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Ben Stassen est le spécialiste du cinéma d’animation en 3D. En 2007, il a réalisé le dessin animé le plus cher jamais produit en Belgique. Fly me to the Moon avait coûté 17 millions d’euros. Le voyage extraordinaire de Samy est moins ambitieux. Une tortue remplace les trois mouches qui voulaient accompagner la mission Apollo sur la lune. Ben Stassen avait envie de raconter le voyage initiatique d'une tortue de mer depuis sa naissance jusqu'à l'âge adulte. L’idée lui est venue au Mexique alors qu’il était en vacances avec son fils de 6 ans. "Au coucher du soleil, le personnel de l’hôtel transportait une couvée de tortues en train d’éclore sur la plage. Leur mère avait pondu ses oeufs sur la pelouse, à l’endroit exact où elle-même était née 30 ans auparavant. L’hôtel n’était pas encore construit à l’époque. Hélas, ces minuscules nouveaux-nés n’arrivaient pas à accéder au large. Pendant que nous observions ces bébés tortues être ramenés sur la plage par la force des vagues, on nous a dit que les petits restent à la surface des océans pendant les dix premières années de leur vie environ. Ils parcourent des distances incroyables en se laissant porter par les courants. Au vu des réactions des enfants et des adultes ce soir-là, j’ai pensé que cela ferait un film d’animation en 3D formidable !" Dany Boon, Elie Semoun et Olivia Ruiz prêtent leurs voix à ce film distrayant et gentiment écolo pour les plus petits.
L’ours et le magicien propose du cinéma d’animation à l’ancienne, dans la lignée de la grande école des pays de l’est des années '60. Les marionnettes sont animées image par image dans des décors minimalistes. Le Parc Distribution met un point d’honneur à diffuser des courts et moyens-métrages qui plaisent aux tout petits. (4, 5, 6... Mélie pain d'épice, Drôle de grenier). L’ours et le magicien englobe trois productions lettonnes. Les edux plus courtes sont bruitées, sans paroles. Le public des 3 ans appréciera un voyage au pays des glaces et une fable dans le désert. Le dernier film raconte une histoire de princesse, sauvée par un page. Le maître des glaces permet quelques effets visuels très réussis, preuve que l’on peut charmer sans effets spéciaux démesurés. Cette séance spéciale "marmots" dure 51 minutes, sous la houlette de Maris Brinkmans et Janis Cimermanis. De l’artisanat pur à comparer avec la maestria technique de Samy.
Mari et femme acteurs dans un même film, c’est courant : Nicole Kidman et Tom Cruise (avant leur séparation), Katharine Hepburn et Spencer Tracy (pour les plus anciens) ou Monica Bellucci et Vincent Cassel. Mère et fille se donnant la réplique, c’est plus rare. Isabelle Huppert a tourné Copacabana avec sa fille Lolita Chammah. Esméralda a fort à faire avec Babou, une mère fantasque, imprévisible et résolument anti-conformiste. Babou rêve de Brésil, elle déteste l’ennui et promène sa fantaisie et sa progéniture aux quatre coins de l’hexagone et des Antilles. Mais, cette fois, dans le Nord de la France, les finances sont à zéro. Esméralda veille au grain en travaillant comme serveuse dans un restaurant. Elle fréquente un gars bien sous tous rapports et lisse comme une vie sans surprise. Le contraire de Babou. Qu’importe, ces deux-là vont se marier. Esméralda l’annonce à Babou et lui dit du même coup que sa présence n’est pas souhaitée : "tu me ferais trop honte". Ce rejet décide Babou à accepter un emploi de promotrice de vente d’appartement en temps partagé à Ostende. Voilà la mère indigne obligée de rentrer dans le rang, de se conformer à un monde qui lui est totalement étranger. Le réalisateur Marc Fitoussi bascule dans le registre de la critique sociale sur un mode comique. Evidemment, Babou sort du rang et humanise cet univers de vente à tout prix. Son humanité lui coûtera sa place, mais elle regagnera l’estime de sa fille, qui ne peut s’empêcher d’admirer la soif de liberté et la générosité maternelles. La paix est signée, Babou assiste au mariage de sa fille, en lui réservant une surprise chatoyante, à l’image de son personnage, d’une inconscience totale et audacieuse. Plusieurs scènes émouvantes émaillent le film, en particulier, celle où la future belle-mère aide son gendre à reconquérir sa fille. Isabelle Huppert est très à l’aise dans un rôle comique. On croit à son personnage, un tantinet Don Quichotte. On s’amuse à reconnaître les plages et les immeubles d’Ostende. On applaudit à la réconciliation entre Esméralda et Babou, de caractères si opposés, qui finissent par s’apprivoiser dans la tolérance de leurs choix réciproques.
Je vous parlerai de L’apprenti et le magicien, la semaine prochaine, une nouvelle grosse production des studios Disney, avec Nicolas Cage. C’est trop : le jeune public est gâté cette semaine.
Patrice Gilly