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Honneur aux dames cette semaine et plus particulièrement aux femmes entrées en résistance hier et aujourd’hui.
J’ai un faible pour Made in Dagenham qui nous ramène en juin 1968, une époque où le sexe dit faible assure tandis que les hommes paradent. 183 couturières ouvrières défient le géant automobile Ford au cours de trois semaines de grève. Ces garnisseuses des sièges de voitures sont sous-payées et déclassées en ouvrières non qualifiées alors que leur boulot requiert un véritable savoir-faire. "L’armée des jupons" exige d’abord une revalorisation salariale et dans le feu de l’action étend ses revendications à l’égalité des sexes en matière de salaires. En anglais, cela se traduit par "We want sex equality", slogan affiché sur une banderole partiellement déployée devant le Parlement. Cet incident popularise la cause des suffragettes industrielles. A l’origine, le film était d’ailleurs intitulé We want Sex, titre converti par des distributeurs puritains.
L’essentiel est ailleurs. Nigel Cole, comme les réalisateurs britanniques en général, a l’art de mêler humour, tendresse et émotion pour traiter de sujets graves. L’histoire des ladies de Dagenham réveille chez le spectateur un potentiel d’indignation et de mobilisation. Qui aurait cru que ces modestes ouvrières allaient refouler les pressions syndicales, politiques et conjugales, leur suggérant pesamment de stopper une grève hypothéquant 30 000 emplois. La maison-mère américaine menace de retirer ses billes. Mais Rita, meneuse malgré elle, puis déterminée, démontre un courage incroyable pour plaider la cause de ses collègues et amies travaillant dans des conditions épouvantables. Heureusement, Rita peut compter sur l’appui de Barbara Castle, première femme à détenir le portefeuille de l’emploi dans un gouvernement. Son époux, recyclé en homme au foyer (la cata), finit par adhérer au combat de Rita, ce qui donne une de plus belles scènes du film. Ah, elles en ont, ces gaillardes…
Le souffle des femmes qui résistent maintient l’espoir vivant du Brésil au Cambodge, de l’Inde au Kenya. Pour leur rendre hommage, le photographe JR tapisse les lieux les plus improbables de portraits géants de ces femmes qui contestent la domination masculine ou qui ont affrontent de terribles drames. Rosiete, 45 ans, habitante d’une favela au Brésil. Elle ouvre la Maison des veuves, à la suite d’un règlement de comptes entre trafiquants de quartiers voisins. Les maris ont été découpés en morceaux. "Partir, c’est tout perdre, alors on reste et on se remonte le moral". Peng Phan fonde une association d’aide aux enfants orphelins au Cambodge. Jacinta est devenue "femme d’affaires" au Kenya. Elle récolte les pommes de terre, les épluche, les lave et vend des frites. Son mari l’a abandonnée lors d’une guerre civile. "C’est tellement bon de savoir que l’on s’intéresse à vous", disent ces femmes réunies dans un livre présenté en grandes pompes.
Pour JR, Women are Heroes, (les femmes sont des héros). Ces portraits vivants reflètent le rayonnement extraordinaire de ces femmes exceptionnellement ordinaires. Le documentaire tient du Street Art et du journalisme. Le montage très graphique ravit et surprend l’œil, particulièrement dans un final astucieux et émouvant.
Transition ado avant de parler d’une femme martyre. Les studios Disney connaissent la recette du film teenager. De l’action, du suspense, de la romance, un zeste de frisson, le tout emballé ici dans la science-fiction. Numéro 4 est un gentil extraterrestre descendu sur terre sous enveloppe humaine. Il est voué à l’anonymat pour échapper aux méchants aliens colonisateurs. Sa mission est de protéger notre belle planète contre ces horribles créatures. John, escorté d’un guerrier protecteur, plie bagages dès qu’il est repéré. Il ne supporte plus cette vie d’errance, même s’il apprécie de plus en plus ses pouvoirs surnaturels. Dans l’Ohio, le doux E.T. (genre Edward de Twilight) tombe amoureux de Sarah, ce qui lui est rigoureusement interdit. Heureusement, numéro 6 (genre fille Top Gun à moto) vient à la rescousse. Dit comme ça, ça peut paraître bébête. Mais au-delà du divertissement d’honnête facture, certains (dont moi) verront une critique masquée de l’Amérique profonde, rurale, décadente. Les gosses obèses qui se gavent de chips en regardant la télé dans la voiture ; la singularité, synonyme de bannissement. Et encore, ce zoom arrière qui éloigne Sarah, sur fond de cimetière, drapeau américain en berne. John reviendra, c’est sûr, mais le temps presse. Le salut terrestre viendra de l’extérieur pour sauver la jeunesse de la déprime. Un avertissement feutré de l’oncle Disney à son homologue Sam.
Umay a un caractère bien trempé. Elle marque sa différence en quittant Istanbul et un mari violent. La jeune femme emmène son fils pour se réfugier dans le havre de son enfance à Berlin. Hélas, elle retrouve une famille, (deux frères et une sœur) rivée à la tradition turque et musulmane. L’attitude d’Umay rebute profondément le patriarche. La fille reste avec son époux, même battue : "Elle n’a pas à se conduire comme un homme". La mère ferme les yeux aussi. Répudiée partout, Umay élit domicile dans un foyer pour mères célibataires. Elle devient Die Fremde (L’étrangère). Ce premier film d’une jeune réalisatrice autrichienne n’évite pas le mélo et le pathos. Mais il pointe de la caméra les conditions quasi carcérales des femmes soumises à la loi (mâle) du clan. Foe Aladag force le trait tout en s’appuyant sur des témoignages vécus. Un véritable coup de poing.
Leila court comme un homme. Elle sort de prison.Yannick a la rage. Il a perdu la vue dans un accident de voiture. Il pratique l’athlétisme. Il s’entraîne sur 400 m avec un guide auquel il est rattaché par une corde. Ces deux énergies se rencontrent et essayent de s’accorder au stade et dans la vie. Courir avec l’autre, courir l’un pour l’autre. Se faire confiance, rester au contact, sentir l’épaule, le bras, synchroniser les foulées. Vivre ensemble. D’accord, c’est cousu de fil blanc. La ligne droite touche cependant grâce à la bouteille de Régis Wargnier (Indochine, Une femme française) que l’on n’attendait pas dans un film à petit budget. Le réalisateur est un fan d’athlétisme. Le spectateur découvre les coulisses du handisport en compagnie d’excellents interprètes, les jeunes Rachida Brakni (Neuilly, ma mère) et Cyril Descours (Complices).
Les jeunes papas et mamans conduiront leurs bambins (à partir de 3 ans) au Bal des lucioles. Le Parc Distribution continue à sortir de petites perles de leurs écrins lointains. Ces quatre petits films d’animation lettons prouvent la vitalité du cinéma d’Europe de l’est. 3/4 d’heure d’amusement, de poésie, de couleurs. Au programme : la petite luciole moins lumineuse ; la première journée d’école, un pique-nique mouvementé et une séance de prestidigitation.
J’allais oublier un documentaire sur une star issue de YouTube et plébiscitée par les 14-19… ans. Issu d’une petite ville canadienne, Justin Bieber est allé au bout de son rêve. A 16 ans, l’enfant-prodige secoue les plus grandes scènes du monde. Il nous dit, Justin Bieber, Never say never, ne dites jamais, jamais. Pour les inconditionnels seulement, jamais pour les autres.
Patrice Gill
Animaux et compagnie, Allez raconte, Paul, Black Swan, Sans identité, Rango, Comment Savoir… : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.