


La vie scolaire a marqué la 6e édition du concours vidéo du Centre Audiovisuel Liège. Bon an, mal an, le C.A.V aide les écoles du secondaire et les étudiants de l’enseignement supérieur pédagogique à réaliser une quarantaine de courts-métrages. Le concours constitue à la fois une belle plateforme d’expression et un apprentissage probant du travail collectif.
Une mauvaise blague sur Facebook, une déclaration d'amour homosexuelle, l’indifférence face à un cas de maltraitance, les oeuvres primées cette année collaient au vécu des lycéens. Les vidéogrammes, la plupart tournés dans les établissements scolaires donnent une image assez triste de l’école. Les locaux sont délabrés et incolores, les profs sont raides et autoritaires. Isabelle Colin, membre du jury : "Ce n'est peut-être pas neuf mais on sait qu'aujourd'hui, les jeunes ont bien d'autres sources d'apprentissages et on se demande vraiment ce que l'école - outre le fait de pouvoir se rassembler entre pairs - à encore à leur proposer et comment ils n'ont pas encore tous claqué la porte."
N’empêche, chaque année les enseignants réussissent à mobiliser leur classe dans une pédagogie du projet. Des titulaires enthousiastes commentent l’expérience. Hélène parle "d’une meilleure connaissance des personnalités de chacun ainsi qu’un rapprochement entre les élèves et moi-même". Marie insiste sur les apports pédagogiques : "le cinéma permet d’acquérir des apprentissages comme la collaboration, la responsabilité, l’esprit critique, l’utilisation de l’image dans les médias."
Cet enrichissement humain et pédagogique sourd à peine dans les vidéos couronnées, assez pauvre en écriture cinématographique et peu imaginatives. Contemporaine de l’urgence et de l’immédiateté numériques, la génération Y ignore les subtilités du montage "cut" et de l’ellipse. Les cinéastes débutants ont pris conscience sur le tas des structures narratives et des difficultés concrètes liées au tournage d’un film, même pour neuf minutes finales.
C’est un travail de longue haleine, estime Michel Clarembeaux, directeur du C.A.V. Liège. "L’apprentissage du cinéma est souvent très lourd à installer dans un système scolaire, très, voire trop, rigide. Un apprentissage qui requiert patience, obstination, mais aussi stratégie et diplomatie. En outre, cet apprentissage porte sur des compétences qui relèvent essentiellement du savoir-faire et du savoir-être."
Le réel plus que la fiction
Le concours vidéo est un excellent exercice d’éducation aux médias. Ecrire un scénario, faire un découpage des séquences, manier la caméra apprend à regarder différemment la construction des programmes télé et des films sur grand écran. Tourner ensemble, c’est aussi écouter les autres, dans la volonté d’aboutir à un produit fini de qualité. Certains élèves ont même surmonté leur timidité et se sont découvert un talent d’acteur. L’école redevient ainsi attrayante en favorisant une créativité transversale et pluridisciplinaire, qui devrait trouver sa place un peu partout au programme, et ne la trouve, en fait, vraiment nulle part, constate le jury du concours.
Chapeau, personnellement, au Collège Ste-Gertrude de Nivelles, lauréat unique de la section documentaire, avec Feel the street. Les élèves de C.Goulard et J.Lousse dressent le portrait de deux musiciens de rue à Anvers. Un bijou de rythme et de montage. On prend son pied du début à la fin avec deux fameuses personnalités. Raphaël, guitariste aux cheveux blancs, hante le pavé depuis l’âge de 14 ans. "Dans la rue, tu ne peux pas tricher. Si les gens voient que tu n’aimes pas ça, ils ne donnent rien". Paul, 29 ans, pianiste en rupture familiale ne dit pas autre chose : "Si tu ne travailles pas, tu n’as rien. Alors tu y vas, quelque soit le temps". Le documentaire transmet une philosophie de vie optimiste. Curieusement, les jeunes préfèrent la réalité à la fiction.
Patrice Gilly
1er Prix : L’absence, Athénée de Waha, Liège, sur les problématiques liées à l’usage des médias en réseaux.
2e Prix : Mauvaise conjugaison, IATA, Namur. Le thème délicat de l’homosexualité traité avec pudeur.
3e Prix, ex aequo : Indifférence, Institut St Berthuin, Malonne, sur un cas de conscience et Transfert, Collège ND de Bellevue, Dinant, un exercice de transposition actuel du Spleen de Baudelaire.
Au delà du ça ou peindre autrement, Helmo, Huy. La mise en jeu des techniques numériques pour animer une création artistique.
Feel the street, Collège Ste Gertrude, Nivelles, portrait de 2 musiciens de rue anversois
Le C.A.V. Liège est reconnu comme centre de ressources en éducation aux médias pour l’enseignement officiel subventionné. Il est spécialisé en éducation au cinéma. Son concours vidéo annuel est ouvert à tous les réseaux. cav.liege@sec.cfwb.be - 04/23 21 881, rue Beeckman, 51 à 4000 Liège.
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