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Animaux et compagnie, Allez raconte, Paul, Black Swan, Sans identité, Rango, Comment Savoir…

Animaux et compagnie, Allez raconte, Paul, Black Swan, Sans identité, Rango, Comment Savoir…

Affluence sur les grands écrans cette semaine. La proximité des vacances de carnaval aimante les spectacles destinés aux familles.

Au-dessus du lot, Animaux et Compagnie,  première réalisation européenne en images de synthèse et en 3D. De la pure 3D, intégrée dès l’écriture du scénario, ce qui change des ersatz surdimensionnés à la postproduction seulement. Incroyable ce papillon qui se pose sur le nez des spectateurs au début du film. Planant, ce survol accéléré des canyons de l’Okavango qui vous plaque dans votre siège. Reinhard Klooss et Holger Tappe (Impy le dinosaure) ont mis un an et demi à recréer les paysages du delta du Botswana, véritable paradis sauvage. Les deux réalisateurs allemands ont renoncé à synthétiser la lumière et la beauté du ciel africain, seules images réelles de cette fable écologique où les animaux ont le beau rôle.

Le coq Charles (qui a la voix de Chirac) mène un commando à la rescousse de la planète, menacée par la bêtise humaine. "L’homme est tel le serpent qui se mord la queue pour survivre", dit Winifred, tortue géante des Galapagos. Winifred a fêté ses 715 ans, elle n’en finit pas de déménager avec son Winston chéri (723 ans) à cause des marées noires. La 167e conférence sur le climat n’a encore rien donné et il y a pénurie d’eau dans le delta. Un barrage géant prive désormais la savane et ses habitants de la ressource vitale. La conférence des animaux prend les choses en main et contrecarre l’homme devenu trop dangereux.

Le message passe agréablement, la galerie animalière comporte des personnages originaux comme le lion Socrate, pacifique et végétarien, Billy le suricate gaffeur ou un buffle à l’accent mexicain. La bande sonore est un régal. Cette première européenne n’a certes rien de révolutionnaire, mais on s’amuse bien et pour une fois, l’histoire a du sens.

 

Que d’histoires papa doit raconter pour gagnerle concours des papas conteurs "comme vous le faites à la maison". Allez Raconte varie les textures d’animation sur fond de simplicité graphique. L’humour au second degré, les références musicales et un chapelet d’historiettes rivalisant d’imagination témoignent de la vitalité du cinéma d’animation franco-belge. Après la séance, vous n’hésiterez plus à inventer de fabuleux récits pour endormir vos petits. Convient pour petits et grands.

Gore Verbinski se lance aussi dans l’image de synthèse. Le réalisateur du Pirate des Caraïbes a travaillé avec son monteur habituel pour réaliser un long-métrage selon les canons des prises de vues réelles, en ignorant les codes du film d’animation. Rango, le caméléon rêve d’être un héros. Il devient le shérif de Poussière (Dust), une ville peuplée d’étranges lascars. A vous de voir…

Toujours dans le registre comique, avec un zeste d’animation, Paul constitue une bonne surprise. Le duo de scénaristes Simon Pegg et Nick Frost (Hot Fuzz) incarnent leurs personnages à l’écran. Ils seront prochainement les Dupond et Dupont dans le Tintin de Spielberg. Le film pourrait être rebaptisé "Deux Anglais au pays des hamburgers". Deux fans de science-fiction, parfaits ahuris, sillonnent l’Amérique (très) profonde en camping-car sur la trace des sites d’Ovnis. Ils croisent et adoptent Paul, un extra-terrestre, style E.T. emprisonné sur terre depuis 60 ans. Cet alien débonnaire, aux pouvoirs énergétiques, a parfaitement intégré les mœurs terrestres. Greg Mottola saccage allégrement l’Amérique de Bush et des évangélistes. Sa comédie est truffée de clins d’œil à X-files, Men in black et même Alien ( Sigourney Weaver fait une courte apparition). C’est loufoque. Les répliques sont succulentes. A voir absolument en VO, pour les accents régionaux. Si vous avez aimé l’humour de Y a-t-il un pilote dans l’avion et autres Y a-t-il…, vous craquerez pour ce cher Paul.

Je n’ai pas vu Comment savoir si c’est une bonne comédie, alors ? Parce que Les Cahiers du Cinéma, qui ignorent habituellement la bouillie comique américaine consacrent deux pages au film de James L.Brooks, échec public et critique aux Etats-Unis. Encore un argument a contrario en faveur d’un réalisateur ayant à son actif le très réussi Spanglish. Et puis, il y a Jack Nicholson et la musique de Hans Zimmer (il signe aussi celle de Rango).

Grand temps de parler du film le plus palpitant de la huitaine, pour adultes uniquement. Black Swan (Cygne noir) a valu un Oscar mérité à Nathalie Portman pour son interprétation d’une ballerine en apnée dans son for(t) intérieur. Nina décroche le rôle titre du lac des Cygnes. Sa grâce virginale sied parfaitement à l’innocence du Cygne blanc, mais la nouvelle étoile du New York City ballet est-elle capable d’incarner le Cygne noir, symbole de la sensualité et de la duplicité ? Black Swan sonde crûment l’émergence du côté sombre de Nina, toujours petite fille à sa maman, dont la chambre est tapissée de peluches roses. Pour danser le cygne noir, Nina devra mordre sur elle-même. Mordre physiquement son directeur de ballet, mordre symboliquement sa mère surprotectrice, mordre virtuellement le territoire de sa rivale (Lily), double inversé, sensuelle et cool dans sa peau. Tant de morsures au risque de la mort sûre. Mourir pour renaître. Vivre pour souffrir. Meurtrir son corps jusqu’à la perfection du geste, les pieds enserrés dans les pointes. "Vous n’avez même pas besoin de faires des pointes pour avoir mal, explique Mila Kunis (Lily). Le pied ne peut pas glisser vers l’avant du chausson parce qu’il y a une petite coque rigide à l’extrémité qui peut aussi vous faire trébucher". Dans sa quête d’absolu et de vibrato, Nina dévisse de la réalité. Elle dérive entre délire et hallucination, entre fantasme et désir. Elle se cogne à son double réel ou supposé, acharnée à sortir d’elle-même, pour quitter le contrôle exacerbé de ses pas sur scène et dans la vie. Darren Aronofsky (The Wrestler) fait penser à Zulawski (L’important, c’est d’aimer) : excessif, lyrique, insistant et prodigieux directeur d’acteur. Natalie Portman s’est entraînée 5 heures par jour les dix mois précédant le tournage. Une nouvelle actrice est née. Une nouvelle femme également, en rencontrant l ’homme de sa vie, Benjamin Millepied, son chorégraphe mentor et partenaire dans Le Lac des Cygnes. Black Swan est un voyage initiatique dans la lignée de All That Jazz et de Showgirls. Des scènes inutilement torrides et quelques traits symboliques lourds laissent le spectateur osciller entre admiration et exaspération.

En bref. Un petit faible pour Liam Neeson et Diane Kruger, sans oublier Bruno Ganz, me pousse à recommander Sans Identité (Unknown). Jaume Collet-Serra (Esther) a certainement vu Frantic dans sa jeunesse. Un suspense sans prise de tête avec un duo crédible. Ne vous attardez pas sur les invraisemblances. Et Berlin sous la neige vaut bien New-York sous la pluie. Les curieux suivrontLe voyage du directeur des ressources humaines. Un étrange périple de Jérusalem au fin fond de la Roumanie. Le directeur d’une boulangerie industrielle accompagne le rapatriement de la dépouille d’une employée. Eran Riklis (La fiancée syrienne, Les citronniers) signe son œuvre la moins forte, farce tragico-comique, à la fois procès du cynisme et mise en garde sur le mirage de l’exil.

Après le discours du roi, Cinéfemme vit un nouveau coup de cœur avec We Want Sex, dimanche 6 mars, à 10h45, à l’Arenberg, Galeries de la Reine à Bruxelles. La chronique épique et exemplaire d’une poignée d’ouvrières anglaises des usines Ford en croisade pour la conquête de l’égalité professionnelle des sexes dans les années 1960. Rires et pleurs assurés. Le film sort le 9 mars, lendemain de la Journée des Femmes. A cette occasion, le distributeur Imagine sort Women are Heroes le 8 mars, un très beau documentaire sur des femmes résistantes aux quatre coins du monde. Des échos de ces deux films la semaine prochaine.

Patrice Gilly

Les femmes du sixième étage, Le discours d’un roi, Largo Winch, Les voyages de Gulliver : retrouvez la chronique de la semaine précédente ici.

 

 

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