Rubriques : | Cinéma | Jeux vidéo | Livres | Musique | Théâtre |
Le Festival international du film francophone de Namur (FIFF) décerne ses Bayards vendredi soir. D’ici là ne manquez mon coup de cœur de la semaine Les Fleurs du mal, projeté jeudi 7. David Dusa manie justement et poétiquement les technologies modernes de la communication pour parler d’amour et de combat politique. Son film intègre des videos tournées par des étudiants iraniens manifestant contre le pouvoir en 2009. Ces prises de vue sur le vif (au GSM) ont été placées sur YouTube et relayées par les réseaux sociaux. Quant à l’amour, il virevolte tourne à 360° dans les voltiges chorégraphiques du titi parisien Gecko autour de la belle Anahita, iranienne exilée dont le cœur est partagé entre Paris et Téhéran. Ils ont 20 ans et… c’est compliqué. Le mélange d’images vidéo, de GSM et de caméra HD ouvre peut-être la voie d’une nouvelle écriture cinématographique. Le montage mixe magistralement les supports. Alice Belaïdi et Rachid Youcef sont parfaits dans cette romance moderne.
Trois films présentés au Festival international du Film francophone sortent sur nos écrans. Pour continuer avec des cinéastes novateurs, Xavier Dolan signe son retour à Namur et en Belgique dans Les Amours imaginaires. L’an dernier, le jeune québecois tuait sa mère ; cette fois, il secoue l’amitié de Francis et Marie qui tombent amoureux de Nicolas, beau blond aux boucles d’ange. Peur de s’engager, peur de la solitude, le propos épouse l’air du temps, l’air de rien. Le style Dolan, on n’aime ou on n’aime pas. Longs ralentis, couleurs appuyées, Dalida à répétition, sexualité au naturel et témoignages documentaires sur la rupture sentimentale. Xavier écrit, tourne, choisit les vêtements et les musiques, bref il paye de sa personne, qu’il met souvent en jeu dans un film par an. Manifestement, le jeune cinéaste doué a un problème avec maman et son identité. Il prépare d’ailleurs un troisième long-métrage avec un travesti pour protagoniste. A ce marivaudage subtil et longuet, nous préférons la force des Fleurs du mal, qui n’a pas encore de distributeur, parce que c’est un film de jeunes et que "les jeunes sont difficiles à attirer au cinéma", paraît-il. Pourtant, ils ont plébiscité J’ai tué ma mère au FIFF 2009 et ils aimeront Les amours imaginaires. Je suis convaincu que la génération digitale apprécierait le film de Dusa tellement beau et profond.
De profondeur, Illégal n’en manque pas pour nous plonger dans le drame d’une mère russe immigrée sans papiers. Un contrôle d’identité la dirige ves un centre fermé, la séparant de son fils de 10 ans. La "décision de refus de séjour avec ordre de quitter le territoire" atterre Tatiana. Elle refuse de monter dans l’avion, se tait dans toutes les langues pour ne pas livrer son nom. Sans pays d’origine, impossible de la renvoyer quelque part. Elle tient physiquement et moralement pour son fils. Anne Coesens tient le film à bout d’émotions et de talent. Olivier Masset-Depasse (Cages) a de la chance de compter sur l’actrice belge pour sensibiliser à une cause délaissée par nos politiques. Il s’appuie aussi sur la reconstitution scrupuleuse d’un centre fermé, pareil aux six ouverts sur le territoire belge. Ces centres ressemblent à de véritables prisons, avec fouilles corporelles et suivi médical incertain. Illégal a ouvert le FIFF, était à Cannes et sera peut-être à Hollywood si le cinéaste carolo est sélectionné définitivement pour l’Oscar du meilleur film étranger.
Jeanne Labrune a osé : Bouli Lanners en psychanalyste parisien malheureux en amour dans Sans queue ni tête. Pari gagné, notre Bouli national est crédible dans les bras d’Isabelle Huppert, grande ordonnatrice des fantasmes de ces messieurs qui la payent pour matérialiser leurs pulsions rentrées. Deuxième pari, tracer un parallèle entre le plus vieux métier du monde et les disciples de Freud : relations tarifées sur rendez-vous et traitement des déviations humaines, les deux professions se lavent les mains après la séance.
- Nous sommes tous des pauvres gens, non ?, (la prostituée)
- Je suis bien payé pour le savoir (le psy).
Le début du film est déconcertant. La charge contre les psys est rude et caricaturale. Faut-il rire ou grincer des dents ? Ensuite, la femme de passe ne sent plus rien passer dans "sa cuirasse vide, son corps anesthésié". La tête relaie la queue. Le dernier tiers est émouvant, lorsque la fille sans joie rencontre de vrais malades mentaux (troupe les pèlerins de Namur), elle qui cherche la force de quitter le métier en sollicitant un psychiatre. Chaleur humaine, tendresse, parole, don de soi, des valeurs sûres à la bourse du bonheur. Une mention à Didier Bezace, savoureux dans le rôle d’un patient qui regagne du tonus à voir la tristesse de son psy.
Voilà, rideau ou presque sur le FIFF et ses débouchés. En espérant que Route 132 (magnifique film sur le deuil d’un enfant) du québecois Louis Bélanger décrochera un Bayard et sera distribué chez nous. Si le cinéma de nos cousins américains franchit rarement l’Atlantique, il commence à être édité en DVD, notamment l’excellent La vie avec mon père de Sébastien Rose. Ces mercredi et jeudi, toujours à Namur, je vous recommande Pieds nus sur les limaces (Fr), Balle perdue (Liban), C’est déjà l’été, tourné à Seraing (Pays-Bas).
| Mise à jour : Le FIFF a rencontré son chef d'oeuvre: Incendies, de Denis Villeneuve. Un film d'une force, d'une intensité et d'une beauté inouïes. A voir ce jeudi 7 octobre à 18h30 au Caméo 1 et vendredi à 18h15 au Caméo 2. |
Si vous adorez l’ambiance festival, le Cinespi débute le 11 octobre jusqu’au 16 à Louvain-la-Neuve. Troisième du nom, Cinéastes et Spiritualité est placé sous le thème Apocalypses –Cinémas et fins des mondes. Vingt-deux œuvres au programme pour "évoquer la recherche du sens de l’existence au milieu d’une catastrophe, ou encore le vivre-après, celui de la recherche des bases d’une société nouvelle à reconstruire." Plusieurs séances sont suivies d’une table ronde avec plusieurs réalisateurs) : L’armée des morts (2004), The Secret Life of Words (2006), Phénomènes(2008), A Serious Man (2010) et La Route (2010). Programme sur www.cinespi.be.Le Festival est dû à l’initiative de Cinespi (UCL) et de Média Animation (en partenariat avec l’Institut des Arts de Diffusion).
Patrice Gilly