


Le meilleur moyen de prévoir l’avenir est de le construire. Cette phrase d’Abraham Lincoln a inspiré le Train des idées, une exposition itinérante qui fait escale à Bruxelles jusqu’au 13 septembre. En chef de convoi visionnaire, Hambourg, capitale européenne verte 2011, tracte une centaine de projets urbains exemplaires en matière de qualité de vie et d’environnement. De quoi inspirer nos dirigeants et nourrir l’optimisme des parentcitoyens quant à l’avenir potentiel de leurs enfants.
Le Train des idées est situé face à la gare centrale de Bruxelles. Il est composé de 6 wagons, de 70 installations, 26 écrans tactiles et développe 6 thématiques. Le premier wagon vous emmène en bus virtuel au cœur d’Hambourg. On comprend pourquoi cette ville de 2 millions d’habitants a décroché le titre envieux de capitale verte de l’Europe. 4 millions d’arbres longent les avenues et 40% d’espaces verts ou d’aquacultures ont été aménagés. 2 000 km de pistes cyclables permettent de sillonner Hambourg sans jamais quitter les zones vertes. Les habitués du Ravel apprécieront.
Un réseau ferroviaire urbain fonctionne à l’électricité d’origine hydraulique. Une ancienne décharge talutée a été reconvertie en colline des énergies renouvelables avec éoliennes, panneaux solaires et stations de biomasse. Les visées écologiques s’étendent aux activités industrielles. Le 3e port mondial recourt à des taxis containers pour acheminer les cargaisons vers les usines. Un bateau pousse d’énormes barges gorgées de caissons. La plupart des marchandises arrivent au port en train. Le réaménagement durable de la ville est le fruit d’une réflexion à long terme entamée dans les années 1980.
Bon pour le moral
Dans les autres compartiments du Train des idées, la cité (presque modèle) s’intéresse aux projets communs à plusieurs villes européennes, comme les jardins secs/jardins partagés à Marseille et Barcelone. La municipalité allemande insiste sur une approche holistique de l’urbanisme, centrée sur l’humain et l’échange de connaissances entre communautés urbaines confrontées aux mêmes problèmes. Les grandes métropoles sont responsables de 80% des émissions de gaz à effet de serre. Un écran tactile permet de comparer voiture et vélo en termes de coût au km. Les visiteurs ont également l’occasion de conduire un train (video simulation) et d’approfondir le concept d’efficacité énergétique. Un dernier compartiment aborde les conséquences du réchauffement climatique en milieu urbain et rural.
L’expo est inventive, participative, enthousiasmante (à Anvers aussi du 21 au 25/09). Elle sollicite l’imagination en vous demandant de rêver la cité idéale, de projeter l’avenir jusqu’en 2070, en compagnie de jeunes allemands, suisses et sahéliens. On apprend en s’amusant, sous la houlette de guides polyglottes, des étudiants hambourgeois motivés. La démarche dope le moral, prouvant qu’une articulation soutenable de la ville est possible. Cela suppose une vision politique et une implication de la population pour concevoir ensemble des lieux où il fait bon vivre.
Méditation au sommet
La région de Bruxelles-Capitale paraît déterminée à prendre le train en marche. Evelyne Huytebroeck, ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Rénovation urbaine a inauguré hier la tour de l’exposition « Bruxelles, ville durable » sur le parvis de Ste Gudule, à 2 rails de la gare centrale (avis aux navetteurs). Bruxelles affiche ses prétentions à 25 m de hauteur : être capitale verte de l’Europe en 2014, après Vitoria et Nantes. L’expo est déclinée sur 3 niveaux : le bâtiment, le quartier et un espace poétique à la cime, planté d’un arbre, invitant à la méditation et à ignorer (hum) les bruits du trafic. Sujets au vertige et enfants de 12 ans non accompagnés s’abstenir.
Les divers stands présentent les premiers atouts pour la course au titre. La région bruxelloise a ainsi diminué sa consommation énergétique de 17% depuis 2004. Elle développe des « quartiers durables » dont celui du Canal Midi, avec ses 3,5 hectares de potagers. Une politique de « bâtiments exemplaires » impose le standard passif pour toute nouvelle construction publique. Les projets déposés épargneront 13.000 tonnes de CO2. Ce même standard sera obligatoire en 2015 pour les constructions privées. Bref, les projets sont légion et ambitieux comme celui d’adapter la rue de la loi (un des axes de pénétration dans Bruxelles) en artère zéro carbone.
L’exposition suspendue a des velléités interactives. Outre une vue imprenable sur la capitale de l’Europe, un quiz durable vous attend au sommet. Un écran vert invite à répondre à 8 questions. Vous saurez qu’un citadin européen moyen passe 2 ans dans les embouteillages et qu’un lave-vaisselle consomme moins d’eau qu’un lavage à la main. « Bruxelles, ville durable » tiendra le haut du pavé jusque fin octobre. Elle est accessible aux personnes à mobilité réduite et gratuite. Plus d’information sur villedurable.be
Patrice Gilly
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