Rentrée 2011 :
les parents veulent en finir avec l’échec scolaire
Après les parents de l’enseignement catholique la semaine dernière, ceux de l’enseignement officiel viennent de présenter leurs priorités pour cette année scolaire. En tête de leurs revendications : bannir l’échec scolaire.
Concernant le redoublement scolaire, Marie-Christine Linard, nouvelle secrétaire générale de la FAPEO (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel) n’hésite pas à parler de "grosse colère". Chiffres en mains, ceux de la prochaine publication 2011 des Indicateurs de l’Enseignement, elle fait part de constats alarmants pour l’année qui vient de s’écouler (2009-2010), en particulier face à une vraie "hécatombe" en secondaire. Côté primaire, la tendance est à l’amélioration depuis 2008-2009 : "Même si l’on constate toujours que dans une classe, en moyenne, 1 élève sur 25 redouble." Ce qui signifie qu’en fin de 6e primaire, près d’1 élève sur 5 est déjà en retard scolaire.
Mais l’inquiétude de la FAPEO se porte essentiellement sur le secondaire : "Les mauvais résultats s’aggraveraient encore par rapport aux années précédentes, déplore Marie-Christine Linard : on redouble encore plus, et ce, dans toutes les années. Au final, au terme du secondaire, 1 élève sur 2 est en retard scolaire." Derrière ces résultats accablants, les parents de la FAPEO veulent dénoncer des tabous. Au moins quatre. D’abord, les redoublements ci-dessus correspondent aux résultats de septembre. Après les secondes sessions. Ce qui signifie que les taux d’échecs sont bien plus élevés encore en juin. "C’est à ce moment qu’il est possible de constater les effets concrets des pratiques pédagogiques scolaires, insiste Marie-Christine Linard. À plusieurs reprises, nous avons demandé un réel recensement des résultats scolaires au 30 juin, ce qui a toujours été refusé pour cause de liberté pédagogique des établissements scolaires et des enseignants. Cependant, s’il faut respecter la liberté pédagogique en matière de méthodes d’enseignement, elle ne doit pas servir à couvrir et à justifier des pratiques qui semblent contre-productives en termes d’apprentissage et d’investissement des élèves."
C’est l’occasion pour la FAPEO de taper sur un autre clou, dénoncé par ailleurs : "Dans la toute grande majorité des cas, les réussites de la seconde session résulteront quasiment exclusivement du suivi parental et des cours privés. Rares sont en effet les établissements scolaires qui organisent des séances de rattrapage ou de remédiation, tout cet accompagnement étant laissé au privé." Avec, à la clé, un renforcement des inégalités entre élèves, comme l’a montré parallèlement une enquête de la Fondation Roi Baudouin. Et un surcoût de la scolarité des enfants en difficulté. Des cours privés qui, de plus, ne sont pas garants de réussite. Ces cours particuliers deviennent de plus en plus la règle de sorte que les parents n’ont plus d’autres solutions que d’y avoir recours. Même à contrecœur.
La FAPEO constate que, loin de travailler collectivement à un système scolaire qui prône la réussite, nous sommes face à "une véritable culture de l’échec." Qui s’exprime à travers des pratiques couverts par une véritable omerta. Comme celles de profs "buseurs."
Buser n’est pas éduquer
"Fin juin, nous avons reçu des appels courroucés ou révoltés de parents face aux résultats en 1ere session", constate Marie-Christine Linard. Deux situations reviennent majoritairement. Certains se demandent comment il est possible et acceptable que, dans certaines classes du secondaire, une très grande proportion des élèves - parfois tous - soit en échec au terme de l’année scolaire. Que des enseignants mettent systématiquement la majorité de leurs élèves en échec sans que leurs pratiques ne soient ni inspectées, ni supervisées ou accompagnées. "Notre but n’est pas de sanctionner ou de stigmatiser, mais de réfléchir à des mesures pédagogiques d’accompagnement lorsqu’autant d’élèves échouent dans une même classe." Et de préciser que nombreux sont les enseignants en désaccord avec ces pratiques et se sentent impuissants à modifier ce qui relève parfois de dictats. La FAPEO propose que ce sujet soit un des points essentiels mis en débat lors des Conseils de participation.
Autre constat, du même ordre, en ce qui concerne les examens de passage, qui semblent relever parfois de l’arbitraire ou d’une punition liée à des comportements plus qu’à des savoirs. Marie-Christine Linard se dit interpellée par la disparité des pratiques des écoles en juin : "Pour des matières non assimilées, certaines imposent un redoublement d’office, d’autres permettent la présentation d’examens de passage parfois pour un nombre important de matières." Plus étonnant encore : "Dans une même école, il arrive qu’un conseil de classe autorise un élève à représenter une session de cinq ou six examens alors qu’un autre élève, dans la même année, dans la même section, redoublera d’office pour deux échecs." Pour l’anecdote, la FAPEO a reçu cette année plus d’appels de parents-enseignants, confrontés eux-mêmes à des décisions de mise en échec ou de redoublement de leur enfant dont ils n’ont compris, ni l’intérêt pédagogique, ni l’acharnement de leurs collègues ! En conclusion, dans l’état actuel des choses, la FAPEO souhaiterait que tout élève qui souhaite se donner une seconde chance devrait avoir la possibilité de représenter les matières non réussies.
Réponses de ministres
Tout le monde se serait-il donné le mot ? Le lendemain, jour de rentrée, dans la presse, deux ministres fusillaient le redoublement. Et pas des moindres. Dans Le Soir, le ministre-président de la Communauté française, Rudy Demotte (PS), jugeant à son tour le redoublement inefficace et coûteux (estimation à 350 millions d’euros par an), propose de cibler les enfants de 5 à 14 ans auxquels on proposerait une remédiation immédiate en cas de difficultés, en collant au plus près à leurs besoins. De son côté, dans La Libre Belgique, sa collègue ministre de l’enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDh), viserait davantage les 5 à 8 ans, le fameux cycle 5-8 pour les initiés. Sans interdire le redoublement, fini de le considérer comme un outil, voire un principe, pédagogique. Dans un premier temps, on s’attaquerait d’abord au parcours allant de la 1re maternelle à la 2e primaire à travers un projet-pilote auquel participeront les écoles qui le souhaitent. Une démarche volontaire, donc. Par ailleurs, dix-neuf écoles du 1er degré du secondaire ont été sélectionnées pour leurs bonnes pratiques en matière de non-redoublement. En fin de technique et professionnel, c’est la certification par unités (CPU) qui valorisera les acquis de l’élève plutôt que de le maintenir en échec. Sans qu’il soit supprimé autoritairement, on sent que la volonté est de réduire le redoublement à peau de chagrin. Pour que les élèves ne portent plus le poids de l’échec et d’une mésestime de soi qui l’accompagne.
Les parents à l’école : le Triakit
Cette priorité accordée à la réussite scolaire, la FAPEO la lie à d’autres dossiers dont le détail se trouve sur leur site www.fapeo.be : à savoir la pénurie d’enseignants, les cours non donnés pour cause d’absentéisme, l’évaluation du décret Inscriptions, la création d’une coupole regroupant les réseaux de l’enseignement officiel et l’augmentation du nombre de places, voire d’écoles, en particulier à Bruxelles. Cette rentrée de la FAPEO a été aussi l’occasion de rappeler que les parents, sans se substituer aux professionnels de l’enseignement, ont un rôle à jouer dans l’école, lieu de vie par excellence de leur enfant. Cela s’est traduit par l’entrée en vigueur à la rentrée 2009 du décret sur les associations de parents. Malheureusement, la circulaire qui en rappelle l’existence et les grandes lignes n’a pas encore été transmise aux directions d’école. Pourtant, ce décret prévoit l’organisation d’une assemblée générale des parents de chaque école, avant le 1er novembre de chaque année. Pour expliquer le fonctionnement du conseil de participation et le rôle d’une association de parents. Envie de vous lancer dans l’aventure qu’est la création ou la gestion d’une AP ? La FAPEO a réalisé Le Triakit, un magazine avec les indications sur la marche à suivre, modèles de documents, explications sur les structures et procédures, etc. À la disposition de tous les parents, il a également été envoyé aux responsables des établissements des réseaux de l’Enseignement officiel. Pour une rentrée parents admis.
Michel Torrekens
FAPEO : a
venue du 11 novembre, 57 à 1040 Bruxelles(02/527 25 75) -
www.fapeo.be