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Rêves dansants, sur les pas Pina Bausch, De vrais mensonges, Narnia 3

Rêves dansants, sur les pas Pina Bausch, De vrais mensonges, Narnia 3

Un pas de danse pour commencer, le plus beau de la semaine. Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch, emporte de jeunes adolescents à la découverte de leur corps, à la connaissance de leur être. Quelques mois avant sa mort, la grande chorégraphe Pina Bausch, reprend son célèbre spectacle Kontakthof, à Wuppertal avec des adolescents de 14 à 18 ans qui n'ont jamais dansé. Ils répétent la pièce pendant un an. Ces jeunes pousses dégrossissent leur démarche, s’affranchissent de leurs angoisses et apprennent à vivre ensemble. Leurs personnalités éclosent sous l’œil bienveillant et perçant de Pina, très faible, appuyée sur une canne. "Kontakthof est un lieu où l'on se rencontre pour lier des contacts", affirmait Pina Bausch. Se montrer. Se défendre. Avec ses peurs. Avec ses ardeurs. Déceptions. Désespoirs. Premières expériences. Premières tentatives. De la tendresse, et de ce qu'elle peut faire naître." Emouvant, passionnant, vivifiant.



Je devrais continuer avec le  film spécifiquement jeune public de la semaine,  mais je vous exprime d’abord une lettre "mes sincères et fébriles sentiments anonymes". Cette tremblante déclaration d’amour  n’émeut guère Emilie, patronne d’un salon de coiffure (Audrey Tautou). Elle classe la missive sans suite. Le style est désuet, c’est certainement un vieux qui l’a écrite, confie-t-elle à Jean livide, sous son teint basané. Jean  en pince à mort pour Emilie. Il est l’homme à tout faire, timide, surdiplômé du salon. La nuit le prend à rédiger des lettres fiévreuses à sa belle, sans espoir d’être et lu. Cette flamme exprimée trouve un meilleur foyer dans le cœur de Maddy, la mère d’Emilie. Elle a le moral raplapla après le départ de son mari avec une jeunette. Emilie veut requinquer sa mère et lui envoie la lettre anonyme, jetée au panier. Bien vu. Maddy (Nathalie Baye) reprend du poil de la (belle) bête. Plus sensible qu’Emilie, les phrases bien troussées et sincères  la transfigurent. Maddy attend d’autres lettres, qu’Emilie écrira péniblement. Son style  jugé frigide refroidit l’enthousiasme né de la première épître. Qu’importe, Emilie persiste à faire le bonheur de sa mère qui veut être triste et rester chez elle. Une attitude qui agace Emilie. Mère et fille sont à couteaux tirés : "à peine accouchée, tu me regardais comme si je m’y étais mal prise, balance Maddy lors d’une de leurs prises de bec répétées". De vrais mensonges est truffé de bons mots, de phrases ciselées. Le film de Pierre Salvadori  (Hors de prix, Les apprentis…) est très écrit. La comédie, bâtie sur le quiproquo et le malentendu, déclenche plus d’un rire et de nombreux sourires. Même si les personnages sont  tour à tour, aimables, cyniques, voire cruels, on tombe sous  le charme des acteurs et de l’écriture. Bien sûr, la veine comique s’essouffle sur le tard. Oui, ça manque de solides seconds rôles. J’admets que plusieurs scènes sont trop théâtrales. Cela soustrait,  reste largement  une bonne comédie, fine et gracieuse comme un vers de Cyrano.



Embarquons maintenant à bord du Passeur d’aurore pour vivre le troisième chapitre du Monde de Narnia.  Comme Harry Potter, Twilight, Le seigneur des Anneaux, cette saga est inspirée d’une œuvre littéraire,  les sept "Chroniques de Narnia", de C.S. Lewis( 100 millions d’exemplaires vendus). Un solide programme éditorial papier accompagne la sortie sur grand écran. Gallimard publie un Folio junior et un grand livre du film, ainsi qu’une nouvelle édition de l’intégrale. On retrouve avec plaisir Edmund et Lucy, le lion Aslan et la malicieuse souris Ripitchip. Cette saga à grand spectacle séduit moins de fans que Potter ou Bella. Disney a d’ailleurs retiré ses billes de producteur. Pourtant, Narnia tient le cap. Lucy et Edmund, lestés d’un grincheux cousin, cinglent vers les mystérieuses îles de l’Est. Sur le puissant vaisseau  de 42 mètres (plus long que le navire du capitaine Cook), Caspian, devenu roi, compte sur ses amis terriens pour reconquérir les sept épées qui sauveront Narnia. Au bout du voyage, le bout du monde, où veille Aslan, devant une muraille de vagues d’un bleu lumineux. Des ténèbres à la lumière, de l’adolescence à l’âge adulte, Edmund, Lucy et Eustache vivent deux aventures, épique et personnelle. Les cœurs purs affrontent leurs mauvais penchants, découvrent leur face sombre. Lucy désire éclipser sa sœur Susan en beauté. Le livre des Incantations met Lucy à l’épreuve, rend visible l’invisible. Edmund ne veut plus jouer les seconds rôles et se frotte à Caspian. Narnia 3 est un film sur l’adolescence : ne fuis pas ce que tu es. Ce voyage intérieur inclut les habituels morceaux de bravoure : combat contre le dragon, tempête homérique, brouillard vert envoûtant. Les rares apparitions d’Aslan, figure protectrice et rassurante, sont judicieuses et impressionnantes. Comme Harry Potter, les héros de Narnia grandissent et traversent des heures sombres.

Patrice Gilly

 

 

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