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Rien à déclarer, que dire encore sur la nouvelle comédie de Dany Boon, qui bénéficie d’une promotion à l’américaine depuis deux semaines. Affiches dans les abribus, poster dans les journaux, prévente des places, BD adaptée du film, omniprésence de Benoît Poelvoorde et du réalisateur de Bienvenue chez les Ch’tis dans les médias et les salles. Le tandem au rire immuable a même assumé une journée avec 22 prestations en Belgique et dans le nord de la France. Le film sort à Paris et dans l’hexagone la semaine prochaine, ce qui explique le silence de la presse française, hormis une critique en demi-teinte. C’est que nos amis du sud pourraient rire jaune.
L'histoire. Ruben Vandevoorde (Benoît Poelvoorde), douanier belge en voie d’extinction, a la dent très dure vis-à-vis de ses (con)frères au-delà de la ligne symbolique qui sépare la "terre sacrée du royaume de Belgique" du pays des camemberts. Ce racisme délirant et obsessionnel va jusqu’à trouver "un petit goût de sec" à l’eau étrangère. Et d’enfoncer le clou en racontant l’histoire du pays des frites à son fils : "la seule erreur de Léopold I, c’est d’avoir épousé une Française." Pourtant Ruben (qui ne boit que de la bière) va devoir mettre de l’eau dans son vin. Sa sœur (Julie Bernard) est secrètement amoureuse de Mathias Ducatel (Dany Boon), homologue français de Ruben.
Pour gagner les faveurs du frère, Mathias, pleutre dans l’âme, accepte de former une brigade internationale avec le redouté pistolero belge qui dégaine plus vite que son ombre. La métamorphose de la R4 pourrie en bolide d’interception de trafiquants de drogue est une des trop rares trouvailles d’une farce qui peine à trouver son deuxième souffle une fois le décor planté. Dany Boon renonce à exploiter le filon de la suppression des frontières en 1993, avec ses conséquences économiques et sociales. Il préfère relancer le comique de papa, genre Gendarmes de Saint-Tropez et Don Camillo, basé sur des duos comme Bourvil et de Funès, ou Fernandel et Gino Cervi. Dans Rien à déclarer, il y a le couple de bistrotiers du No man’s land (François Damiens-Karin Viard), le duo de trafiquants de drogue, avec un excellent Bruno Lochet, et notre Bouli Lanners en Vanuxem garde-frontière ensommeillé (plus d’une fois, hein), souffre-douleur de Vandevoorde.
Les Ch’tis enclenchaient les situations comiques dans une grande fluidité. Rien à déclarer mise plutôt sur le jeu des acteurs et sur un comique de paroles, parfois un poil vulgaire. Poelvoorde pousse son personnage jusqu’à la caricature, constamment dans l’excès. L’acteur namurois donne d’emblée le ton. Son hurlement lancé au ciel augure d’une prestation musclée de "gros con raciste". Dany Boon, censé faire contrepoids, se refuse à museler un tant soit peu le zèle de son acteur vedette. La réussite d’un duo tient à l’opposition des caractères et à l’équilibre entre partenaires. Dany Boon aurait dû canaliser son pote, comme il avait subtilement dirigé Kad Merad en directeur de la poste de Bergues
Ces réserves personnelles posées, Rien à déclarer reste une comédie française d’honnête facture qui plaira à un large public, ravi de voir des acteurs bien de chez nous (ne pas oublier Olivier Gourmet en chef de paroisse). Mais il était difficile de confirmer un succès aussi colossal que les Ch’tis, qui avait séduit plus d’un million de spectateurs belges et 20 millions en France. Donc, ne pas comparer.
Si vous aimez les grands espaces et le dépassement de soi, empruntez Les chemins de la liberté en compagnie de sept évadés d’un goulag sibérien en 1940. L’australien Peter Weir (Witness, The Truman Show) raconte sobrement l’odyssée incroyable (inspirée d’une histoire vraie) d’un groupe de prisonniers polonais, russes et d'un Américain. Ils rallient l’Inde après 10 000 km à travers le désert de Gobi et l’Himalaya. La capacité de survie humaine est sidérante. Dans des situations extrêmes, l’homme redevient animal, loup pour lui et ses semblables. Dans ce long périple à la fois épreuve physique et intérieure, la solidarité finit par l’emporter sur les bas instincts. La nature est splendide et impitoyable à la fois. Un beau voyage.
Deux premiers films encore. Une production belge, Marieke, Marieke de Sophie Schoukens. Marieke cherche dans les bras de nombreux hommes âgés la figure du père très tôt disparu. Elle se donne sans lendemain. Et si l’avenir n’était pas encore écrit ? Hande Kodja est une Marieke crédible et touchante. Bruxelles est gris et morne. Quelques bonnes idées (le jeu des fragments de photos) révèlent un vrai regard de cinéaste devant encore s’affranchir de clichés et de péripéties téléphonées.
Fabrice Gobert signe un intrigant et séduisant Simon Werner a disparu. Les disparitions en série de lycéens en 1992 sont prétexte à un mélange des genres policier, fantastique et même sentimental, dans un style original et prometteur. Les jeunes acteurs sont excellents. Une première œuvre très maîtrisée.
Patrice Gilly