Tabac, alcool… :
où se situe votre jeune ?
Chaque année, le Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (CRIOC) se penche sur la consommation de nos jeunes de 10 à 17 ans face à l'alcool, le tabac, les drogues et jeux d'argent. Enquête quantitative auprès de 2862 jeunes réalisée entre octobre et novembre 2010, dont les résultats sont sortis en août. Les chercheurs ont ainsi établi cinq profils de jeunes consommateurs. Constat : ils sont souvent opposés à ces produits, conscients de leur nocivité, ce qui ne les empêche pas d’en consommer. Et chez vous ?
Toute relative comme chaque enquête, elle donne néanmoins des indices sur la manière dont vivent les jeunes francophones. Et devrait orienter les responsables politiques et associatifs, mais aussi les parents, dans leurs démarches éducatives.
Kris, le candide
Il fait partie des jeunes responsables. Surtout Bruxellois, âgés de 12 à 15 ans, issus des classes sociales privilégiées. Bonne nouvelle : ces "candides" (on se demande où le CRIOC est allé chercher ses ‘qualifs’ !) sont près de un sur deux (48%) et sont contents de leur vie familiale et sociale. Ne stigmatisons donc pas trop vite nos ados et adulescents. Ils sont contre la vente de cigarettes et leur présence à l'école. Ces jeunes avouent toutefois fumer, souvent en cachette de leurs parents. Près de 50% ont déjà consommé des boissons alcoolisées, souvent vers l'âge de 12 ans. Quant au cannabis, ils sont en majorité conscients des risques. L'usage de cannabis se fait le plus souvent en groupe, dans un cadre festif et est souvent combiné avec la consommation d'alcool. Paradoxe : ils sont conscients des addictions au tabac et au cannabis, mais ne se considèrent pas comme dépendants. Ah oui, ils insistent sur l'importance du dialogue avec les parents dans la prévention. À bons entendeurs…
Max, le mitigé
Comme Kris, Max et les 28% de "mitigés" sont plutôt contents de leur sort. Sous cette catégorie, le CRIOC a identifié des enfants fréquentant souvent l'enseignement primaire, urbains, qui vivent dans une famille monoparentale à garde alternée de la classe moyenne. Ils consomment rarement du tabac et en parlent ouvertement avec leurs parents, qui fument parfois eux-mêmes. Toutefois, des proches leur ont proposé leur première cigarette, vers l'âge de 12 ans. Concernant le cannabis, ils disent ne pas en consommer, même si des amis leur en proposent régulièrement. Parfois, ils ont commencé à goûter aux boissons alcoolisées un peu avant 10 ans, à nouveau sur proposition d'un membre de leur famille. Ce groupe de jeunes n'est pas convaincu que le tabac entraine une dépendance mais déclare avoir difficile à arrêter de fumer.
Denis, le discordant
Denis et les 9% de jeunes que le CRIOC qualifie de "discordants" sont eux aussi généralement satisfaits de leur vie familiale, amicale et scolaire, ainsi que d'eux-mêmes. Hygiène de vie méticuleuse, attention à ce qu'ils boivent, passe-temps variés, sportifs et amateurs de télévision, ils considèrent que le tabac, l'alcool et la drogue sont mauvais pour la santé. Alors, discordants ? Oui, parce que cela ne les empêche pas de fumer des cigarettes régulièrement. Avec, disent-ils, l'accord de leurs… parents. Cannabis et excès d’alcool les concerneraient moins. Ce groupe est composé le plus souvent d'enfants de 10 ans, issus de groupes sociaux moyens des communes rurales wallonnes. Ces jeunes disent ne pas être dépendants tout en reconnaissant qu'il leur est difficile d'arrêter leur consommation, notamment parce qu’ils ressentent l'effet de manque quand ils s'abstiennent de fumer. Discordants, en effet.
Lucas, le curieux
Comme les 9% de "curieux", Lucas rejette globalement drogue, alcool, tabac, jeux d’argent, mais est moins catégorique que les jeunes des catégories précédentes. C’est vers 12 ans, qu’entourés de fumeurs, les curieux ont allumé leur première cigarette, seul ou en groupe, et ont commencé à boire diverses boissons alcoolisées, généralement pour faire la fête. Et ont souvent continué. Puis ont essayé le cannabis vers 14 ans. Beaucoup consomment encore, en semaine ou le week-end, mais rarement seuls. Parfois, ils usent de produits pour améliorer leurs performances intellectuelles ou sportives, pour lutter contre la fatigue physique et pour améliorer la mémoire. Certains ont parfois même testé de la cocaïne ou du crack. Depuis en moyenne l'âge de 15 ans, il leur arrive de jouer de temps en temps pour de l'argent : loterie, billets à gratter, cartes, poker ou bingo dans les cafés. Ils consacrent en moyenne 32€ par mois à ces jeux. On les retrouve surtout à Bruxelles et dans les petites localités flamandes. Ils appartiennent plus souvent aux groupes sociaux modestes, vivent dans un ménage de deux personnes, souvent en famille monoparentale. Ils sont en général âgés de 16-17 ans et suivent un enseignement technique.
Bruno, le blasé
Ils sont les moins nombreux et tant mieux (5%), ces jeunes blasés, comme Bruno. Satisfaits de leurs amis et de leur vie scolaire, ils sont plus réservés sur leur vie de famille, leur habitation et sur eux-mêmes. Le jeune "blasé" a tout testé et la consommation de substances addictives fait partie de son quotidien. Malgré d'évidents signes de dépendance, il nie les dangers des produits et se focalise sur les bénéfices qu'il tire de sa consommation. Les blasés vivent souvent entourés de fumeurs et fument eux-mêmes avec une moyenne de 13 cigarettes par jour. Le cannabis est considéré comme sans danger et a été essayé vers 14 ans. Ils consomment aussi toutes sortes de boissons alcoolisées, régulièrement de façon excessive et consacrent en moyenne 80€ par mois aux jeux d'argent. On retrouve ces jeunes en particulier à Bruxelles et dans les communes rurales wallonnes. Souvent issus d'une famille monoparentale, ils sont âgés de 16-17 ans et fréquentent l'enseignement professionnel ou artistique.
Un regret : l’enquête ne montre pas la différence de comportements entre filles et garçons. Peut-être la confirmation que les différences s’estompent de plus en plus sur ce plan-là ?
Quelques semaines après l’interdiction de fumer dans les cafés, cette enquête du CRIOC confirme le bien-fondé de la mesure puisqu’il apparaît que des enfants vivant dans l’entourage de fumeurs seront enclins à fumer à leur tour, tout comme le premier contact avec l’alcool est souvent encouragé par un adulte. Une manière d’appuyer la campagne Yapaka : "L’exemple, c’est nous."
Michel, le Torrekens
Pour ceux que cela intéresse, l’ensemble de l’étude "Jeunes et typologie" du CRIOC est disponible ici.