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Romance, aventures et deuil, voici le programme de la semaine. L’été continue à décliner ses comédies romantiques. A Une famille très moderne (Switch), nous préférons Les lettres à Juliette, à cause de la Toscane et de la lumineuse Vanessa Redgrave. Peut-être aussi parce que le film de Gary Winick (Le petit monde de Charlotte) est moins américain que Jennifer Ariston à la recherche du sperme idéal. Une autre habituée des comédies douces, Amanda Seyfried (Mamma Mia et Cher John) répond à un lettre d’amour écrite 50 ans plus tôt et scellée sous le balcon de Roméo et Juliette, à Vérone. Le mur des amoureux est pavé de messages éplorés. Des femmes appointées par la ville envoient un petit mot de soutien ou de consolation aux âmes en peine et en attente de l’être aimé. La réponse presque posthume de Sophie ravive chez Claire le souvenir d’un bel été toscan. La jeune fille devenue grand-mère revient sur les lieux de ses émois. La belle Mamy se lance dans la quête improbable de son premier amour, en compagnie de Sophie et de son petit-fils, un anglais cartésien sous toutes les coutures. Le soleil, le vin et un destin commun vont rapprocher le jeune lord et la marieuse amateur, pas si étourdie qu’elle en a l’air. D’accord, c’est sans surprise, plein de clichés, mais sous le déjà vu pointent quelques messages. L’amour n’est jamais périmé ; quand on y croit, tout est possible. La septuagénaire Vanessa Redgrave interprète Claire avec une densité et une vérité touchantes. Son humanité et sa tendresse portent le film ainsi que la magnifique photo d’une Toscane très cinémagénique. Pour l’anecdote, Franco Nero, acteur italien en vogue dans les années 60, apparaît également dans un petit rôle. A la ville, Vanessa et Franco sont mariés (depuis 2006), après s’être connus sur le tournage de Camelot en 1967.
600 kilos d’or tente de renouer avec la tradition du cinéma d’aventures français cher à Lino Ventura, à Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, de vrais durs à cuire. Un taxi pour Tobrouk, 100.000 dollars au soleil et l’Homme de Rio combinaient action et humour. Cela remonte à une époque lointaine que les jeunes ne connaissent pas, sinon par leur rediffusion à la télé. La génération actuelle peut donc mordre au premier degré dans le baroud de Clovis Cornillac sur l’or guyanais. La jungle tient le rôle principal. La sélection naturelle est impitoyable : chaleur étouffante, bestioles agressives et bruits angoissants pourrissent la fuite des voleurs de 600 kilos du précieux métal, très prisé des trafiquants et des blanchisseurs d’argent noir. Quelques couplets lâchés à la va-vite sur l’or sale, ni les superbes couchers de soleil sur la canopée guyanaise ne réussissent à donner de la profondeur à un long-métrage tourné dans des conditions ardues.
Les arbres en savent plus long que nous sur la vie. Julie Bertucelli a été jusqu’en Australie pour dénicher L’arbre, un gigantesque manguier, autour duquel s’orchestre le deuil d’une mère et de ses quatre enfants en proie au décès subit de leur mari et père. La veuve (Charlotte Gainsbourg) est obligée de gagner rapidement en maturité, à la fois pour soutenir ses enfants désarçonnés et choisir la bonne solution : partir ou demeurer. L’arbre pousse au départ cette femme expatriée, non pour oublier mais pour continuer à vivre sous des cieux plus hospitaliers, maintenant que son mari australien n’est plus là pour veiller au grain. Les racines du manguier enlacent l’habitation familiale, la soulèvent de terre pour déraciner le chagrin éprouvé diversement par chaque enfant. L’aîné moralise, le plus jeune ne pipe mot et Simone, environ 8 ans, décide d’être heureuse plutôt que triste. Elle se console en imaginant (?) que son père s’est réincarné dans l’immense végétal. Progressivement, la mère reprend les rênes, soude la tribu autour de sa conviction que la vie est ailleurs, même si elle ne sait pas trop où. La réalisatrice joue sur différents registres y compris fantastique, pour dépeindre ce deuil collectif avec une grande sensibilité. Julie Bertucelli trouve le ton juste, inspirée par son propre vécu, la perte récente et brusque de son compagnon.
Patrice Gilly