Alors que Îles de Paix, l’ONG bien connue pour son action sur le long terme, vient de clôturer sa campagne de récolte de fonds (1), un court roman original décrit finement une région du Burkina Faso où plusieurs de ses réalisations sont désormais visibles.
Entre fiction et réalité
Invité à y passer la période de congé du carnaval 2007, l’écrivain belge Xavier Deutsch a pu côtoyer l’équipe de coopérants belges, italiens et burkinabés actifs sur place. Il en a ramené Carnaval à Fada N’Gourma, un récit rythmé, exotique à souhait et qui fait réfléchir, coédité par les Éditions Couleur Livres et Îles de Paix, avec le soutien de la coopération belge au développement. Jeune Occidental débarqué à Ouagadougou, Benjamin, le narrateur, se trouve vite plongé dans l’Afrique profonde. Il va y croiser quatre expatriés originaux comme il en traîne sur toutes les routes africaines. Ceux-ci convoitent pour des raisons plus ou moins avouables la Poulote, une jeune princesse peule à la beauté envoûtante. Remué par tout ce qu’il découvre, Benjamin va vite prendre en grippe ces quatre baroudeurs et tenter d’enrayer leurs plans. Heureusement, il est "initié" aux mystères de la vie africaine par une équipe de coopérants belges qui lui font entrevoir la naïveté de sa révolte. C’est aussi l’occasion pour notre jeune héros de découvrir leurs réalisations comme la retenue d’eau de Sougoudou ou le barrage de Panpangou. Les difficultés rencontrées ne sont pas éludées et les enjeux d’un partenariat équilibré bien posés. Ces passages seront utiles à tous ceux que fascine l’idée d’apporter leur aide à l’Afrique. Les pages les plus lumineuses décrivent la vie quotidienne à Fada N’Gourma, comme celles sur le marché au bétail dominical. Ces pages bruissent de couleurs, d’odeurs, de sonorités diverses, du temps qui passe…
Mixité de cœurs
Mais il est bien des façons de découvrir une autre culture et le mariage en est une qui ne manque pas d’originalité. C’est l’expérience personnelle qu’a vécue Claire Ruwet qui en consigne les richesses dans Blanc foncé, toujours aux Éditions Couleur Livres, dans la collection de récits de vie, Je. Claire Ruwet y croise les deux versants de la famille qu’elle a fondée, la branche belge et la branche camerounaise, la maternelle et la paternelle. Davantage encore, elle y retisse le cheminement des racines de ses enfants. Des racines qui s’entremêlent, se nouent, s’enchevêtrent. Qui parfois étouffent. Le lecteur assiste ainsi à l’étrange rencontre de deux univers, celui du pays de Herve, celui du pays toupouri au nord du Cameroun. C’est aussi l’histoire, à des milliers de kilomètres de distance, de deux grands-pères dont les destinées vont colorer l’avenir de leur descendance. Et, à travers elles, les efforts qu’ils ont accomplis pour leur offrir un avenir meilleur. Des récits d’enfances, d’amours, de mariages, de morts également. Chaque chapitre est balisé d’un proverbe, dont on ne sait s’il est wallon ou toupouri, mais peu importe finalement tant ils sont universels, dont celui-ci qui reflète bien l’esprit du livre : "Le temps est comme l’oiseau. Il fuit si tu ne le saisis pas." Un regret ? Le livre ne dit pas l’histoire du père en Belgique, celle de l’aventure d’un couple mixte. Peut-être est-ce la promesse d’un tome 2 ?
(2) Claire Ruwet invite à prolonger le voyage de
Blanc foncé en photo et en musique sur
www.tole-ruwet.be
Encadré Chaque mois, en collaboration avec les libraires de la FNAC, Le Ligueur vous propose de découvrir le livre récent d'un auteur belge. Un talent bien de chez nous, qui a retenu notre attention pour son originalité, ou sa thématique, ou son écriture, ou tout cela à la fois.