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Les femmes du sixième étage, Le discours d’un roi, Largo Winch, Les voyages de Gulliver

Les femmes du sixième étage, Le discours d’un roi, Largo Winch, Les voyages de Gulliver

Les écrans un peu plats cette semaine donnent l’occasion de récupérer Fabrice Luchini monté mercredi dernier avec Les femmes du sixième étage. Jean-Louis Joubert ne connaît pas les bonnes espagnoles qui vivent au-dessus de sa tête. Le petit bourgeois bien rangé en engage une et découvre la vie éreintante des immigrées échouées en France dans les années 60. Elles triment du matin à la nuit et dégagent néanmoins une radieuse joie de vivre. Notre agent de change se découvre une âme de philanthrope. Il améliore l’ordinaire  de Carmen, Concepcion,  Pilar et les autres ; il tombe même amoureux de Maria. De sociale, la comédie vire à sentimentale, avec un Luchini tout en retenue. Philippe Le Guay (Du jour au lendemain, Le coût de la vie) a déjà dirigé l’acteur autodidacte, il sait comment canaliser son énergie débordante. L’incorrigible cabotin s’élève  au diapason de ses partenaires féminines, Sandrine Kiberlain, (en épouse horriblement mondaine), Carmen Maura et  Natalia Verbeke, tante et nièce unies dans l’exil solidaire. La musique de Jorge Arriadaga, mélange d’allant et d’accents hispaniques, polit cette pépite,  tendre et ensoleillée.



Les rétifs à l’Histoire auront le bec cloué en écoutant Le Discours d’un roi. Le film de Tom Hooper est surtout l’histoire d’un émotif célèbre que rien ne destinait à monter sur le trône de l’Empire britannique en 1936. Son frère abdique quelques mois après sa prise de charge et voilà notre homme timide et bègue contraint d’épouser une fonction pour laquelle il n’a aucune affinité. George VI  va régner 16 ans, traversant la guerre avec Winston Churchill. Il a dû surmonter son bégaiement notamment pour s’adresser aux troupes sur le front 40-45. La radio transforme la fonction royale et joue un rôle déterminant dans l’exercice du pouvoir. Les discours d’Hitler survolté subjuguent le roi balbutiant. Colin Firth évoque son personnage : une éducation rigide oppressait le roi George, il se sentait seul, recevait des coups parce qu’il était gaucher et son bégaiement était une épreuve pour lui et son entourage. La timidité serait-elle un état d’âme très contemporain ? Le réalisateur répond : "Je crois que nous souffrons tous de blocages qui nous inhibent dans notre vie de tous les jours. Qu’il s’agisse de timidité, ou de manque de confiance en soi en raison de notre physique, de notre intelligence  ou de nos origines sociales, on se bat au quotidien pour surmonter ces complexes – tout comme George VI s’est battu pour vaincre son handicap." Impeccable prestation de Colin Firth en bégayeur authentique et expressif, bien soutenu par son épouse à l’écran, Helena Bonham Carter et un orthophoniste excentrique et génial, l’australien Geoffrey Rush. Tom Hooper excelle dans la reconstitution historique. Il a déjà à son actif la fresque Elizabeth tournée pour la télé.  Des interprètes crédibles en têtes couronnées, des costumes d’époque et un final dramatique rendent passionnantes ces deux heures d’histoire. Le père de l’actuelle reine du Royaume-Uni rend ses esprits en 1952, la santé ruinée par la tension de la seconde guerre mondiale.  



Déception pour un film qui s’annonçait géant en 3D. La transposition à l’écran  du roman de Jonathan Swift (XVIIIe siècle) accouche d’une souris, un comble. Les voyages de Gulliver ne m’ont guère transporté. Je n’ai pas accroché au profil du nouveau Gulliver, préposé au courrier d’un quotidien new-yorkais. Lemuel connaît enfin son heure de gloire en devenant protecteur de Lilliput, le pays outre-océan de la princesse et du roi nains. Pourtant, le tourbillon inversé du Triangle des Bermudes aurait pu chambouler notre imaginaire. Hélas, une caméra révolutionnaire gomme le décalage d’échelle entre le titan humain et les fourmis lilliputiennes. On voit le gigantesque Gulliver et les minuscules sujets de Lilliput dans le même plan, en temps réel. Le réalisateur Ron Letterman (La nuit au musée) voulait que Jack Black (Gulliver) puisse interagir avec ses mini protégés. "L’objectif avec cette caméra était de rendre l’effet plus réaliste que tout ce que vous avez pu voir auparavant." Du coup, adieu la fantaisie et l’humour des situations, les Lilliputiens ressemblant trop à des humains en réduction, parlant un anglais impeccable, sans crier pour se faire entendre du haut de leur taille extra small. Et je ne parle pas du combat final piqué dans Transformers. 


Largo Winch II démarre fort avec une poursuite en voitures cumulant plans serrés et dérapages incontrôlés. Et puis le deuxième tome de la biographie du milliardaire bel homme sous tous rapports (financier) vire à retour vers le passé. La romance supplante la finance. Largo se découvre un fils en Birmanie au moment où il cède sa fortune à une Fondation. Des cupides le font chanter, en manipulant le procureur du tribunal pénal international. Sharon Stone est explosive en juge intègre qui montre sa poitrine dès sa première apparition mais garde les jambes croisées quand elle cuisine Largo. Suivez mon regard. La blonde sexy a du peps au contraire de Tomer Sisley (Largo), assez fade comparé à l’aura du héros de  BD créé par Francq et Van Hamme. Les seconds rôles volent la vedette. Nicolas Vaude est succulent en majordome ampoulé et fin connaisseur de champagne.  On retient aussi le grand Laurent Terzieff, décharné dans sa dernière prestation, décédé 15 jours après le tournage. Jérôme Salle signe cet opus comme le premier. Les ingrédients sont là, mais le plat manque de piment, hormis une poursuite en chute libre, tournée sans trucage.


Night Shyamalan (Le sixième sens, Signes, La jeune fille de l’eau) lance Les chroniques de la nuit, une collection ouverte aux réalisateurs prometteurs. Devil (Diable) inaugure un triptyque mêlant  fantastique, thriller et un zeste d’horreur. Cinq personnes sont coincées dans un ascenseur. Parmi elles, le diable incarné dans un corps humain. Un inspecteur déprimé et un vigile mexicain suivent le huis clos sur écran de surveillance. Ramirez connaît le modus operandi de Satan. Il sait que l’ange noir ne badine pas avec les pécheurs. Les cinq enfermés ont évidemment quelque chose à se reprocher. John Erick Dowdle réussit à maintenir le suspense en  s’appuyant sur un scénario digne des Dix petits  nègres Agatha Christie.
Pour la performance d’acteur, essayez de suivre Javier Bardem dans les bas fonds-fonds de Barcelone, ceux des quartiers crasseux de l’immigration clandestine. L’avertissement est à prendre à la lettre: Biutiful, de Gonzales Inarittu  (21 grammes, Babel) heurtera les âmes sensibles… les autres aussi. L’acteur espagnol a obtenu le prix de l’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes. Son interprétation d’Uxabal, corrompu, rongé par le cancer et père de famille envers et contre tout, s’inscrit dans la lignée d’un De Niro dans Taxi driver et Raging Bull : un talent monstrueux.



Ce mercredi 2 mars à 19h, le ZinéGlüb de l'Arenberg vous propos Sound of Noise en avant-première, comme d'habitude suivi d'un apéro.

L'officier de police Amadeus Warnebring est né dans une illustre famille de musiciens. Ironie du sort, il déteste la musique. Sa vie bascule le jour où un groupe de musiciens déjantés décide d'exécuter une œuvre musicale apocalyptique en utilisant la ville comme instrument de musique... Il s'engage alors dans sa première enquête policière musicale... (De Ola Simonsson, Johannes Stjarne Nilsson - Suede - 2008 - 01h42)




Patrice Gilly

 

 

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