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Au-delà, Tron, Winter’s bone

Au-delà, Tron, Winter’s bone

A 80 ans, Clint Eastwood garde la forme pour tourner son film annuel. Cette production régulière maintient le tempo d’une vie bien remplie d’acteur et de réalisateur. En produisant sans relâche, Clint essaie peut-être d’évacuer une peur de la fin inéluctable qui clôt notre passage sur terre. En tout cas, comme Gran Torino ou Million Dollar Baby, Au-delà (Hereafter) évoque la mort et les liens que celle-ci tisse entre les défunts et les vivants. Perdre un être cher, échapper à la fatalité, avoir un don de médium change la perception de la vie.

Marcus, Marie et George sont hantés par la mort. Le jeune Marcus est inconsolable, il a perdu un frère jumeau. Marie (Cécile de France) a vécu une expérience de mort imminente en survivant à un tsunami. George (Matt Damon) dialogue avec l’au-delà grâce à un don hérité d’une maladie d’enfance. Médium pendant 3 ans, il a renoncé à une vie qui tourne autour de la mort. Ce n’est pas un don, c’est une malédiction, dit-il à son frère qui voudrait qu’il reprenne ses consultations pour des raisons bassement financières. George accède encore à une requête, dont celle de Marcus, incapable de vivre sans son jumeau. Marcus reliera George à Marie ; il lui permet ainsi de réintégrer le monde des vivants et de ne plus être obsédé par des fantômes. L’adolescent londonien, l’ouvrier de San Francisco et la journaliste parisienne reprennent pied, prêts à vivre de belles choses.

Le deuil, la séparation, la douleur, la vie après la mort, le grand Clint aborde ces thèmes universels avec nuance et simplicité. Il place habilement les notes d’une composition chorale. Il esquisse des mélodies et se défend de placer des paroles définitives sur des questions existentielles. Le spectateur dispose de plusieurs points de vue, à lui de se débrouiller seul, de faire sa religion face à la mort. Est-ce vraiment une affaire de croyance ? Les personnes qui sollicitent le medium pour être connecté aux disparus s’en mordent parfois les doigts. Faut-t-il vraiment tout élucider ou connaître ?

Quand on sait, il est dur de tirer un trait. "Oui, je ne suis pas dupe, sais que tu ne m’as jamais aimé ; oui je t’ai fait du mal", disent les défunts via George. Aux vivants de continuer lesté de ces paroles sans retour. Et s’il fallait absolument retenir une position sur l’au-delà, ce serait de considérer que la vie est ici-bas. Après, nul ne sait. Acceptons la séparation, la perte, en étant enclin à penser que, de là-haut, les disparus continuent à veiller sur nous (la casquette de Marcus le sauve d’un attentat dans le métro)
Ceux qui espèrent voir l’au-delà seront déçus. Eastwood place deux scènes avec des silhouettes floues se mouvant dans une lumière éclatante, point final. Il s’intéresse surtout aux vivants, êtres bien démunis face au mystère de la mort. Quelques plans en plongée soulignent la fragilité de la condition humaine. Le début du film nous plonge aussi au cœur d’un tsunami époustouflant, vécu de l’intérieur, au travers de Cécile de France bataillant pour survivre à la déferlante mortelle. Un grand moment, à l’égal de cette scène intimiste de dégustation à l’aveugle entre George et sa partenaire de cours de cuisine. On pense à Sur la route de Madison, où Clint le photographe baroudeur faisait la cour à Meryl Streep en mère de famille loyale du Middle West.

Le style Eastwood est de plus en plus fluide, épuré, au point de donner une fausse image de facilité. Le cinéaste américain soigne le moindre détail (observez les mains de Cécile de France et de Matt Damon juste avant leur rencontre.) Au passage, le cinéaste tire sur les médias, les multinationales et la mondialisation. Cécile de France réussit son premier grand film international, plus crédible en femme déboussolée qu’en journaliste vedette de France 2. C’est un régal aussi de revoir Marthe Keller dans une brève apparition à Chamonix. Les tournages à Londres, Paris et San Francisco, avec des acteurs du pays, parlant leur langue, donnent un cachet supplémentaire à l’Au-delà.

 

Avant de parler de la méga production de la semaine, un mot de Winter’s bone, primé deux fois festival Sundance, la référence du cinéma indépendant. Debra Granik a tourné son deuxième long-métrage dans les contrées sauvages du Missouri. Au pays des Ozarks, la nature ne fait aucune concession comme ses habitants rudes au contact. On pense à Into the Wild, à Frozen River ou anciennement, à Jeremiah Johnson. Ree Dolly a 17 ans. Elle vit seule dans la forêt avec son frère et sa sœur. Son père, en libération conditionnelle, disparaît sans laisser de traces. Ree a une semaine pour le retrouver, sinon elle perdra la maison familiale laissée en gage. L’adolescente se heurte au mutisme de gens qui en savent long, mais qui détestent causer. Jennifer Laurence, bonnet vissé sur la tête, farouche et déterminée, a un cran fou pour affronter des caractères durs comme des lames de couteau. Le tournage a eu lieu dans les propriétés d’habitants locaux. La réalisatrice les a mis dans le coup en leur demandant de lire le livre qui a inspiré le film. Du cinéma grandeur nature.

Tron l’héritage est plutôt du genre grandeur virtuelle en 3D. La suite du classique Disney de 1982 ne lésine pas sur les effets spéciaux. Comme Avatar, le voyage dans les arcanes d’un jeu video a été tourné d’emblée en caméra 3 dimensions. Cela vaut un peu plus la peine de porter pendant 2h06 minutes des lunettes qui atténuent les couleurs. Je rassure ceux qui auraient manqué l’épisode 1 il y a bientôt 30 ans, Tron 2 réexplique amplement le premier. Jeff Bridges est toujours prisonnier de jeux mortels et de programmes redoutables. Son fils vole à son secours en compagnie de la belle Olivia Wilde. Bizarrement, ce voyage dans le cyber univers avait peu marché en 82. Disney mise gros après le passage de La guerre des étoiles, de Matrix et plus discret, de l’Autre monde.

Un petit belge pour terminer avec des acteurs flamands. Pulsar sort à Mons et à Bruxelles. C’est l’occasion (rare) de découvrir le cinéma de nos compatriotes du nord. Je n’ai pas vu ce film qui s’intéresse notamment aux ondes eléctromagnétiques. Sam vire à la paranoïa, victime d’un pirate informatique. Il suspecte tous ses voisins. Avec Matthias Schoenaerts que l’on verra en février, impressionnant, dans Tête de bœuf (Rundskop), un drame sur fond de mafia des hormones. Les cinéastes flamands traitent avec efficacité des thèmes d’actualité. Dommage que leurs films franchissent peu la frontière linguistique pourtant si proche.

Patrice Gilly

 

 

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