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"Si Dieu avait jugé que certaines parties de mon corps étaient inutiles, pourquoi les aurait-il crées?"
100 à 140 millions de femmes africaines et asiatiques excisées pourraient reprendre cette question posée par Waris Dirie, ancien mannequin et actuellement ambassadrice itinérante de l’ONU contre les mutilations génitales féminines. Vingt-huit pays pratiquent encore ce rituel ancestral qui consiste à inciser totalement ou partiellement le corps du clitoris. La femme non excisée n’aurait aucune valeur pour un mari, soucieux d’épouser une vierge.
L’excision a lieu dans de mauvaises conditions d'hygiène, avec des instruments non stérilisés. La mère de l’enfant est souvent associée à cette opération barbare, effectuée sans endormir, entraînant une souffrance inimaginable. Les séquelles peuvent s’avérer irréversibles : infection de la vulve, septicémie, tétanos. L’excision durcit et épaissit les tissus de cette zone, ce qui entraîne des complications à l’accouchement. Environ 2000 fillettes par jour sont passibles du rite de passage dans la société adulte, entre 3 et 5 ans. Heureusement, aujourd’hui, la chirurgie restaure complètement et supprime la douleur latente de la cicatrice. Cette "réparation" résout également les problèmes obstétriques et urologiques causés par l’excision. Hélas, rien encore n’efface les souvenirs de douleurs atroces, ni les dommages psychiques
Fleur du désert raconte l’improbable et merveilleuse odyssée de Waris, successivement adolescente vouée à un mariage forcé, femme à journée analphabète dans un fast food à Londres, top model et porte-parole de l’ONU. A treize ans, elle fuit sa famille qui veut la marier à un quinquagénaire. Waris traverse le désert somalien au péril de sa vie pour aboutir chez sa grand-mère à Mogadiscio. Celle-ci réussit à l’envoyer à Londres où l’adolescente travaille six ans comme bonne à tout faire, telle une esclave à l’ambassade de Somalie. Sa vie est recluse. Lorsque la guerre civile éclate en Somalie, l'ambassade ferme. Waris se retrouve livrée à elle-même sur le pavé londonien, ne connaissant sachant pas un mot d'anglais. Le destin met Marilyn sur sa route. Grâce à cette jeune femme délurée et originale, elle décroche un emploi. La chance tourne enfin. Un photographe de mode la remarque et la confie à une agence de mannequins. Waris surmontera tous les obstacles pour devenir l’une des plus célèbres icônes internationales de la mode.
Le film est adapté d’un roman autobiographique. Le choix de l’actrice était crucial. Nouveau coup de pouce du destin. Waris raconte : "Un jour, j’ai reçu un DVD avec trois profils d’actrices différentes. J’étais en train de le regarder, quand mon fils Aleeke m’a demandé : Maman, c’est toi sur le DVD ?. J’ai eu un choc. Cette actrice me ressemblait au point que mon fils me prenait pour elle ! Elle s’appelait Liya Kebede, une top model éthiopienne qui habitait à New York. Liya entamait sa carrière."
Avant le film, Waris a écrit plusieurs livres où elle parle toujours de l’excision mais aussi du mariage forcé, du travail des enfants, de l’immigration clandestine et de la misère des sans papiers, autant de situations vécues dans sa chair. Au faîte de sa gloire, elle avait fini par se libérer du terrible fardeau qui lui rongeait le corps et l’esprit. Elle confiait à un magazine avoir été excisée à trois ans. C’est le début de son combat contre les mutilations génitales féminines. Le mannequin retraité crée une Fondation. Les services sociaux mise en place et des organisations non gouvernementales ont sauvé des milliers de fillettes menacées d’excision. De nombreuses femmes ont bénéficié d’une chirurgie réparatrice.
"Je crois que l’on ne peut changer la situation qu’en apportant un soutien concret aux femmes africaines, colonne vertébrale de leur continent. Nous devons les aider à acquérir l’indépendance financière et leur donner un accès à l’éducation qui améliorerait leur avenir. J’ai deux garçons. Ils me donnent une raison de me lever le matin. Ils me donnent une raison de me battre pour un monde meilleur."
Cueillez avec précaution cette belle Fleur du désert.
Patrice Gilly
