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Les gens fortunés ont-ils droit à des états d'âme ? Oui, dit Sofia Coppola, qui propose Somewhere, son quatrième opus, après Marie-Antoinette, Lost in translation et Virgin Suicides. La fille de Francis Ford se souvient des séjours à l’hôtel durant les tournages de son père. Elle connaît bien le Château Marmont, sur Sunset Boulevard, à Hollywood, passage obligé des jeunes acteurs.
Sofia Coppola installe son personnage central dans cet hôtel devenu un lieu branché de la nuit. Johnny Marco est une star au bord de la déprime et de l’alcoolisme. Sa vie patine, à l’image des premiers plans du film. Une Ferrari déboule trois fois en boucle au milieu de quelque part. Johnny n’est plus nulle part, sinon dans sa chambre, devant une table basse, à fixer le même pan de mur pendant des heures. Le jeune premier mène une vie ennuyeuse entre les promotions, les cocktails, les émissions de télé et les conquêtes faciles d’une nuit. Sa vie vide change le jour où son ex-femme lui confie Cléo pour quelques jours. L’œil éteint, Johnny accueille sa fille de 11 ans et la conduit à son cours de patinage sur glace. Seul dans les tribunes, le père allume son regard en suivant les évolutions de l’enfant-femme. Cléo change et il réalise qu’il ne l’a pas vue grandir. Père et fille mettent leur solitude en commun. Ils apprennent à se reconnaître en partageant quelques moments à eux seuls. Jeu video, tennis de table, soirée cinéma côte à côte sur un canapé. Une escapade en Italie, à l’occasion d’un show télévisé débile, allège le spleen de Johnny, émerveillé par sa fille.
Elle Fanning est effectivement craquante, à la fois fragile et mûre. C’est une habituée des studios, avec une dizaine de rôles à son actif, notamment dans L’étrange histoire de Benjamin Button. Stephen Dorff (Johnny) porte très bien la barbe de trois jours. Il quitte les rôles de méchants dans Blade et Ennemis publics.
Somewhere vaut surtout pour sa critique du star system et la complicité bâtie entre un père et sa fille. La réalisatrice - bientôt quadragénaire - puise largement dans sa biographie pour cadrer de longs plans séquence insipides où affleure la vacuité d’une existence dorée. La lenteur de la narration et le côté gosse de riche agacera le spectateur insensible à la «misère» de Californiens dorés sur tranche. Cette exaspération est compréhensible et je l’ai vécue dans une réaction à chaud. L’hiver a réchauffé mon opinion, non au point d’en faire un de coup de cœur, mais quelque part (Somewhere), Sofia Coppola a le tour pour capter la langueur de personnages vaguement à la dérive. A voir pour les coulisses du star system et la relation père-fille.
Incendies est un vrai coup de cœur. J’en parle la semaine prochaine. Vous pouvez découvrir le film de Denis Villeneuve lors d’une avant-première organisée par Cinéfemme, dimanche 9 janvier à 10h45 au Cinéma Arenberg, à Bruxelles. A la mort de leur mère, deux jeunes Québecois apprennent que leur père est vivant et qu’ils ont un frère. Les secrets de famille dorment au Moyen-Orient. Un voyage initiatique et bouleversant.
Les actrices belges sont très demandées, Virgina Efira en particulier. On la verra cette année dans Mon pire cauchemar, aux côtés d’Isabelle Huppert et Benoît Poelvoorde. Dans La chance de ma vie, l’ancienne animatrice télé décroche à nouveau un premier rôle. Cette comédie romantique est plus agréable à regarder que La Meute, dans legenre sanguinolent et horrible. Yolande Moreau et Emilie Dequenne surprennent... Mais il y a des surprises évitables !
Le ZinéGlüb continue à explorer le cinéma alternatif et expérimental. Le 12 janvier, en collaboration avecLezarts Urbains, le ciné-club des jeunes projette New York Minute de Mathieu Rochet et Nicolas Venancio, à l’Arenberg, à 19h. C’est l’occasion de découvrir un webdocumentaire complet sur grand écran. Le genre oscille entre cinéma-vérité et culture collective. Le webdocumentaire est conçu pour être d’abord diffusé sur Internet, en associant texte, photos, vidéos, sons… de manière interactive. Les deux réalisateurs commenteront cette démarche originale de plus en plus en vogue sur le Net.
Patrice Gilly