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Moi, moche et méchant, Le réseau social, Hildegarde, L’Américain

Moi, moche et méchant, Le réseau social, Hildegarde, L’Américain

Comme d’habitude, à la veille d’un congé scolaire, voici ma sélection de séances familiales pour la coupure de la Toussaint. Les moins pressés liront le détail de la chronique plus bas. Je vous ai déjà parlé de Laban et Labolina et du Voyage extraordinaire de Samy  (en 3D), pour les plus petits. Je préfère Moi, moche et méchant à Arthur 3.  Les fervents de Facebook et les rétifs au trombinoscope planétaire ne manqueront pas Le Réseau social, passionnant. Les amateurs de polar bien ficelés aimeront  L’américain sobre.  Elle s’appelait Sarah est très émouvant, sur fond de déportation des Juifs français en 1942. Kristin Scott-Thomas est parfaite en journaliste et mère accomplissant un devoir de mémoire bouleversant. Gilles Paquet-Brenner alterne avec bonheur passé et présent, ce qui surprend chez le réalisateur du très quelconque Gomez contre Tavares.

La semaine est riche en sorties. Honneur à Moi, moche et méchant. Le grand studio Universal Pictures  a décidé de titiller les spécialistes de l’animation Pixar et Dreawworks sur leur terrain de jeu. Les Américains ont débauché le producteur de L’Age de glace et de Horton pour formater un  méchant qui ne l’est pas vraiment. L’oncle Sam a embarqué un spécialiste français des effets numériques et a tourné en 3D. Pari réussi. Un tour en montagnes russes, une virée comique dans un grande surface et un sauvetage aérien donne du relief à une histoire assez classique où un faux méchant doit redorer son blason. Vector a volé une des trois pyramides, Gru doit frapper plus fort. En avant pour décrocher la lune  grâce au pistoréducteur subtilisé à  son rival. Gru peut compter sur son armée de Minnions, en forme de pastilles Tic-Tac survitaminés. Sur son chemin, le grand méchant va fondre devant trois petites orphelines en quête de père.  Les trouvailles côtoient les gags éculés et un peu gras (lance qui pète) qui font rire la salle. L’humour noir fait peur un tantinet aux plus petits, mais jamais longtemps. Les cinéphiles apprécieront les renvois à Mission Impossible, V et La fièvre du samedi soir. Pour son entrée dans la cour des grands animateurs, Universal a mis le paquet.



The social network (le réseau social). Accrochez vos claviers, ces petits gars d’Harvard sont des génies de la programmation informatique. Le dialogue mitraillette du début entre Mark et sa copine donne le tempo. Le créateur  de Facebook (il ne le sait pas encore) se fait larguer. Il rentre au pas de course. Entre deux bières et un blog, l’étudiant Zuckerberg propage son amertume à l’ensemble du campus. 22.000 connections en deux heures sur un site créé en cinq heures pour élire la fille la plus canon de l’université, en piratant les données personnelles des étudiantes. Le virus de la revanche a frappé et va se  développer chaque fois que Mark, asocial, timoré avec les filles, règle ses comptes. Cela donne Facebook, bottin estudiantin au départ, réseau social mondial un an après, pied de nez aux cercles universitaires très fermés et très huppés. En quelques nuits blanches, Zuckerberg corrompt les pratiques féodales et élitistes des fratries en les ouvrant en ligne au plus grand nombre. Mark a le nez pour flairer et amplifier les intuitions géniales des autres. Les jumeaux Winklevoss, emblèmes de la prestigieuse Harvard, lui intentent d’ailleurs un procès pour vol de propriété intellectuelle. Son ex-associé, son seul ami, réclame aussi des dommages et intérêts. David Fincher (Seven, Zodiac) s’appuie sur les auditions préalables aux procès pour esquisser le portrait d’un inventeur malgré lui. N’essayez pas de suivre ou de comprendre le jargon numérique de ces experts. Dites-vous simplement que le plus grand réseau social au monde est né d’une frustration amoureuse et d’un désir maladif de reconnaissance. Le film comporte peu de séquences en extérieurs. Tout se passe en interne, dans les cerveaux et dans les kots (à projet). Facebook rebondit souvent sur une boutade, sur un défi ou sur une idée fulgurante. Mark et sa bande pensent plus vite que la course d’un bit dans un  processeur. Dingue ! La séquence finale répond à la première du film. Faites le lien entre les deux…  encore une histoire de "nanas".



Changement d’époque et de personnalité avec Vision, la vie d’Hildegarde von  Bingen. Cette bénédictine a contesté l’ordre monacal établi. Elle a fondé son propre monastère au XIème siècle et a sorti les religieuses de l’obscurantisme. Elle s’est intéressée aux médecines douces, à la musique  et aux cultures du monde. Margarethe von Trotta dépeint surtout la personnalité contrastée de l’abbesse, présentée comme  manipulatrice, orgueilleuse et exclusive. La réalisatrice allemande passe rapidement sur son apport médical. Pourtant, ses remèdes naturels répertoriés dans "La petite pharmacie domestique d’Hildegarde de Bingen" font encore autorité. Le "biotic" baigne dans une lumière magnifique, contrastes entre la pénombre des cloîtres, l’éclairage à la bougie et la magnificence de la nature  où  Hildegarde donne classe de botanique et bâtit son monastère. Car "on peut aussi prier dans les arbres."

Les fans de Georges Clooney iront voir L’américain, un polar classique de grande classe. Jack est un artisan tueur professionnel. Il fabrique ses armes lui-même et s’apprête à exécuter un ultime contrat dans un village perdu des Abruzzes. Cette région montagneuse d’Italie est aride, désertique comme la vie de Jack, insensible et sans attaches. Et pourtant, le tueur en quête d’absolution, risquer une liaison sérieuse, aiguillonné par un curé au passé tortueux, soucieux de rédemption. Amateur de cascades et  de rebondissement s’abstenir. Jack prend son temps sous la houlette d’Anton Corbijn réalisateur néerlandais dont L’Américain est le premier long-métrage de fiction. Les Abruzzes, Violante Placido (future Sophia Loren) et … Georges  (quoi d’autre ?) sont splendides. 

Durant les vacances, pourquoi ne pas combiner tourisme et cinéma en visitant la Gaume et son 31ième Festival du film européen de Virton, du 4 au 13 novembre, au cinéma Patria, cher à André Cadet. Ce cinéphile et militant  infatigable du cinéma de quartier préside le festival. Il  a programmé une belle palette de films, à découvrir dans notre rubrique Activités. Point culminant de la décade : la journée belge du 7 novembre. La réalisatrice  Marion Hansel et l’acteur Jan Decleir pourraient rallier le sud de la Belgique pour défendre Noir Océan et Marieke, Marieke. Le Festival a un  rayonnement international, le public français représente une part notable des 8.000 entrées de la sélection virtonnaise. Les séances  de Liberté et Les Mains en l’air ont été dédoublées. Ces deux films affichent complet. 

Patrice Gilly

 

 

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