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Ca y est, c’est la rentrée. Notre confrère de La Libre Belgique, Fernand Denis a dénombré 130 sorties d’ici à la fin 2010. Le premier arrivage de septembre provient de pays lointains : Canada, Iran, Thaïlande et même de la voie lactée.
Saviez-vous que Pluton a été déclassée en tant que planète ? Elle n’est plus qu’un numéro anonyme dans la galaxie. La sonde de la NASA met 10 ans à l’atteindre, raconte Pierre-Olivier à ses copains de classe de cinquième. Les sujets d’exposés varient selon les personnalités : beurre de cacahuète, Ben Affleck, skateboard, baby-siting, musique… Le début de A l’Ouest de Pluton est très drôle, alternant morceaux choisis d’élocution et portraits d’une dizaine de jeunes québecois acteurs d’une folle journée. Parents absents, mère possessive, incommunicabilité, peur de la sexualité, ennui, petits bonheurs et grandes appréhensions, les préoccupations des ados américains collent aux émois européens. On va sur Pluton aux confins de l’univers, tandis que le quotidien est toujours aussi confiné. L’éclairage public éclaire des rues vides (nombreux plans de luminaires, de pylônes haute tension) ; le courant est bien installé, mais il peine à passer entre les êtres. Et si ce n’était que manque d’amour ?
Henry Bernardet et Myriam Verreault ajoutent un film inégal et attachant à la veine québecoise explorant la nébuleuse ado. L’histoire s’égare un peu au long cours après des prémisses hilarantes. Les auteurs reprennent le fil au terme d’une virée échevelée, à la recherche violente et absurde d’une photo de famille, ponctuée du cadeau ô combien romantique d’une dent de dinosaure de 5 millions d’années, d’un amoureux éperdu à sa belle indifférente. Morale de l’histoire : les chiens sont plus tenaces que les humains. Vous saurez pourquoi si vous partez à l’Ouest de Pluton.
Apichatpong Weerasethakul nous emmène également dans un fameux voyage. Le réalisateur thaïlandais a charmé le jury du festival de Cannes. Cette Palme d’or inattendue déroutera plus d’un spectateur. L’approche méditative, éloignée de nos codes rationnels, nous invite à dépasser les apparences et à croire (la durée du film) à la réincarnation. Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures suggère que l’invisible, l’immatériel, sont insaisissables. Le réalisateur multiplie les longs plans séquences, qui invitent à regarder en soi, car rien ou presque rien ne bouge à l’écran. Le fantôme de l’épouse de Bonmee apparaît pour l’aider à passer dans une autre vie, dans une autre dimension. Huay est-elle bien là ou n’est-elle qu’un pur produit de l’imagination ? "Les fantômes s’attachent aux personnes, pas aux lieux." Nous sommes constamment à la limite de deux mondes, entre le clair et l’obscur, entre l’eau et la lumière. Une princesse se mire dans son reflet à la surface d’un lac. Elle y plonge, pour habiter cette image idéale et sera fécondée par un poisson-lune. Dans quelle enveloppe (animale, végétale, minérale) son enfant renaîtra-t-il ? Ce qui est virtuel n’est-il que projection d’une réalité rêvée ? La réincarnation, la multiplication des strates temporelles fascinent le gagnant de la Palme d’or. Cette fascination teintée de bouddhisme et d’animisme aura du mal à gagner un large public occidental.
Lion d’argent au dernier festival de Venise Women without men, est le premier film de la vidéaste iranienne, Shirin Neshat. Quatre femmes parlent d’elles dans un verger, havre de paix, au moment où l’Iran bascule dans la dictature en 1953. Fakhri vient de quitter son mari et achète un jardin fruitier à l’écart de la ville. Les arbres tendent leurs feuilles aux voix de femmes étouffées dans une société prédisposée à l’islamisation outrancière. La jeune réalisatrice détourne la censure en recourant au fantastique dans les visions d’une des hôtes du verger.
Terminons plus classiquement avec un fil policier censé renouveler le genre. Insoupçonnable, vaut surtout par son élégance froide et distante, traduite dans un cinémascope léché, aux dominantes bleues. Laura Smet essaie de berner Charles Berling, commissaire-priseur genevois, très prisé des intermédiaires douteux. Le scénario alambiqué, truffé de rebondissements artificiels au final, dépare une indéniable maestria de la caméra à planter des décors plus regardables que des personnages en majorité inconsistants.
Patrice Gilly
Avis à nos lecteurs de la région namuroise ! Une projection exceptionnelle du film A l'Ouest de Pluton aura lieu le 27 octobre au Caméo. Plus d'infos très bientôt dans votre Ligueur !
