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Le Festival International du Film Francophone a 25 ans. J’étais là en 1986 pour voir Le déclin de l’empire américain, de Denys Arcand, Golden Eighties de Chantal Akerman, Le sixième jour de Youssef Chahine. Un cameraman cinéphile Marc Simon et votre serviteur avions pris l’initiative de proposer des reportages à la RTBF sur un festival qui nous paraissait prometteur. On ne rajeunit pas. Plutôt que le zoom arrière, le 25ème FIFF plonge résolument vers l’avenir. Des acteurs, réalisateurs et producteurs de la nouvelle génération composent les différents jurys. Le Belge Joachim Lafosse préside les jurés du Bayard d’or; le duo Patar-Aubié (Panique au village) chapeaute le jury qui jaugera les 84 courts-métrages dont 45 productions nationales. La Belgique est à l’honneur dans toutes les sections, avec le nouveau film de Marion Hansel, Noir Océan, Illégal, d’Olivier Masset-depasse (en ouverture le premier octobre) et Marieke, Marieke, premier long-métrage de Sophie Schoukens. La France et le Québec sont bien représentés, de même que l’Afrique et la… Roumanie. Xavier Dolan, grand triomphateur l’an dernier (J’ai tué ma mère) revient avec Les amours imaginaires. Le jeune québecois entend tourner un film par an, pour nous, c’est trop. No et moi, quatrième opus de Zabou Breitman plaira au public jeune et au public en général. Comme l’an passé, les 15-18 ans ont entrée gratuite entre 15h00 et 18h45. Le prix du Pass reste inchangé à 25 euros, 20 euros en prévente.
En marge du festival, le FIFF Campus plante un arbre Place du Théâtre. Les jeunes de 3 à 25 ans sont invités à réaliser une corde d’1m de long à laquelle ils accrocheront des objets miniatures recyclés. Le fil doit être accompagné d’une légende expliquant un rébus sur le thème des “dépendances et indépendances”. Dépendance familiale, affective, aux médias, aux addictions… Une journée festive africaine baptisera l’arbre, après lecture des légendes et discussion sur le thème encordé.
Cette année, le FIFF donne son coup de coeur à Jane Birkin. L’épouse de Serge sera à Namur le 6 octobre après-midi. Seule concession à la nostalgie, cinq comédiens ayant marqué l'histoire du festival ont accepté de parrainer 20 jeunes talents belges et étrangers. Patrick Timsit, Anne Consigny, Jonathan Zaccaï, Louise Portal et Abderrhamane Sissako débatteront du métier d’acteur avec les jeunes pousses le 2 octobre, sous la houlette d’Olivier Gourmet, président d’honneur du Festival.
Programme complet sur www.fiff.be.
Je vous avais promis de revenir sur Ces amours-là. C’est la 43ième déclaration d’amour de Claude Lelouch au cinéma en 50 ans de tournage. Le réalisateur d’Un homme et une femme, Palme d’or à Cannes en 1966, nous convie à une grande réunion de la famille du Cinématographe, des Frères Lumière à l’Eden Palace, la salle de quartier où enfant, Lelouch échappa aux rafles nazies. Comment s’étonner après que le petit Claude n’ait cessé de projeter sa vie et ses angoisses sur grand écran, car le cinéma c’est la vie et la vie c’est un fabuleux livre d’images. Que l’on aime ou déteste le cinéaste à la caméra tournis, on ne peut contester son savoir-faire, discrètement et magistralement étalé dans Ces amours-là, dans un style épuré, débarrassé de l’urgence de vouloir tout dire et tout montrer. Lelouch tourne la (dernière ?) page dans un ultime plan, empli de mélancolie : les spectateurs sortent de l’Eden Palace, nimbé d’une pénombre crépusculaire, vestige d’un passé révolu lorsque les affiches géantes tenaient lieu de façade. Salut l’artiste, cette fois tu nous as émus pour de bon.
Amour toujours dans Io Sono l’amore, de Luca Guadagnino. Ce premier film, Tilda Swinton (Julia, Benjamin Button) voulait en être depuis 10 ans. Elle y incarne Emma Recchi, l’épouse russe d’un riche industriel milanais. Sa vie est réglée au millimètre au service de la lignée patricienne. Désoeuvrement et ennui glacé sont au menu jusqu’au jour où un jeune cuisinier, ami de son fils, réveille les sens engourdis d’Emma. Son âme slave renaît dans un bouquet d’essences et de saveurs, couchée dans les bras aimés au creux de prés hospitaliers. Un drame familial émancipera totalement Emma, à nouveau reliée à elle-même et à ses origines. L’actrice anglaise campe à merveille l’émancipation de cette grande bourgeoise contre nature. Emma a une profonde nature d’artiste, pianiste refoulée. Sa métamorphose se traduit dans des tenues vestimentaires de plus en plus épurées, loin de l’élégance imposante des grands couturiers. Lorsqu’Emma récuse son mari, elle est pieds nus dans une église, trempée et soudain déterminée à détruire la façade d’épouse soumise et convenable sous tous rapports.
En toile de fond, le déclin des entreprises familiales face à la mondialisation. Le grand-père fondateur décédé, les fils dansent au grand chagrin d’un petit-fils attaché aux traditions. Un premier film séduisant à bien des égards.
Une petite annonce pour clore cette 50ème édition de Cinétoiles. Et oui, déjà un an de coups de cœur grand écran sur LeLigueur.be. L’équipe de ZinéGlüb reprend mercredi prochain, à 19h, ses séances mensuelles "spéciales Jeunes" au cinéma Arenberg, à Bruxelles. Illégal, décidemment très prisé est à l’affiche de ce Ciné-club destiné à familiariser le jeune public avec le cinéma d’Art et Essai. Le film, le débat, et une boisson, le tout à 5.40 euros. Infos sur www.arenberg.be.
Patrice Gilly