du son) trompette la vitalité du cinéma scandinave. Ola Simonsson et Johannes Stjärme Nilsson n’ont suivi aucune école de cinéma. Ces graphistes de formation ont composé leur premier long-métrage sur une palette sonore assemblée une année durant. La partition finale est emballante et terriblement originale. Les deux Suédois orchestrent un polar noir, ponctué d’humour à contrepied et de portées anarchistes. L’intrigue va crescendo pour exploser dans une apothéose à couper le souffle et… le son. Ce film fera du bruit.
L’inspecteur Amadeus Warnebring est allergique à la musique en général. Il est le mouton noir d’une famille où tout le monde est musicien. Amadeus fait pâle figure à côté d’un frère prodige chef d’orchestre. Lorsque lui est confiée une enquête musicale, il vit un cauchemar, souffrant en outre de troubles auditifs. Six batteurs fous mènent une offensive contre la ville polluée par des bruits et des musiques diverses (celle diffusée dans les grands magasins, par exemple). Les Six Drummers se sont mis en quête des meilleurs sons en jouant et en enregistrant des objets du quotidien convertis en instruments de musique. Leur symphonie compte quatre mouvements exécutés dans une salle d’opération, une banque, un opéra et une centrale électrique. Ces détourneurs d’objets et de sons contestent l’ordre établi, assourdissent les institutions. Sans avoir l’air de le chanter, Sound of Noise incite à nous révolter contre les bruits superflus et à écouter notre musique intérieure. Le dernier mouvement à double clé est à la fois vivace et apaisant. Troppo allegro !
De l’allégresse aussi j’emportais à la vision du dernier Cédric Klapisch, avec Karin Viard (Rien à déclarer) et Gilles Lellouche (Les petits mouchoirs). Pardi, l’auteur de L’auberge espagnole, des Poupées russes et de Paris est un auteur qui compte. Ma part du gâteau s’annonçait savoureuse, orchestrant la rencontre d’une mère (42 ans) de 3 filles et d’un financier (35 ans) père intermittent. Rencontre improbable, certes, mais c’est du cinéma et on marche. En fait, ça ne marche pas longtemps.
Stéphane de retour à Paris, après 10 ans de spéculation à Londres, a besoin d’une bonne… bonne. France vient de perdre son emploi à la suite de la délocalisation de son entreprise. Elle monte à Paris pour trouver du boulot. Elle rejoint le flot des travailleuses immigrées. Mère courage suit une formation de femme de ménage et se fait embaucher par Stéphane. Celui-ci écope de la garde inopinée de son fils. Il ne connaît rien au métier de papa. Il est mufle, cynique et macho, les qualités essentielles du bon trader. La brave France va-t-elle transformer ce loup de la finance en mouton au foyer ? Ce n’est pas le propos du film. Justement, quel est le propos ? Une charge contre le capitalisme financier inhumain (Stéphane est responsable de la délocalisation de l’usine de France) ? Une romance impossible ? Ou l’utopie de vouloir rapprocher deux univers inconciliables, lutte des classes pas morte.
Klapisch hésite comme le cours de l’euro. Les actions de sa bourse créative sont intactes ; les personnages sont bien campés, les ambiances chaudes à Dunkerque et glaciales à Londres sont justes, mais les cours ne montent pas. Peut-être parce que les rapports de force sont inégaux. Les ouvriers licenciés finissent toujours par obtenir des indemnités de licenciement, seulement leur vie est brisée par des spéculateurs qui n’ont plus rien d’humain, zombies pétés d’adrénaline dans leur bulle. Vous ne serez pas déçu si vous regardez le film en suivant séparément les indices : comédie, critique sociale, numéros d’acteurs. L’indice Klapisch, lui, est à la baisse. Il devra se refaire.
À la fin de sa vie, Mordecai Richler écrit un livre politiquement incorrect, jouissif, avec pour héros, Barney Panofsky, un homme qui a une très mauvaise opinion de soi au point de baptiser sa maison de production : films totalement inutiles. Trois amoureux du best-seller canadien ont porté Barney’s Version (Le monde de Barney) à l’écran. L’occasion de découvrir la communauté juive montréalaise (ultra minoritaire) des années 1970. Barney aura une vie bien remplie : trois mariages, un meurtre présumé et Alzheimer sur le tard. Mais l’histoire de sa vie, c’est l’amour fou qu’il voue à Miriam, la femme parfaite dont il tombe amoureux… le jour de son deuxième hymen.
Le ton est donné comme ces premiers plans, sur un verre de whisky et un gros cigare cubain. La vraie nature de Barney se dissimule dans des volutes de fumées cyniques et désabusées. Barney est persuadé qu’il ne mérite pas Miriam, bien sous tous rapports. A intervalles réguliers, il consulte son père (Dustin Hoffman excellent), policier à la retraite, sur le sens à donner à sa vie qui fut longtemps une farce foireuse. Richard J. Lewis aurait pu resserrer son premier long-métrage. On lui pardonne car la vie selon Barney devient touchante lorsque le récit évolue du comique cynique à la gravité tendre. La réussite tient aussi à Paul Giamatti (Sideways) qui a endossé comme un gant la personnalité incongrue de grand romantique au fond. Rosamund Pike (Made in Dagenham) est fascinante en Miriam altière et fragile.
François Damiens a enchaîné les seconds rôles dans Rien à déclarer, L’arnacoeur et Le petit Nicolas. L’acteur belge touche le gros lot et un kilo de drogue dans Une pure affaire. Alexandre Coffre, issu de la pub mise aussi sur Pascale Arbillot, l’épouse de Benoît Magimel dans Les petits mouchoirs, pour une premier long-métrage assez enlevé. Le couple plan-plan sort des sentiers battus en vendant de la dope à qui mieux-mieux. L’argent rentre, l’amour renaît, rien de tel qu’un imprévu pour stimuler les organismes et l’existence.
Deux films à coloration fantastique sortent encore cette semaine. Le genre décline sur les grands écrans. On attend le BIFF (Festival international du film fantastique de Bruxelles) avec impatience. Je n’ai vu ni Drive Angry avec Nicolas Cage, ni l’Agence avec Matt Damon. Je ferai l’impasse sur le premier, film d’action spectaculaire prévisible et je vous parle de l’Agence la semaine prochaine. J’ai fort envie de voir si je suis vraiment maître de mon destin. David Norris, candidat au Sénat aspire à une autre vie que celle prévue par le Sort. Le changement sera mouvementé et amoureux.