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Les mains en l’air s’impose comme la sortie de la semaine. Sa diffusion dans deux salles seulement à Bruxelles et à Liège est un petit scandale. Les écrans de l’été sont chers. L’artillerie des comédies américaines bon marché pilonne déjà très fort et de grosses productions (Robin des Bois, Prince of Persia) continuent à mobiliser les salles. Dans Les mains en l’air, Romain Goupil orchestre une bande gosses mobilisés pour soustraire Milana à l’expulsion réservée aux sans papiers. L’indécrottable militant de gauche (sur les barricades en ’68) a gardé une belle capacité d’indignation. Expulser un enfant est indigne d’une société démocratique. Goupil utilise le procédé du retour en arrière pour raconter le complot subversif d’une poignée de 8-12 ans. Il adopte le point de vue des enfants, au départ du souvenir de Milana qui se rappelle en 2067 de ce qui s’est passé 60 ans plus tôt. Les détails sont frais dans sa mémoire, hormis le nom du président français de l’époque. Suivez son regard… vers Nicolas Sarkozy, partisan des retours au pays organisés. Anecdote piquante, Valeria Bruni-Tedeschi, sœur de Carla Bruni, épouse du président, incarne la mère qui décide d’héberger Milana. Je n’ai pas vu le film, donc je ne vous livre encore aucune appréciation. Mais je tiens à attirer l’attention des Liégeois et des Bruxellois qui ont la chance de voir cette œuvre humaniste à l’affiche. Rare sont les cinéastes qui donnent la parole aux enfants, qui plus est, pour aborder un sujet d’actualité comme celui des immigrés sous la menace de rapatriement forcé. Romain Goupil joue lui-même dans son film, ce qui décrispa les jeunes acteurs amateurs, rassurés de voir leur mentor se planter comme eux.
L’été cinéma sera très familial. La relation mère-fille sera à l’honneur dans l’Age de raison, avec Sophie Marceau et Copacabana où Isabelle Huppert se brouille avec Lolita Chammah. Ces deux-là sont mère et fille à la ville également. A voir début août, j’y reviendrai évidemment. Je me dois d’épingler un autre film presqu’invisible aussi pour le moment. Alamar nous embarque dans un périple initiatique au large des Caraïbes. Banco Chinchorro est situé près d’une grande barrière de corail unique au monde. Jorge veut inculquer les racines de sa culture à son fils de 5 ans. Les paysages sont magnifiques, l’histoire est simple, plaidoyer pour une vie tranquille en harmonie avec la nature. Alamar me donne l’occasion de vous reparler d’Océans qui sort en DVD. Les bonus livrent les coulisses d’un tournage étalés sur 4 ans pour dévoiler le monde mystérieux des profondeurs. Alamar et Océans, avare de commentaires, en disent plus long sur l’écologie que bien des discours.
Des perles cinématographiques restent dans leur écrin ou presque, des héros familiers préparent leur retour. Shrek 4 (dernier de la série, sortie massive le 14/07) est déjà projeté à raison d’une séance quotidienne dans plusieurs villes. Est-ce bien utile ? L’ogre vert retrouve toujours ses fans, même sans rampe de lancement. La production ne laisse rien au hasard. Les pré-séances allument le bouche-à-oreille si d’aventure le public Shrek était lent à la détente. C’est curieux, sur 7 sorties de la semaine, 6 ont un nombre de salles restreint pour gagner leur public. Je reviens donc en arrière pour vous conseiller Prince of Persia, toujours bondissant depuis le 19 mai, intelligemment inspiré d’un jeu video. Le type même du film d’aventures à l’ancienne bien enlevé et plein d’humour. Dans cette gamme, Robin des Bois ravira les amateurs d’épopées revisitées et ancrées dans la réalité de l’époque. L’archer du roi Richard fait encore vibrer les foules deux mois après sa sortie.
Avant de dire à la semaine prochaine à L’italien (avec Kad Merad), je vous rappelle qu’Ecran Total propose jusqu’à 8 films du répertoire par jour au cinéma Arenberg jusqu’au 14 septembre. Pour la 21ième année consécutive, les programmateurs alternent reprises, classiques, inédits et sélection de réalisateurs invités. Au rayon des reprises, je pointe A l’origine, une belle fausse seconde chance pour une cité du nord de la France. Et aussi Crazy Heart, la renaissance d’un chanteur de country sur le déclin, qui a valu un Oscar à Jeff Bridges. J’ai un faible également pour un cycle de comédies à l’italienne, ainsi que pour la partition comique de Some like it hot, toujours poilant 51 ans après. Et aussi La solitude du coureur de fond, rédemption d’un adolescent psychopathe. Vous aurez compris que je suis enclin à donner… une seconde chance aux bonnes toiles.
Patrice Gilly