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Le cinéma belge sourit aux lycéens

Le cinéma belge sourit aux lycéens

Les jeunes aiment le cinéma belge francophone. En tout cas, ils ont appris à l’aimer pour décerner le troisième Prix des lycéens parmi cinq films récents produits chez nous.
Vous lirez à la fin de cet article le lauréat des 5000 jurés issus d’une centaine d’écoles. En plaçant le résultat en bout de texte, je respecte la chronologie d’une démarche qui s’étale sur une année scolaire. Marie-Laurence Deprez, de la cellule Culture –Enseignement de la Communauté française, organisatrice de l’événement : "C’est un long processus, un travail d’éducation du jeune public, un pari sur l’avenir. Nous essayons de corriger l’image négative dont souffre notre cinéma. Les jeunes le trouvent triste, glauque, terne, souvent par méconnaissance de la production nationale. La proclamation des prix couronne un an de travail durant lequel les enseignants s’investissent énormément."

La Communauté française offre les DVD de la sélection à chaque classe participante. Les films sont visionnés, décortiqués, analysés. Les professeurs initient leurs élèves au langage cinématographique au sens large. Ils leur apprennent à repérer les procédés utilisés en s’appuyant sur les dossiers pédagogiques bien charpentés des Grignoux. Les adolescents deviennent des spectateurs actifs, curieux et plus réceptifs à un cinéma différent des superproductions américaines. Les films sont vus en rafale, lors d’un mini festival ou à intervalles réguliers, de manière à s’approprier l’histoire et la technique. Cela nécessite de la souplesse horaire au sein d’établissements  habitués  aux périodes de 50 minutes. Impossible d’aller voir tous les films en salle, même si plusieurs cinémas d’art et essai (le Plaza Art à Mons, le Caméo 2 à Namur et Le Parc à Charleroi) se sont mobilisés pour présenter la sélection complète.

Des rencontres avec les professionnels du cinéma complètent le dispositif et le rendent particulièrement attrayant dans le quotidien scolaire. Cette année, les techniciens du grand écran ont payé de leur personne pour expliquer les coulisses d’un long métrage. Scripte, costumier, coiffeuse ont donné un aperçu sur des métiers insoupçonnés, suscitant même des vocations, surtout en section professionnelle. Le jeune public attentif a découvert la dimension collective du cinéma. "L’échange, la confrontation des idées et des points de vue sont un des principaux apports du Grand Prix, se réjouit Marie-Laurence. Les jeunes réapprennent à regarder  et à commenter ensemble. Actuellement, beaucoup de films sont vus sur PC, seul dans sa chambre. Lorsque les jeunes vont en groupe au cinéma, ils choisissent  en dernière minute, sur place, ce qu’ils  vont voir. Leur choix n’est pas argumenté. En travaillant un an sur cinq films de genres différents, on dépasse le simple j’aime/j’aime pas."

Outre les passages en classe, la plupart des réalisateurs ont assisté à la remise des prix ce mercredi 19 mai, à Flagey, en présence de centaines de nouveaux cinéphiles enthousiastes. Ceux-ci ont inventé des prix originaux, agrémentés d’une justification bien étayée du jury.

Je vous livre le palmarès presque complet :

Eldorado de Bouli Lanners : Prix des délégués de classes et Prix "Un autre regard sur la Belgique".

Home d’Ursula Meier : Prix de l’atmosphère la plus réussie.

Rumba de Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy : Prix du film qui fait du bien.

Le silence de Lorna  de Luc et Jean-Pierre Dardenne : Prix du film le plus actuel.


Chaque réalisateur s’est vu offrir un cadeau original conçu par les jurés. Ainsi, le gagnant du Grand Prix, le cinéaste néerlandophone Stijn Coninx a reçu une  guitare en verre  sur laquelle sont gravées les premières strophes de la chanson… Dominique. Vous aurez compris que Sœur Sourire a rallié la majorité des suffrages des 5.000 jurés (et remporté le prix de la meilleure bande sonore). Voilà comment ils ont motivé leur choix après une délibération ardue

"Le personnage de Jeannine Dekkers interprété par Cécile de France a interpellé de nombreux élèves. Ils ont été touchés par sa volonté farouche de s’affirmer malgré la rigueur du contrôle social mais aussi par sa recherche éperdue d’amour et de reconnaissance. Mais finalement, c’est le retour aux années soixante, à leurs couleurs, à leurs décors, à l’énergie qui s’en dégage, le tout rythmé par un air inoubliable qui nous ont mis d’accord. Même pour nous qui n’étions pas nés au moment de sa sortie, Dominique reste un hit !"

Un choix étonnant qui donne une image d’une jeunesse, créative, sentimentale et en quête de reconnaissance, à l’inverse des stéréotypes et des clichés véhiculés communément.


Patrice Gilly

 

 

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