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Le septième et presque dernier épisode d’Harry Potter est le film le plus attendu de cette fin d’année. Les impatients seront déçus car ils devront trépigner jusqu’au 13 juillet 2011 pour savoir si l’Elu parvient à terrasser les pouvoirs toujours accrus de l’infâme Valdemort. Le réalisateur David Yates, un habitué de la série, a scindé le dernier tome en deux parties pour ne pas dénaturer le roman de J.K. Rowling. Le numéro 7, chapitre 1, dure d’ailleurs 2h26 minutes. Dès le début, la tonalité sombre domine et persiste jusqu’au dernier rictus de Valdemort. Les Mangemorts préparent un raid pour trucider Harry Potter. Leur prince se réserve la haute main sur l’exécution, à condition de trouver la super baguette magique détenue par le défunt professeur Dumbledore. Harry et ses fidèles acolytes, Ron et Hermione approchent les 17 ans. A cet âge, fini la protection des hautes murailles de Poudlard ou la chaleur douillette du cocon familial. Nos trois héros sont livrés à eux-mêmes, fragiles et déterminés, en proie au doute sur le succès de leur mission : retrouver les derniers Horcruxes (fragments de l’âme de Valdemort) pour vaincre le Seigneur des ténèbres. Adieu la sorcellerie ludique, l’humour et la surprise du premier opus voici 10 ans. Normal, les Mangemorts contrôlent le ministère de la Magie et Poudlard. Fini de rire. Mieux vaut avoir un sang pur dans les veines. Les sang de bourbe sont traqués et systématiquement condamnés au terme d’un procès à la sauce Kafka ou Brazil. Harry Potter et les reliques de la mort -1 rejoint le genre du film d’action, aux palpitations espacées. Une poursuite échevelée dans le cœur de la City vaut son pesant de frissons. Entre les accélérations du récit, le trio Daniel Radcliffe (Harry), Emma Grant (Hermione) et Rupert Grint (Ron) étalent un jeu densifié et assez conventionnel. Je garde un faible pour Ron le rouquin, un peu pataud mais efficace, décidé à garder une pointe d’humour dans ce final assez angoissant. Quelques intermèdes rompent un sentiment de déjà vu, notamment un clin d’œil appuyé à Twilight, lors d’une séquence ajoutée au roman. Les "rafleurs" ressemblent furieusement aux vampires de Twilight 3 (DVD le 3/12). Autre moment de détente, la légende des Reliques de la mort animée en ombres chinoises, brève bouffée de poésie dans un monde de brutes Bref, je n’ai pas été ensorcelé. N’ayant pas lu les livres, j’irai néanmoins voir le dernier acte, promis en 3D.
Les trois ados de No et moi sont beaucoup plus émouvants. Zabou Breitman adapte à l’écran un roman de Delphine de Vigan. L’écrivain a rendu un hommage appuyé à la réalisatrice. "Elle m’a donné à voir quelque chose au-delà du livre. Pour la première fois, sous l’éclairage de Zabou, j’ai compris pourquoi j’avais écrit cette histoire." No a 19 ans, clope au bec et n’a peur de rien. Du cran, il en faut pour vivre dans la rue, le nounours accroché au sac à dos. A 18 ans, elle est larguée brusquement sur l’asphalte, atteinte par la limite d’âge dans les foyers pour jeunes mineurs. Elle a un grand coeur, No. Elle accepte de répondre aux questions de Lou, 13 ans, qui doit faire un exposé sur les SDF (100.000 sans domicile fixe rien qu’à Paris). Lou présente sa famille en voix off sur des images de la gare d’Austerlitz : "ma mère ne sort plus, mon père pleure en cachette dans les toilettes." La mort subite d’un bébé a éteint le couple. No est une surdouée, solitaire et amoureuse du grand Lucas de 16 ans. Lou se met en tête de sauver No et l’impose à la maison pour remplacer une sœur morte et secouer l’apathie parentale. Lucas, intrigué par ce petit bout de femme, lui file un coup de main et un appart transitoire. Lucas, est seul aussi, un père au Brésil et une mère à Neuilly avec son "nouveau mec". Ces trois solitudes se rejoignent. Les comparses rient, souffrent et grandissent. L’amour manque, on en donne. Dialogue entre Lou et Lucas :
- Lou : No a besoin d’amour, qu’on soit là.
- Lucas : ca suffit pas. Elle prend plein de médocs. C’est plus compliqué.
- Lou : tu parles comme un vieux.
No rapproche Lou et Lucas, comme elle rapproche les parents de Lou. No sombre, remonte et s’éclipse, le temps d’un apprentissage. Elle rend sa petite protectrice à l’amour de sa mère. MAMAN ! le cri du cœur. Zabou Breitman suit avec tact et tendresse ces trois écorchés à la sensibilité à fleur de peau. Rires et danses alternent avec pleurs et cris. Energie, déprime, les deux battements de l’adolescence. La tendresse aussi. Lou lave No puis nettoie la baignoire avec une éponge. L’image est désaturée pour rendre le corps de No presque blanc. Une sortie de bain quasiment biblique, retour de la fille prodigue. Lou et son corps qui tarde à éclore. Lucas, désinvolte et doux, finement dirigé par sa mère Zabou, maman de Lou dans le film. Lucas empêche la fusion destructrice entre Lou et No. Julie-Marie Parmentier prend aux tripes, tantôt gouailleuse, tantôt désespérée. La maturité de Nina Rodriguez étonne. Sa Lou est à la fois maternelle et troublée par l’éveil de sa sexualité. Des scènes très écrites et des improvisations dirigées dynamisent le récit, ainsi que plusieurs trouvailles de style. Lou, No et Lucas marqueront les mémoires jeunes et anciennes. Heureusement que la voix off de Lou du début disparaît rapidement. Ses mots semblaient sortir tout droit du roman et ne collaient pas au petit bout de femme à l’image.
Je n’ai toujours pas vu Le secret de Charlie, étrangement absent des écrans de ma capitale. Liège invite nos cousins d’Amérique du Nord à la 3ème édition du cinéma du Québec. Cinq jours, cinq films aux cinémas Sauvenière et Le Parc, du 23 au 27 novembre. A voir absolument Incendies, de Denis Villeneuve, prix du public au FIFF de Namur. Le réalisateur et écrivain Patrick Sénécal se déplacera pour défendre Les 7 jours du Talion, la vengeance d’un père après un acte odieux commis sur sa fille. Débat prévu aussi après 10 ½, de Podz, sur la prise en charge de la délinquance juvénile. Programme complet sur www.grignoux.be/cinequebec10 Tél 04.222.27.78
Patrice Gilly