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Exit les petites comédies de l’été, place à Tamara Drewe, de Stephen Frears, adapté du délectable roman graphique de Posy Simmonds. "Tam", pour les intimes, a le feu au corps et dans la tête. Elle embrase un paisible village reculé de la campagne anglaise. Que d’âmes tourmentées et perverses dans ce havre de paix. Le beau jardinier, le batteur d’un groupe en vogue, un écrivain cynique à succès craquent pour cette enfant du pays revenue restaurer la maison de sa mère défunte. Ils sont subjugués (moi itou) lorsque Tamara (Gemma Arterton, Le choc des Titans, Prince of Persia) enjambe une clôture en short bleu boudinant et dessus échancré rouge vif. Le réalisateur se rappelle qu’il a tourné jadis Les liaisons dangereuses. Nous voguons d’idylles torrides en fantasmes imagés. Deux ados harpies mettent leur grain de fiel dans ces libertinages, en fomentant des coups bas dans un arrêt de bus où le bus ne s’arrête jamais. "A part des conneries, il n’y a rien à faire dans ce bled." Pourtant, avec sa résidence d’écrivains, son pub et son troupeau de vaches, ce petit coin du Dorset regorge de piments pour assaisonner une comédie caustique, assez sexy et un poil horrible. L’humour britannique masque de vrais sentiments sous un faux détachement. Les répliques fusent au scalpel, l’ironie est permanente, on rit franchement et souvent jaune.
Outre un féroce ballet de moeurs, Stephen Frears snobe la société du spectacle et la vacuité contemporaine en brocardant une belle brochette de ratés ou presque. Heureusement, la sainte Beth veille au bien-être de tous. La fin de la partie de campagne est terriblement originale et complètement amorale. Un seul reproche à ce divertissement haut de gamme, un goût d’amertume parfois trop prononcé qu’aurait tempéré un (g)zeste de tendresse. Les acteurs, la plupart issus du théâtre sont épatants.
De tendresse, Viviane en a manqué durant et après son enfance. Cette directrice d’école maternelle n’ a vu sa mère que trois fois, la troisième sur son lit de mort. A 17 ans, elle a rompu définitivement avec sa génitrice volage. Les rapports de Viviane avec maman sont restés en suspens. Devenue adulte, elle vit une existence ordinaire en traînant quelques boulets affectifs et professionnels. Pour son "bien", sa mère réapparaît à l’état de fantôme tracassant. Cette apparition réelle ou imaginaire provoque diverses prises de conscience chez une Viviane insensible en surface et tourmentée à l’intérieur. Dans Maternelle, Philippe Blasband s’attarde sur la face sombre de l’amour maternel. Il filme sans éclat, ni passion, un destin auquel on ne s’attache pas vraiment. A cette Maternelle plutôt terne, nous préférons Une honnête commerçant ou La couleur des mots (déjà avec Aylin Yay), films que vous pouvez voir ou revoir à la rétrospective Blasband, organisée à Flagey, (www.flagey.be) jusqu’au 9 octobre.
Le dernier Exorcisme est un faux documentaire qui sonne diablement vrai. J’en parle parce que la confusion des genres conditionne notre regard. Tant que vous croyez suivre un reportage sur un exorciste arnaqueur repenti, l’étrange paraît normal et questionne. Une fois le procédé éventé, la tension disparaît et vous basculez dans l’horreur classique, avec des frissons suscités, plus superficiels. Le point de vue change, l’émotion est d’une autre nature, plus épidermique que le mal être diffus qui taraude à la vue d’un exorcisme dans le tréfonds d’une Louisiane, à la croisée de multiples religions. Daniel Stamm lorgne vers Blair Witch Project et Cloverfield où les protagonistes filmaient ce qu’ils vivaient. Le reportage sur une jeune fille possédée par le diable se construit sous nos yeux. Une belle illustration de la post-modernité, comme la définit le sociologue et philosophe Jean Baudrillard, "l’ère des simulacres et de l’hyperréalité où n’existent plus que des images et des signes sans référents", Tout ça, c’est du bluff (réussi), les images nous font croire n’importe quoi, tel le prédicateur habile qui envoûte mène ses ouailles crédules. Pour les amateurs d’horreur, assez nombreux chez les ados.
Les trois films dont je vous parle, estimables à certains égards, n’arrivent pas à la cheville Des hommes et des dieux, (sorti la semaine dernière), deux heures de grâce et d’élévation rares au cinéma. Le grand prix du Festival de Cannes comporte une dernière cène vibrante, qui devrait émouvoir croyants et non croyants, le souffle coupé devant le courage réfléchi de sept moines français exécutés en Algérie pendant la guerre civile de 1993-98.
Ne manquez pas non plus le talent d’une trentaine de femmes lors de la troisième édition du festival "Elles tournent" du 16 au 19 septembre au Botanique, à Bruxelles. Les cinéastes féminines cassent les stéréotypes et dérangent avec humour, passion ou insolence. Longs et courts-métrages, documentaires, l’affiche est vraiment alléchante. Projections de 14H30 à 22H30. Programme détaillé sur www.ellestournent.be.
Si la caméra vous démange, Média Animations organise un concours de créativité contre le racisme. Thème retenu :"Interculturalité : cles contre le racisme ". Nabil Ben Yadir (réalisateur du film "Les Barons") assure la présidence d’un concours ouvert à tous et à tous les supports (caméra, GSM ou appareil photo numérique). Vous avez le choix de réaliser soit un court-métrage (moins de 6 minute), soit un très court-métrage (moins de 1 minute). Ce dernier format convient bien au GSM, mais l’exercice est difficile. La remise des prix et une dernière séance de "Vote du Public" sont prévues le dimanche 20 mars à Bruxelles.
Inscriptions chez Média Animation pour le 11 janvier 2011.La remise des œuvres est fixée au 15 février 2011. Avenue E. Mounier, 100, à 200 Bruxelles 02 256 72 33.
Tout les finfos sur www.afilmsouverts.be
Patrice Gilly