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Actualité du 09/02/2011

Les livres numériques à la recherche d’un public

Les livres numériques à la recherche d’un public

Le livre numérique court éperdument derrière ses lecteurs. Annoncé régulièrement depuis dix ans, l’avènement du eBook patine. Les vendeurs tablent sur une modification des habitudes de lecture de la génération digitale. L’avenir est imprévisible. Cette incertitude incite le Service général des lettres et du livre à sonder annuellement l’évolution de la lecture électronique.

La génération écran lira-t-elle encore dans un livre papier ? Pas sûr, pense Françoise Prêtre, éditrice en ligne de livres animés et interactifs pour enfants. La Souris qui raconte écrit des histoires pour les enfants de 6 à 10 ans qui préfèrent les consoles de jeux aux livres. La jeune maison d’édition propose 12 récits inédits, lisibles en streaming dans une bibliothèque virtuelle personnalisée. L’enfant écoute un récit agrémenté de musique, de bruitages et d’animation. Le texte s’affiche juste avant son énoncé par le narrateur. C’est du dessin animé textuel. Les histoires abordent des sujets graves comme la séparation ou l’exclusion. L’eBook est 30 à 60 % moins cher que l’album papier, à 4,99 euros minimum l’exemplaire. L’acheteur du livre reçoit aussi un chargement MP3 gratuit.

La bande dessinée mise également sur l’offre digitale pour appâter un public généralement jeune. 8 grands éditeurs ont créé Izneo, une plateforme de distribution et de diffusion pour les libraires et les clients. L’offre est simple : 1,99 euro pour 10 jours de location et 4,99 euro pour l’accès permanent aux albums de fond. Selon Amélie Rétorré, directrice du développement, "l’idée est de fournir un accès rapide en lecture rapide à un petit prix en précisant que le livre est disponible sur papier. Nous voulons proposer une offre légale pour éviter le piratage." 2 000 titres sont disponibles avec accès aux fichiers métadonnées des éditeurs. Les métadonnées sont des informations (notes de lectures, intentions de l’auteur, interviews, vidéos) qui enrichissent le livre. Le lecteur clique sur un lien et accède à des fichiers audios, images ou textes. Voilà qui pourrait séduire nos enfants et ados familiers de la souris.

Domination des grands groupes
Les supports de lecture prolifèrent et deviennent mobiles ou nomades (liseuse eBook, tablettes tactiles, netbook). Cette mutation technologique va changer les modes de lecture. Celle-ci sera plus fragmentée, séquencée, au gré des terminaux et des lieux. La lecture continue et attentive perdra du terrain. La génération montante a moins le culte du livre imprimé. Les éditeurs en sont conscients et cherchent le bon modèle économique qui réponde simultanément à une demande insaisissable et qui préserve leur activité éditoriale traditionnelle. La vente électronique requiert des investissements lourds. Seuls de grands groupes tentent l’aventure, tels Amazon, Google et Apple.

Les développeurs de liseuses sont prêts et améliorent les supports en introduisant la couleur. Mais les contenus ne suivent pas. À peine 60 000 titres français sont numérisés ou "numérisables" alors 40 000 livres sont publiés chaque année. En France, 5 % des détenteurs d’un ordinateur ont essayé le livre numérique. En Flandre, la plateforme Boek.be représente 0,2 % du marché du livre. Elle bénéficie du soutien du gouvernement flamand. Boek.be a lancé un service de livre sur iPad en octobre. 14 000 eLecteurs ont mordu en un mois. Aux Etats-Unis, la vente en ligne représente entre 7 et 10 % du chiffre d’affaires du livre. Ce pourcentage s’explique par la rareté des librairies et indépendantes (2 200) et un catalogue de 600 000 titres en anglais.

Avenir flou
Et en Communauté française ? Les acteurs du livre se tâtent lentement. Tous les intervenants à la journée du livre numérique étaient d’ailleurs français ou flamand. Les pouvoirs publics manquent de moyens, le privé hésite. La ministre Laanan planche sur un plan d’action numérique. En attendant, l’administration organise des formations destinées aux bibilothécaires, éditeurs et libraires. Un entrepôt de livres numériques et un portail valorisant éditeurs et auteurs sont en bonne voie. Une première lettre numérique hebdomadaire a vu le jour le 4 février dernier. Elle reprend des informations émanant des secteurs public et privé sur l'actualité et l'évolution numérique des métiers du livre. Disponible ici ou via sonia.lefebvre@cfwb.be

L’avenir du livre dématérialisé est encore flou. Les deux formats sont probablement appelés à cohabiter. L’édition électronique sera à terme moins chère que l’imprimé, lorsque le prix des liseuses aura diminué. Actuellement, comptez en moyenne 13 euros pour un roman ou un essai, 5 euros pour un BD, 15 euros pour un guide de voyage. Selon une enquête mondiale, l’amour du livre traditionnel, le prix élevé des supports numériques et la fatigue de lecture sur écrans freinent le passage à l’eBook. Pourtant l’industrie du livre espère vendre 15 à 25 % de livres numériques d’ici à 2015. Si cette prévision (optimiste) se vérifie, espérons que la demande crée l’offre, en préservant la diversité culturelle, avec des pouvoirs publics en contrepoids de la domination de gros opérateurs privés, soucieux de rentabilité uniquement.


En savoir +

Le livre numérique est un livre dématérialisé. C’est un fichier informatique lisible sur écran (ou éventuellement écouter), par exemple sur un ordinateur, un téléphone ou un terminal spécifique.
Le support le plus connu est le Kindle d’Amazon, décliné sur des écrans de 6 à 10 pouces (de 15 à 25 cm). Un eReader (lecteur) vaut de 150 à 300 euros. L’utilisateur a la possibilité d’agrandir les caractères. L’autonomie s’exprime en pages tournées (généralement plusieurs milliers de pages). Le faible rétro éclairage de l’écran ne permet pas de lire dans l’obscurité. Pour jongler avec ce domaine en pleine ébullition, voir ce site.

Le groupe Hachette a récemment mis son catalogue sur iPad, mais iTunes vient d’interdire la vente directe au client. Il faut passer par Apple qui prélève 30 % au passage. L’eBook s’avère une affaire de gros sous et soulève d’énormes interrogations sur l’application des droits d’auteur.

Patrice Gilly
 

 


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