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Actualité du 24/10/2011

Congrès des 5 Continents : précarisation mondiale et nécessaire solidarité

Congrès des 5 Continents : précarisation mondiale et nécessaire solidarité

Les effets économiques de la mondialisation sont visibles. Il en est d’autres, invisibles, qui ont retenu l’attention d’un congrès mondial réunissant psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux, associations et ONG. Quatre jours de conférences, d’ateliers, de débats ont cerné la réalité (positive et négative) des effets psychosociaux de la mondialisation sur la santé mentale. Une nouvelle précarité psychique a été mise en évidence, qui affecte l’identité et le lien social. La mondialisation, brassage de lieux et de cultures, modifie aussi la nature de la parentalité et du lien maternel. L’envoyé spécial du Ligueur à Lyon dégage les grandes tendances du Congrès des 5 Continents.

Une bonne nouvelle pour commencer : la mondialisation a considérablement réduit le nombre d’infanticides. L’adoption, la co-éducation à distance via Internet sauvent la vie de nombreux enfants. Des familles pauvres assurent ainsi un avenir à leurs nouveau-nés en les confiant à des parents riches dans les pays occidentaux. L’évitement de l’infanticide passe aussi par la vente de son enfant, solution sordide adoptée par les femmes indiennes. Les mères américaines sont très intéressées. La vie n’a pas de prix.

La mondialisation facilite les migrations. Les mères philippines, indonésiennes et malaises s’exportent pour être nounou ou femme de ménage chez nous. Neuf millions de personnes grandissent sans parents aux Philippines. Le père est censé reprendre les tâches maternelles, ce qu’il ne fait généralement pas. La mère gagne bien sa vie, elle envoie régulièrement de l’argent mais l’apport financier ne comble pas le manque d’affection chez l’enfant. En grandissant, il risque de pallier cette carence en sombrant dans l’alcool, la drogue ou la violence.

L’accélération de la circulation des idées remanie les structures familiales et redéfinit la division des tâches entre l’homme et la femme. Les mariages mixtes confrontent les traditions, à l’image de ce couple établi en Suède. L’époux mexicain reproche à sa femme brésilienne de travailler au lieu de rester au foyer pour élever leur enfant jusqu’à 7 ans, comme le faisait sa mère. L’enfant sera confié aux grands-parents maternels.

Auto-exclusion

De nouveaux modes de vie, de nouveaux comportements émergent, souvent dans la douleur. La mondialisation secoue les cultures et les personnes. On ne s’adapte pas facilement pas à la fragmentation géographique, familiale ou professionnelle. Un nombre croissant de personnes vit mal malgré l’amélioration de la santé physique et l’allongement de l’espérance de vie. Insomnies, maux de tête, douleurs dorsales, dépression… traduisent la somatisation d’une précarité psychique et morale. Les demandes de prise en charge psychologique augmentent fortement.

Jean Furtos, médecin psychiatre, organisateur du Congrès des 5 Continents constate : "Les modèles socio-économiques sont inadaptés à la mondialisation. Il y a de plus en plus de laissés pour compte qui vivent en retrait de la société. Les écarts se creusent. Les faibles sont disloqués par la vitesse du changement. Celui qui a perdu son travail, son logement, sa famille, ne se sent plus digne d’appartenir à l’humanité, à son groupe social. C’est ce que j’appelle le syndrome d’auto-exclusion. Il touche autant les gens de la rue que les cadres financiers."  

La personne s’empêche de vivre. Elle se coupe d’elle-même et des autres dans une sorte de mécanisme de défense. La réaction, salutaire pour quelques heures, devient nocive si elle s’installe dans la durée. L’auto-exclusion signifie isolement, fragilité, indigence affective menant à l’agitation maniaque, à la dépression, voire à la schizophrénie.

Ralentir collectivement

Les effets psychosociaux de la mondialisation sont bien réels. Ces effets souvent vécus dans la solitude nécessitent une approche systémique et globale de la santé qui prenne en compte les différences de pays, de région, de culture. La santé mentale, ce n’est pas que la grande folie, c’est également la souffrance personnelle. Bien sûr, les personnes solides s’en sortent en s’appuyant sur un réseau relationnel, en récréant du lien. Mais les plus faibles ? La souffrance psychique individuelle constitue un problème de société. Le mépris social et l’exclusion génèrent le désespoir. Des services collectifs doivent continuer à assurer le bien-être général, en contrepoids d’une économie néo- libérale axée sur le profit, qui a mis les Etats hors-jeu. Il est nécessaire, estime le Congrès dans une déclaration commune, de rétablir de la régulation politique au lieu de se fier à la main invisible du marché.

Le succès du livre de Stéphane Hessel (Indignez-vous) ainsi que les protestataires de Wall Street montrent que la capacité de dire non est intacte à condition de sortir de l’auto-régulation et de l’indifférence aux autres. Prôner une approche commune, inspiratrice de confiance en ses semblables, plutôt que la réponse individuelle, source de méfiance envers autrui. La mondialisation économique ne sortira ses effets favorables que si elle s’appuie sur du capital social, mental et éthique. Nous serons sept milliards à la fin du mois. 15% de la population consomme 80% des ressources planétaires. Nous avons déjà épuisé notre empreinte écologique annuelle depuis septembre dernier, soit deux mois plus tôt qu’en 2010.

L’accélération continue crée une tension insoutenable, estime le sociologue Hartmut Rosa. Les politiques ne suivent pas, la démocratie tangue, il est vital de ralentir (autrement que par la dépression économique ou morale). Bref, il est temps d’imprimer une direction claire au futur au lieu de surfer constamment sur la vague mondiale.

 
Patrice Gilly

 


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