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Trente-trois ans après avoir vu son frère mourir sous ses yeux alors qu’il était gamin, Joe peut-il absoudre l’auteur d’un crime commis à 17 ans en guise d’intronisation au sein d’un groupe terroriste protestant d’Irlande du Nord. Nous sommes en 1998, le processus de paix est amorcé entre deux communautés qui se déchirent depuis les années '70. La télé britannique espère réconcilier Joe et Alistair, l’assassin qui a purgé une peine de 12 ans de prison. Alistair a réussi dans la vie, il est de milieu aisé, il a le verbe facile. Il rêve d’apaisement. Joe est prolétaire, vit dans une cité et trouve difficilement ses mots. Il attend depuis 30 ans "ses 5 minutes de bonheur", le moment où il trucidera l’exécuteur de son frère. A la violence répond la violence. L’engrenage fatal scelle catholiques et protestants. Le jour de l’émission de réconciliation, devant son miroir, Joe a des gestes identiques à ceux d’Alistair la veille de son forfait en 1965. Il range l’arme dans la ceinture, il observe la sueur perler à son front, la peur est palpable. Ira-t-il jusqu’au bout de la vengeance pour éprouver Five minutes of heaven ? Oliver Hirschbiegel (La chute, derniers jours d’Hitler) a passé quatre ans à peaufiner cette fiction très documentée. Il a rencontré alternativement les deux protagonistes durant deux ans. Le réalisateur a sondé leurs sentiments et leur a demandé d’imaginer fictivement ce que pouvaient ressentir bourreau et victime. La réalité a nourri la fiction. Ensuite, le cinéaste allemand a écrit le script et l’a lu et relu aux deux Irlandais. Alistair et Joe ont ainsi découvert l’état d’esprit de l’autre. Alistair explique : "quand on entre dans un groupe, on est prêt à tout, on ferme son esprit. On est dans son monde. Rien de l’extérieur ne vous touche. Tuer des catholiques, c’est normal. Ca pose un homme. Il n’y a personne pour vous dire que non, ce n’est pas normal de tuer. Cette parole, je ne l’ai entendue qu’en prison." Liam Neeson et James Nesbitt, tous deux irlandais, jouent remarquablement cette tragédie en trois actes : l’assassinat, l’émission de télé, l’affrontement. Joe et Allistair souffrent pareillement. Le terroriste précoce et repenti attend l’expiation. Le frère meurtri et vengeur veut que ses deux filles soient fières de leur père. Quelle est la meilleure voie vers la délivrance ? Réponse sur grand écran ou sur votre téléviseur, le film est également disponible en DVD.
Guillaume Canet livre beaucoup de lui-même dans son troisième film, Les petits mouchoirs. Les presque quadras trouveront probablement écho à leur soucis en suivant cette bande de copains en vacances à la mer comme chaque année. Enfin presque, car le boute-en-train maison est resté à Paris, hospitalisé après un grave accident de moto. Ce qui n’a pas l’air de trop préoccuper la dizaine de vacanciers embarqués dans un farniente plan-plan. N’empêche, apparaissent ça et là des lézardes sur la façade d’amitiés finalement assez superficielles, comme si l’ami absent avivait un malaise larvé. Après le très réussi Ne le dis à personne, Guillaume Canet change de registre et se lance dans le film choral façon Claude Sautet. "A la façon de" mais loin du talent du réalisateur de Vincent, Francois, Paul et les autres. Sautet pouvait s’appuyer sur des Montand, Schneider, Piccoli, Reggiani… A part François Cluzet, aucun acteur des Petits mouchoirs n’a l’étoffe de la génération précédente pour donner chair à des personnages assez falots. Il faut de grands acteurs - être bon ne suffit pas- pour porter les 2h30 étirées par Canet, truffées de clichés et parfois caricaturales. Le jeune réalisateur prometteur nous doit une revanche.
Dans la série des spectacles pour enfants en vue des congés de Toussaint, (voir rubrique du 13 octobre) Arthur 3, la guerre des deux mondes sera hors de mon tiercé préféré. Luc Besson mêle les genres, les époques et les techniques dans un fourre-tout censé plaire au grand nombre. Destiné aux 6-8 ans, Arthur cligne aussi de l’œil aussi vers les adultes et les américanophiles, en oubliant d’écrire une histoire. Besson s’éclate pour son seul plaisir et celui des 142 000 français qui ont plébiscité le film en première semaine. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on en ait les recettes, et sur ce plan, Arthur est un filon inépuisable.
Les festivals se bousculent dans la capitale en cette fin octobre. Le Festival des libertés commence demain à Bruxelles jusqu’au 30. Mourir ? Plutôt crever, ouvre le festival à 19h30 (Théâtre National), un documentaire consacré à Siné, caricaturiste de combat. A 80 ans, le dessinateur qui a connu Prévert et Malcom X est toujours aussi féroce après avoir été viré de Charlie-Hebdo. Découvrez le programme très riche comme d’habitude concocté par Bruxelles Laïque sur www.festivaldeslinbertes.be (tél. 02/289 69 00). Les films sont diffusés 2 fois, avec décentralisation à Liège. Le spectacle est total dans les 2 villes, avec des débats, des concerts et du théâtre.
Demain aussi, ouverture du Pink Screens festival, au cinéma Nova ( rue d’Arenberg, 3, 1000 Bruxelles). Jusqu’au 30 octobre, le festival braque un regard cinéphile sur les "questions de genres et de sexualités avec franchise, humour et curiosité." L’occasion pour la communauté LBGT (lesbienne, gay, bi et transgenre) d’exposer sa réalité avec humour, fantaisie et subversion. Une cinquantaine de films figurent au programme (http://www.pinkscreens.org) dont plusieurs sorties prochaines sur nos écrans.
Je termine par un anniversaire, celui du P’tit ciné (rue du fort 5, 1060 Bruxelles, Tél.02.538.17.57, http://www.leptitcine.be). Depuis 15 ans, l’association promeut le cinéma documentaire d’auteur. Le 26 octobre, à 20h30, à l’Espace Delvaux (Place Keym, à Watermael-Boitsfort), soirée festive de programmation en compagnie des compagnons de route du P’tit ciné que sont Denis Gheerbrant, Claire Simon et Claudio Pazienza. Chacun présentera un documentaire coup de cœur, suivi du verre d’anniversaire.
Patrice Gilly