

Rescoop, la fédération belge des coopératives et associations citoyennes de production d’énergie renouvelable compte déjà 35 000 membres au nord et au sud du pays. Bernard Delville est un des initiateurs du regroupement. Après avoir construit une éolienne des enfants sous des Vents d’Houyet, le bouillant militant de l’énergie décentralisée a formé un consortium avec la commune, les coopératives citoyennes associées Emission Zéro (Wallonie) et Ecopower (qui compte plus 20 000 coopérateurs, produit et distribue du courant vert sur toute la Flandre) pour ériger quatre éoliennes servant 4 000 familles
La philosophie des éoliennes citoyennes est simple. Le vent et le territoire appartiennent à la collectivité, il est donc normal d’associer la population, les pouvoirs publics et le privé dans la production d’électricité verte. Une souscription de 10 000 parts de 260 euros est en cours. Les familles à revenus modestes peuvent payer les 260 euros en plusieurs tranches.
La participation citoyenne est plus modeste à Leuze. Néanmoins, en s’associant à l’intercommunale IDETA et à Electrabel, 250 habitants ont réuni le financement de deux machines qui tourneront dès juillet prochain.
Un vent favorable souffle aussi dans le Luxembourg. La province a convaincu la moitié des communes (23 sur 44) de participer à une étude stratégique de planification de l’éolien sur son territoire. Le GAPPER a défini 66 sites éoliens potentiels couvrant à peine 0,6 % du territoire. Cet outil d’aide à la décision n’est pas contraignant. Les communes sont libres d’implanter un moulin à vent ou de participer à un projet dans une commune voisine mieux placée sur les trajets des alizés. La province de Luxembourg est la plus étendue et la moins peuplée du pays, son potentiel venteux est largement inexploité.
Les flambées régulières du prix du pétrole, la catastrophe nucléaire de Fukushima redonnent du tonus aux sources d’énergie renouvelable (vent, soleil, hydraulique, biomasse, géothermie). Le GIEC évoque même la possibilité de passer à 100 % d’énergie verte en 2050. La région wallonne finalise le nouveau cadre de référence éolien. Cette nouvelle réglementation sera plus contraignante pour les promoteurs privés actuellement lancés dans une course aux autorisations avant le vote des nouveaux décrets.
Le mensuel de l’APERe, Renouvelle (n°34), publie des extraits d’une lettre ouverte adressé au gouvernement wallon par la coopérative Lucéole. Celle-ci insiste pour l’adoption "d’une position claire en faveur d’une large participation citoyenne dans les futurs projets éoliens, garante de la réconciliation entre les enjeux économiques, sociaux, environnementaux et d’ancrage et de participation locale dans le futur développement éolien en Wallonie".
Ce bouillonnement citoyen réjouit l’Association pour la promotion des énergies renouvelables. Depuis 20 ans, l’APERe soutient le développement d’une énergie durable pour réduire progressivement notre dépendance aux énergies fossiles et au nucléaire. Selon Michel Huart, secrétaire général, le mouvement énergie citoyenne s’insère dans l’économie sociale, transition vers une société axée sur les énergies renouvelables, naturelles, décentralisées et proches de la population.
Les pionniers de l’énergie participative bénéficient d’un vent favorable. Comme l’a expliqué Pierre Stassart, sociologue et spécialiste des blocages sociétaux : "Le changement ne se décrète pas, il faut une opportunité". Le réchauffement climatique, Fukushima, la crise financière sont des occasions de transition vers un autre fonctionnement. Ajoutons-y, le déclin lent mais certain des réserves pétrolières, confirmé par plusieurs études convergentes. Le géant Total est venu détailler récemment ses prévisions alarmantes devant l’association pour l’étude du pic pétrolier (ASPO).
Des innovations de niches émergent un peu partout, les consciences collectives locales se réveillent. Un petit groupe installe des panneaux solaires sur le local d’un club sportif ; un quartier d’Anlier constitue un groupement d’achat de mazout. Ces initiatives petites et moyennes amorcent un changement de société, à condition que les pouvoirs politiques soutiennent de nouveaux modes de production d’énergie basés sur la durabilité et l’appropriation citoyenne.
La fédération des producteurs d’énergie renouvelable est formelle : la Belgique peut consommer de 16 à 18 % d’énergie renouvelable en 2020, selon des scénarios de maîtrise de la consommation établi par Edora. Pourquoi pas ?, souligne Nathalie, chargée de projets à l’APERe. "Il y a 20 ans, on disait, les énergies renouvelables, ça existe ; il y a 10 ans, ça marche ; aujourd’hui, ça contribue."
V’la l’bon vent, v’la le joli vent ? Rendez-vous dans 10 ans…
Patrice Gilly
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