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Fidèle à la tradition, les Studios Disney livrent leur conte de Noël. "Un brin de rébellion, une touche d’aventure, ça ne peut faire que du bien", dit Eugène (alias Flynn) à Raiponce qu’il vient de propulser dans la vraie vie. Peste, voilà 18 ans que la belle et intrépide princesse se morfondait dans sa prison, sous l’emprise d’une fieffée marâtre. La doucereuse geôlière séquestre sa prétendue fille pour jouir des pouvoirs de son interminable chevelure, source de jouvence. Rien que l’animation des 23 mètres de tignasse a nécessité un logiciel spécial. Mieux que la toison de Samson, la longue tresse soyeuse de Raiponce est tour à tour liane, lanière, guérisseuse, lumineuse. C’est un des clous du film avec Pascal, malicieux caméléon, compagnon et confident de la jolie blonde aux grands yeux verts. Flynn, (alias Eugène) joue les chevaliers servants pour rendre l’enfant perdue à ses royaux parents.
Romance, féérie, bravoure et chansons sont fidèles au rendez-vous, avec peut-être un manque de personnages secondaires bien charnus. Raiponce marque un tournant dans la production Disney. C’est une première incursion en 3D. Les décors sont très réussis, un peu moins l’expression des héros, figés dans un masque de cire (comme les poupées Barbie). Les personnages ont des yeux immenses, seuls véhicules d’expression dans des visages statiques. On pressent que les studios de l’oncle Walt sont dans une transition, en passe d’abandonner le dessin pour l’image de synthèse intégrale. C’est peut-être la fin des jolies histoires, trop mièvres au goût de certains. Disney chauffe déjà la promo pour Tron 2, tremplin vers un public plus ado. D’ici là, Raiponce reste un must pour les 7-10 ans et les générations bercées par Bambi, les Aristochatst, la Princesse et la Grenouille. Romain Duris et Isabelle Adjani prêtent leurs voix à la version française. La semaine prochaine, nouvelle sortie familiale : Le monde de Narnia, chapitre 3
Marion Hansel figure parmi les valeurs sûres du cinéma belge. Pour son dixième long-métrage, elle adapte trois nouvelles d’Hubert Mingarelli, se déroulant dans le Pacifique. Noir Océan confine au huis clos sur une frégate de la marine française en 1970. L’équipage, composé de jeunes matelots, surveille la zone d’essais nucléaires avant le tir d’une bombe atomique. Entre 1966 et 1995, la France a procédé à 170 explosions nucléaires. Ce n’est pas le thème premier du film. Marion Hansel s’attache surtout à scruter les états d’âme des jeunes engagés. Massina, Moriarty, De Maggio ont à peine 20 ans. Ils n’ont pas l’air heureux, mais ils sont embarqués sur le même bateau et essaient de tenir le cap du moral. Ils sont à la limite de la rupture. La réalisatrice est dure avec son public. "J’aime les films qui ne donnent pas d’explications, qui laissent aux spectateurs le choix de leurs propres interprétations. Ne rien savoir de leur passé, ont-ils été bien aimés ? Ne rien savoir de leur futur. N’exposer que le présent de ces garçons, le temps de l’histoire, quelques semaines." Résultat, on peine à s’attacher aux personnages ; leur texture est trop légère. La caméra prend le pli de la vie à bord : de longs plans séquences où il ne se passe pas grand’chose. Marion Hansel échoue à transmettre partager le coup de foudre éprouvé pour l’écriture de Mingarelli.
Introspection encore et nouvelle déception, Pieds nus sur les limaces, de Fabienne Berthaud. Ludivine Sagnier et Diane Kruger campent deux sœurs aux tempéraments opposés. La mort de leur mère les rapproche. La libertaire contamine la sœur rangée. Lily est drôle et n’a personne à aimer. Clara est mariée et n’aime pas sa vie. Clara et Lily s’épousent et prennent la vie comme elle vient. La réalisatrice adapte son propre roman. Pas sûr que ce fut une bonne idée.
A part Raiponce, pas de quoi charmer l’œil cette semaine. Et si, pour une fois, on allait voir un film d’action musclé à l’américaine ? Chiche. Unstoppable mérite l’arrêt. La chevauchée d’un train fou tient en haleine du deuxième quart d’heure jusqu’à la fin. Denzel Washington conduit la motrice sauveteuse. Son comparse Tony Scott (Top Gun) est derrière la caméra, dans les airs, sous les trains, aussi rapide que le convoi à la dérive. Les télés suivent en direct ce qui pourrait être une catastrophe terrible, si les wagons de produits chimiques déraillaient au-dessus de Stanton, Pensylvannie, 752.000 habitants. La couverture médias, hallucinante, amplifie la tension, le suspense, le plaisir. Plus fort de fort, l’histoire est inspirée de faits réels.
A un degré moindre, Red est regardable pour ses acteurs et l’humour entre les scènes de castagne. Bruce Willis, John Malkovich (génial en tueur parano), Morgan Freeman et Helen Mirren, Retraités Extrêmement Dangereux de la CIA, sont ravis de quitter la routine des pensionnés. Leur ancien employeur veut leur peau qu’ils ont encore très dure (style Rambo, même la gracieuse Helen). Red est adapté d’une BD comique (Comic) très populaire aux Etats-Unis.
Pour les allergiques aux superproductions américaines, une comédie française loufoque : Le nom des gens. Michel Leclerc aborde avec humour et ironie des sujets comme l’engagement politique, le voile, le racisme, l’islam, l’héritage de la Shoah, l’immigration. Sara Forestier et Jacques Gamblin composent un couple atypique et décoiffant. Bahia Benmahmoud et Arthur Martin, c’est ça, la France aujourd’hui. De situations cocasses en dialogues léchés, les clichés volent en éclats. Gros bémol à mes yeux, le ton léger pour parler de sujets graves finit par noyer la critique de l’intolérance.
Bravo au Jury CinéFemme qui a décerné son 12e Prix à Poetry, du réalisateur coréen Lee Chang-dong. Ces dames ont été "fortement impressionnées par l'histoire de Mija, une grand-mère qui élève seule son petit-fils et qui décide de suivre des cours de poésie, espérant ainsi ralentir le lent et inexorable enlisement, inhérent à la maladie d'Alzheimer." Le Prix est toujours visible sur les écrans.
Patrice Gilly