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Au mépris de la pluie de sorties cette semaine, j’éclaircis le ciel au moins jusqu’aux fêtes de fin d’année en braquant les projecteurs sur Potiche. François Ozon (Le refuge, Ricky, 8 femmes) nous ramène dans les années 70 pour une comédie sociale très enlevée et très coquine. Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Fabrice Luchini jubilent à jouer une partition qui plaira aux petits et aux grands. Karin Viard, Jérémie Rénier et Judith Godreche complètent une distribution scintillante. Fabrice Luchini en despote barbu dirige une fabrique de parapluies tandis que son épouse, Catherine Deneuve fait du jogging en taquinant la muse. La belle Suzanne n’a d’autre horizon que son intérieur qu’elle bichonne et son mari acariâtre qui la méprise. "Il te traite comme une potiche", lui lance sa fille. La potiche va casser le moule en volant au secours de son patron d’époux séquestré par le personnel de l’usine. Insulte à sa classe sociale, Suzanne sollicite Babin (Gérard Depardieu), député maire communiste et ancien amour de jeunesse, pour amadouer les ouvriers. Cela ne suffit pas, la potiche prend la direction de l’entreprise. En quelques mois, une femme nouvelle naît, un poil gênée par un passé qui la rattrape. Babin, encore éperdument amoureux de Suzanne, se reprend à espérer.
Potiche compte son lot de scènes cultes. Catherine en survêtement trois bandes et bigoudis ; Deneuve et Depardieu en proie à la fièvre du samedi soir sur la piste de danse du Badaboum ; Sergi Lopez en camionneur musclé lançant des oeillades à Deneuve ravie d’émoustiller encore à 60 ans. Le final, très royal (Ségolène) où Suzanne - "vous êtes mes enfants" - se donne à la France en chantant Ferrat : c’est beau la vie. C’est beau le cinéma quand des interprètes talentueux suivent leur réalisateur dans toutes ses envies. C’est beau et parfois émouvant de voir des monstres sacrés comme Catherine et Gérard prendre toujours autant de plaisir à jouer ensemble. Ozon est féministe, comique tendre et un fifrelin politique. Il caricature le monde du travail en forçant le trait et rêve encore d’autogestion et d’émancipation des classes laborieuses. Stimulée par sa patronne, Karin Viard refuse désormais les avances primitives de Luchini entre deux camionnettes. Potiche est terriblement roboratif. On rit, sourit et on s’attendrit à voir des acteurs vieillissants aussi fringants et amoureux de leur métier. La passion, une vraie cure de jouvence. Plus besoin de sortir Les petits mouchoirs et de regarder L’homme qui voulait vivre sa vie
Parmi les nouveautés de la semaine, Fair Game et Le secret de Charlie. Le premier retrace le calvaire de Valérie Plame, une agente de la CIA, discréditée par l’administration Bush en 2003. Son mari diplomate avait révélé que l’Irak n’avait pas d’armes de dissuasion massive et que rien ne justifiait une guerre contre Hussein. En guise de représailles, la Maison Blanche grille l’anonymat de Mme Plame. Le couple résiste. Naomi Watts et Sean Penn sont très bien. Sean est toujours prêt à casser du républicain et on attend Naomi dans Mother and child à la fin novembre. Je vous parle du Secret de Charlie la semaine prochaine, plus calme. Disons déjà que Charlie (Zac Efron) va déchirer le public, selon que l’on aime ou déteste les romances style Lettres à Juliette, Cher John ou Entre deux rives.
Oui, je sais, je n’ai rien dit de Kill me Please, avec Poelvoorde et Boulli Lanners, tourné à Lustin. Olias Barco se risque au film noir à l’humour grinçant, en noir et blanc, avec de petits moyens. C’est amusant et original la première demi-heure, mais la valse des suicides programmés tourne au ridicule ensuite. Dommage, l’idée était bonne. Les acteurs sont excellents. Benoît Poelvoorde, premier sur la liste du docteur Kruger, revisite sa déprime passée et rappelle Cela s’est passé près de chez vous, devenu mythique.
Jeunes critiques de 17 à 23 ans, à vos plumes d’abord, à vos claviers ensuite pour la mise au propre. Cinergie vous propose de coucher sur une page A4 votre appréciation du film Illégal avant le 15 février 2011. Le lauréat du concours vivra intensément cinq jours au festival de Cannes. Les dix meilleurs textes seront bombardés de DVD et de livres sur le 7ème Art. Cinergie.be organise depuis cinq ans un concours de critiques pour jeunes, en partenariat avec le WBInternational (ex CGRI), La Libre Belgique et le Centre du cinéma de la Communauté française de Belgique.
Infos : www.cinergie.be ou info@cinergie.be.
Le 11ième festival Cinéma méditerranéen a encore 4 beaux jours devant lui. 3 salles de projection vous attendent au Botanique, à Bruxelles. L’occasion, tous les 2 ans de découvrir la crème du cinéma sud maritime à travers la Compétition internationale et la section Panorama. Le Med programme aussi des séances familiales et la reprise de quelques films majeurs sortis brièvement ces derniers mois. En soirée de clôture, Mine Vaganti, une comédie débridée.
Infos : www.cinemamed.be ou 02/800 80 04.
Patrice Gilly