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Action et cascades animent Babies et Inception, deux films aux antipodes. C’est leur seul point commun. L’un montre la vie réelle, à peine éclose, l’autre plonge dans les rêves humains et les manipule. L’oeuvre de Christopher Nolan est pur artifice tandis que le documentaire de Thomas Balmès, produit par Alain Chabat remplit l’écran de frimousses attendrissantes se frottant à la réalité d’un monde inconnu 9 mois avant.
Honneur aux bébés. Ils sont quatre, namibien, mongol, américain et japonais. Leur projet est identique, découvrir et explorer la vie qui leur est donnée. Les mimiques, rires et pleurs, sont pareilles de Tokyo au désert ouest-africain. La caméra au plus près, parfois du matin au soir, nous livre les premiers émois terrestres de bébé. Celui-ci est filmé dans son plus simple naturel ; nu dans la poussière rouge namibienne, emmitouflé comme une poupée russe dans la steppe de Mongolie, appareillé dans un hôpital de San Francisco. La naissance, la tétée, les premiers pas, le scénario est commun à tous les continents, sauf l’environnement du nouveau-né. Ponijao et Bayarjargal vivent très proches de la nature, Mari et Hattie grandissent entre les gratte-ciels de Tokyo et de San Francisco. L’éducation varie selon les traditions familiales. Le petit mongol dispose très tôt d’un périmètre de liberté, attaché à son lit par une corde liée à la cheville. Bayarjargal peut ainsi évoluer dans la yourte sans craindre de se brûler au poêle. On frémit quand une chèvre vient boire l’eau de son bain, sans que le petit baigneur ne s’émeuve. Ponijao est aussi élevé à la dure (pour nous). Il commence à marcher entre les chiens qui musardent près de la hutte familiale. L’enfant africain n’a pas peur non plus de tirer les poils d’un chien. L’animal ne bronche pas, comme s’il était conscient de la fragilité de son très jeune maître. Pendant ce temps, Mari essaie de capter l’attention de son père au Japon, très branché GSM et ordi comme il se doit à Tokyo. Le PC a le dernier mot. Mari est laissée à ses jeux, en l’occurrence, jouer avec les photos imprimées par son papa. On ne nous montre pas la réaction du père quand il découvre le désastre. Les parents de Hattie sont très cool. C’est normal à Frisco, jadis berceau des hippies. Plusieurs familles se réunissent pour chanter en cercle, leur bébé dans les bras, une mélopée indienne louant les vertus de la terre nourricière. Babies est une ode à la vie, sous toutes les latitudes, quelle que soit l’attitude contrastée à l’égard de bébé. La dernière image du film est splendide, l’enfant des steppes, la joie illuminant son visage, se dressant sur sesdeux2 jambes, en équilibre, dans un champ de blé, sous un soleil resplendissant. En avant, marche.
Babies est plein d’humour, une substance que Christophe Nolan a oublié d’injecter dans les 2h30 de spectacle total d’Inception. Je vous préviens d’emblée, inutile d’essayer de suivre le fil de l’intrigue qui se développe dans les tréfonds du subconscient. Vous risqueriez de vous perdre dans le dédale des univers oniriques imaginés par des rêveurs reliés entre eux. Ces univers ne sont pas complètement originaux. Leonardo di Caprio est un manipulateur professionnel. Il vole des informations dans le cerveau des victimes dans leur sommeil et les vend au plus offrant. Pour parvenir à ses fins, Cobb s’entoure d’une équipe pour baliser le voyage au pays des songes de la cible. Si vous renoncez à comprendre, même grossièrement, vous verrez un film d’action, à la croisée de Matrix et de James Bond. Ca tire beaucoup, ça explose fort et ça déçoit au final. Pourtant, avant de trafiquer la songerie d’un fils de milliardaire, des trouvailles visuelles séduisent. Les immeubles parisiens se retournent pour boucher l’horizon ; un immense miroir se fracasse, reflet à l’infini de nous-mêmes, posé sur des strates de subconscients. Nous sommes au début du "trip", le voleur de rêves explique son procédé. On s’attend à savourer une passionnante descente dans notre moi intérieur. Hélas, Nolan opte pour l’action pure et dure. Lassant dans la dernière demi-heure. Reste une palette visuelle incroyable, avec un minimum d’effets spéciaux. Le train qui déboule soudainement dans l’artère d’une grande ville américaine est bien réel. Rêve ou réalité, quel monde est le plus séduisant ? C’est peut-être la question consciente ou inconsciente que Nolan a voulu évoquer. Il n’y a pas de réalité unique, dit la femme de Cobb, perdue entre deux univers. Lequel choisir ? Des rêveurs invétérés sont rivés au rêve. Ils sont passés à la réalité rêvée en permanence. Le rêve en alternative à une existence décevante, échappatoire comme la drogue, l’alcool ou Internet. Inception reflète l’air du temps, oscillation perpétuelle entre virtuel et réel, choix entre le vrai et le faux, entre film d’aventure ou aventure intérieure.
Si vous cherchez un spectacle familial à coup sûr, The Karate Kid pourrait convenir. Le scénario n’a pas varié d’un iota depuis 1984. Seul la couleur de peau du héros et les lieux changent. Le jeune Dre (interprété par le fils de l’acteur Will Smith) est initié au kung-fu en Chine où sa maman a été mutée. Jackie Chan joue son mentor. A 56 ans, celui qui a popularisé l’art du combat acrobatique dans une centaine de films a encore du répondant. Jackie livre une sorte d’héritage à la génération montante. Vous devinez que Dre, bien entraîné, rossera les méchants. On ne s’en lasse pas.
Patrice Gilly