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Le dernier maître de l’air et Yo, también

Le dernier maître de l’air et Yo, también

Les superproductions se suivent et ne se ressemblent pas cet été. Après Inception, qui pulvérise les records de fréquentation en Belgique, voici Le dernier Maître de l’air, avec des acteurs inconnus et un réalisateur réputé, Night Shyamalan, et Nuit et Jour (Night and Day), avec des acteurs connus, Cameron Diaz et Tom Cruise, et un réalisateur méconnu. Ces deux films rentrent dans la catégorie "spectacle familial d’action", sans pour autant - on vous prévient - être des films exceptionnels.

Night Shyamalan flirte depuis longtemps avec les phénomènes paranormaux (Le sixième sens, Incassable, Signes). Au début, ce réalisateur d’origine indienne intriguait et séduisait, mêlant mystère, non-dit et étrange. Cette fois, avec Le dernier Maître de l’air, il a dégainé les gros moyens pour décliner, sur grand écran, la série d’animation Avatar, qui ravit les habitués de la chaîne TV pour enfants Nickelodeon. En effet, les trois filles de Night Shyamalan adorent cette franchise et ont contaminé leur réalisateur de père. Celui-ci a plongé dans un genre inédit pour lui et livre un mélange impersonnel du Seigneur des Anneaux, de Karaté Kid et de Kung-fu. Aang, l’Avatar de ce premier récit (il y aura donc une suite…) est le dernier maître de l’air à pouvoir maîtriser les quatre éléments : air, terre, eau et feu. Le monde est divisé en quatre tribus, dominant chacune un des éléments. La nation du feu entend asservir les autres nations. Les hommes de noir et rouge vêtus traquent Aang, revenu à la surface après avoir passé un siècle dans les glaces. Le jeune Avatar ressemble furieusement à l’élu choisi pour succéder au dalaï-lama. Le film est conçu pour plaire partout. Les notes de production nous disent que "les soldats de la Nation du Feu ont un look moyen-oriental, indien, méditerranéen ou italien. Les enfants et adultes du Royaume de la Terre (on les voit peu) ont un look africain ou asiatique tandis que les  tribus de l’eau affichent un physique anglo-saxon." La musique tonitruante et omniprésente alourdit une saga dénuée de souffle et d’humour. Notons au passage le couplet sur les vertus de la prise de responsabilité et de l’action collective, toujours de bon aloi, même si le message est plaqué vite, entre deux scènes de bagarre. A voir en famille, si vous voulez découvrir ce qui passionne vos enfants, assez preneurs de la version animée sur Nickelodeon.

Plus profond, plus intimiste, Yo, También (Toi aussi)  a décroché le prix de la meilleure œuvre et le prix de la RTBF au dernier Festival de Bruxelles. C’est amplement mérité pour le thème et les interprètes. Les deux réalisateurs espagnols - Antonio Naharro et Alvaro Pastor - abordent la vie amoureuse et sexuelle chez les trisomiques. L’amour est-il concevable entre Daniel et Laura ? Daniel, 34 ans, est le premier trisomique en Europe à avoir décroché un diplôme universitaire. Laura semble inaccessible, bien dans sa peau, si belle et indépendante. Daniel est subjugué, Laura accepte une relation au mépris des conventions sociales. En 1996, Le huitième jour de notre compatriote Jaco Van Dormael avait fait grand bruit à Cannes, en obtenant un double prix d’interprétation pour Pascal Duquenne et Daniel Auteuil. C’était une des première fois où l’on se rendait compte des difficultés vécues au quotidien par les personnes handicapées. Van Dormael avait opté pour l’humour et la poésie. Yo, también est parfois proche du documentaire, inspiré d’une histoire vraie. Les acteurs sont tous épatants : les trisomiques amateurs et la lumineuse Lola Duenas, déjà émouvante dans Mar Adentro, un autre film déchirant sur l’euthanasie.

Terminons sur une note plus légère, avec cette comédie cubaine : La corne d’abondance (El Cuerno de la abundacia). Une chasse au trésor cocasse, dans la veine du cinéma italien des années 70. Les Castiñeiras - c’est comme les Dupont en France - il y en a des tonnes à Cuba. Une seule famille pourtant peut prétendre à l’héritage laissé par des religieuses au 18ième siècle. Deux siècles plus tard, imaginez le pactole après le décompte des intérêts accumulés. On vous le donne en mille : 123 millions de dollars ! De quoi exciter bien des convoitises, des rêves et des dépenses inconsidérées…

Patrice Gilly

 

 

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