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Actualité du 20/05/2011

Internet plus régulé et peut-être à 2 vitesses

Internet plus régulé et peut-être à 2 vitesses

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ouvre une large consultation publique sur la règlementation des radios, télés et services de vidéos à la demande qui fleurissent sur Internet. L’objectif est d’assurer aux utilisateurs de ces médias en ligne une protection légale identique à celle régissant la télévision et la radio traditionnelle. D’autre part, la prolifération des contenus et services sur le Web malmène le principe de la neutralité du grand Réseau.

En sollicitant tous les acteurs de la chaîne audiovisuelle, du créateur d’émissions au consommateur final (vous et moi), le CSA entend adapter un cadre réglementaire général à l’explosion médiatique sur Internet. Une directive européenne, transposée en décret dans la Communauté française impose aux services de médias audiovisuels (SMA) des règles relatives à la protection des mineurs et du consommateur, au respect de la dignité humaine. La RTBF, par exemple, est également tenue de refléter la diversité culturelle et de suivre des règles en matière de publicité et de parrainage d’émission.

Le Conseil a donc formulé une recommandation couvrant au mieux l’expansion des médias sur Internet. Jusqu’au 1er septembre, vous pouvez réagir à ce texte. La recommandation vaut pour les SMA offrant des services audiovisuels au public, destinés à "informer, divertir, éduquer et assurer une communication commerciale". Les plateformes communautaires d’échanges peer-to-peer ne sont pas visées. Le Web 2.0 bénéficie ainsi d’une réglementation plus souple. Le but du CSA n’est pas de brider la créativité mais d’affiner une régulation progressive et graduée adaptée à l’architecture d’Internet. L’enjeu de la consultation publique est de délimiter la frontière entre les "régulés" et les "non régulés".

Internautes VIP

Les fournisseurs d’accès à Internet ont des préoccupations moins nobles. Le trafic intense au carrefour des médias en ligne sollicite terriblement la bande passante. Il y a embouteillage aux sessions de pointe. Le premier câblo-opérateur des Etats-Unis a récemment bloqué l’accès de ses abonnés à certains sites gratuits de partage de films et de musique. Ce même opérateur a empêché l’utilisation de Skype, service de téléphonie gratuite via Internet. La loi ne prévoyant aucune régulation des réseaux Internet à haut débit, les suppressions d’accès sont autorisées par défaut.

Cette discrimination dans l’accès aux réseaux est contraire au principe de neutralité, qui fonde Internet en système ouvert. Le réseau est neutre, chaque internaute est traité sur le même pied d’égalité dans l’acheminement des données. Les opérateurs privés ne peuvent sélectionner les contenus et privilégier des clients. Un courriel du pape a le même statut que celui d’un athée moyen. Certains songent à instaurer une priorité payante. Des fournisseurs de contenus sont prêts à débourser pour que leurs séries ou leurs films soient accessibles avant la production d’un vidéaste amateur. Un moteur de recherche géant pourrait aussi débourser pour court-circuiter les files dans les routeurs.

Les opérateurs souhaitent créer des offres différenciées en termes de débits et de contenus et favoriser l’accès aux personnes souscrivant aux offres les plus lucratives. S’ils obtiennent gain de cause, ce serait un sérieux coup de frein au modèle libre et coopératif voulu par les pionniers du Net. La discrimination porterait à la fois sur la vitesse d’acheminement, sur les contenus et sur le statut des clients. Les plus fortunés bénéficieraient d’un service haut de gamme, et tant pis pour les autres.

La bataille parlementaire a commencé aux Etats-Unis entre partisans et adversaires de la neutralité. Le débat est lancé en France et s’étendra bientôt aux réseaux sans fil, quasiment saturés avec le succès des Smartphones connectés à Internet. Heureusement, les défenseurs de la neutralité s’organisent sur La quadrature du Net, organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, active au niveau européen.


Zoom

Le direct sur Internet a battu la télé dans le suivi de l’affaire Dominique Strauss-Kahn. Le "live" a réuni près de 2,5 millions de visiteurs sur lemonde.fr, le site de presse le plus populaire en France. Les internautes ont dialogué en ligne avec les journalistes qui rendaient compte de l’événement en temps réel. Un flux d'informations, de commentaires, de liens, de vidéos, défilaient dans une fenêtre spéciale, entrecoupés des questions des internautes, des réponses des journalistes et d’avis d’experts.

Un fournisseur de live affirme que "le direct sur Internet est un outil plus efficace que la télévision. On peut revenir en arrière, remonter le fil des événements tout en suivant ce qui se passe. Pour ceux qui sont au bureau ou dans les transports et n'ont pas accès à la télévision, c'est un moyen intéressant de suivre un événement."

Menée par des professionnels, cette forme de couverture interactive et réactualisée est promise à un bel avenir. Bonjour l’encombrement du Réseau ! Mais la télé n’a pas dit son dernier mot. BFM TV (diffusion restreinte) a capté 1.1 million de spectateurs lors de la diffusion de l'audience de DSK devant la justice américaine. Un record pour une chaîne d'information.

Patrice Gilly
 
 

 


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