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Actualité du 11/10/2011

Patron et collègues, pas toujours mes meilleurs amis sur Facebook...

Patron et collègues, pas toujours mes meilleurs amis sur Facebook...

Les réseaux sociaux brouillent la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Internet, GSM, GPS sont devenus des outils de travail. La technologie numérique soulève de nouvelles questions sur la confidentialité des données, le droit de surveillance des courriels, l’exploitation des informations circulant sur Facebook. Le Centre de Recherche Information, Droit et Société (CRIDS) publie un ouvrage de référence pratique sur le droit du travail à l’ère numérique.

Une entreprise vient d’interdire à ses employés d’aller sur Facebook pendant les heures de travail. L’accès est cantonné aux temps de pause. Environ 70% des inscrits sur le réseau social activent leur profil au boulot. L’utilisation privée d’un média numérique représenterait 15% du temps de travail. Il paraît que ces « pauses » augmentent la productivité de 9%. Allez savoir.

Toujours est-il que les tribunaux du travail connaissent de plus en plus de litiges tournant autour de Facebook, le préféré de 4.8 millions de Belges. Ainsi, cette travailleuse a été licenciée pour avoir menti sur les raisons de son incapacité. Elle prétendait souffrir de migraines liées à l’écran alors qu’elle passait son temps sur Facebook pendant son congé de maladie.

La jurisprudence tend à considérer que les conversations sur un réseau social perdent leur caractère privé à partir d’une forme de semi-publicité. Même si votre profil est assez fermé, vos amis peuvent toujours diffuser une information dans le public ou la répercuter vers l’employeur. Exemple, un « ami » informe le patron sur des propos racistes tenus à l’égard d’un collègue de travail publiés sur votre mur.

La cour de cassation voit peu d’obstacles légaux à l’utilisation d’informations relatives à la vie privée reprises sur un réseau social. On voit apparaître la notion de « vie privée partagée », dans la mesure où la personne qui diffuse des informations sur Internet accepte nécessairement le risque que cette information puisse être communiquée à des destinataires imprévus. Ce n’est pas rassurant pour les employés.

Pour un usage raisonnable
Une loi (13/06/2005) protège néanmoins le secret des communications électroniques, lorsque celles-ci ne sont pas destinées à être lues par tout un chacun. C’est le cas des courriels, des communications téléphoniques, des SMS, des connexions à un site internet. Les infos généralement plus accessibles telles celles du blog et du profil Facebook sont moins protégées.

En règle générale, la vie privée au travail est toujours protégée. Le droit de propriété de l’employeur sur le matériel utilisé ne lui confère pas un droit absolu de contrôle. A lui de définir les conditions d’utilisation des technologies et d’avertir le travailleur de la possibilité de surveillance.

Ainsi, la Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à une plaignante qui contestait le contrôle systématique de ses surfs sur Internet, de ses courriels et de son téléphone, alors qu’elle n’avait pas été informée de possibles contrôles. Le secret des communications électroniques est bien gardé.

La Commission nationale Informatique et Liberté estime d’ailleurs que l’interdiction d’une utilisation non professionnelle d’Internet sur le lieu de travail n’est pas réaliste à l’ère de la société de l’information. Un usage raisonnable est généralement admis dans les entreprises et les administrations. Et même si l’utilisation non professionnelle était interdite, cela ne donne pas le droit à l’employeur de contrôler abusivement les communications des employés. Le contenu d’un mail, par ex, ne peut être lu qu’avec l’accord de tous les destinataires.  

Exposition néfaste
Le nœud du problème, c’est bien la publicité et la diffusion de faits privés sur les réseaux sociaux, surtout s’ils ont une incidence sur la vie de l’entreprise. Un acte de la vie privée, parvenu au clavier ou à l’oreille du patron peut donner lieu à un licenciement pour motif grave, comme cette liaison adultère entre travailleurs ayant un lien hiérarchique, révélée sur un réseau social. Le droit du travail est pragmatique. Il fait l’impasse sur la vie privée et évalue plutôt l’incidence de celle-ci sur l’activité professionnelle. Ont déjà été considérés comme motifs graves, ces faits révélés en ligne : une relation amoureuse avec une subordonnée, avec une patiente, l’entretien de relations sexuelles avec 1 des membres du personnel à l’intérieur du bâtiment. Motif grave, disent les auteurs de l’ouvrage de référence* publié par le CRIDS, à condition de « susciter critique, par exemple par une influence négative au sein de l’entreprise, favoritisme ou impossibilité d’exercer l’autorité.»

La généralisation des outils de communication électroniques en milieu professionnel oblige le droit à évoluer. La protection de la vie privée du travailleur sur le lieu de travail est incontestée. Mais certains rappellent que ce droit n’est pas absolu. Les avis divergent sur la délimitation de l’ingérence de l’employeur dans la vie privée du travailleur.

Les tribunaux, appelés à juger de nombreuses affaires numériques, feront jurisprudence. A priori, les employeurs ou recruteurs peuvent rechercher sur les réseaux sociaux des informations mises en ligne relatives à des candidats à l’embauche ou à des travailleurs. Un travailleur averti en vaut deux. Il pèsera 2 fois ce qu’il veut dévoiler de son intimité aux « amis » de son réseau

*Le droit du travail à l’ère du numérique, sous la direction de Karen Rosier, Ed. Anthemis


En savoir +

Les employés ont le droit d’accéder à toute donnée collectée sur eux (recrutement, vidéosurveillance, Internet) par l’employeur. Ils ont un droit de rectification et d’opposition au traitement de ces informations. Ce droit est psychologiquement difficile à exercer dans les faits.

Le Centre de Recherche Information, Droit et société, résulte de l’union de 3 centres de recherche des Facultés universitaires de Namur. Une cinquantaine de chercheurs ébauchent le futur en matière de propriété intellectuelle, d’échanges sociaux sur le net, de profilage, de pouvoir des moteurs de recherche, de nouvelles formes de journalisme, de protection de la vie privée. 081/72 52 04

Patrice Gilly

 


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